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Encore des rassemblements de conducteurs dangereux

Erika Aubin | Journal de Montréal

Les policiers contrôlaient tous les conducteurs rassemblés samedi à Montréal.

Photo Martin Alarie

Les policiers contrôlaient tous les conducteurs rassemblés samedi à Montréal.

Le jeu du chat et de la souris s’est poursuivi samedi soir à Montréal entre des policiers et des amateurs de voitures modifiées qui se rassemblent depuis quelques semaines dans des stationnements de la région métropolitaine et diffusent leurs manœuvres dangereuses sur les réseaux sociaux. 

La surveillance policière était accrue samedi soir, notamment aux abords de l’Orange Julep, à Montréal, comme a pu le constater Le Journal.

Des passionnés de voitures s’y étaient donné rendez-vous vers 20 h. À leur arrivée, ils ont plutôt vu des dizaines de policiers qui ont joué les trouble-fêtes.

Selon nos informations, dans la nuit de samedi à hier, de petits rassemblements ont eu lieu à divers endroits sur l’île de Montréal, comme à Anjou et à Dorval, ainsi qu’en banlieue, notamment à Saint-Bruno-de-Montarville, sur la Rive-Sud.

La Sûreté du Québec (SQ) n’était pas en mesure hier de fournir un bilan des opérations qu’elle a menées avec d’autres corps de police locaux.

Le manège dure depuis quelques semaines. Différents corps policiers de la région métropolitaine ont dû intervenir auprès de conducteurs qui se réunissent dans les stationnements de centres commerciaux.

Non sécuritaire

Les policiers sont surtout intervenus pour des véhicules modifiés qui ne respectent pas la réglementation lors de courses de rue comportant des conduites dangereuses et des actions non sécuritaires. 

« Ils ont des comportements qui laissent à désirer et une conduite qui amène des situations dangereuses », a expliqué le sergent Louis-Philippe Bibeau, porte-parole à la SQ. 

À l’Halloween, une première réunion d’environ 300 véhicules aux Galeries Rive Nord avait alerté les policiers de Repentigny.

« Les gens étaient sortis de leurs véhicules et ça criait beaucoup. Il y a eu des feux d’artifice et de la fumée faite avec des machines fumigènes », a souligné le sergent Martin Joseph. 

Aucune contravention n’avait été remise.

Une voiture en feu après une collision, le 31 octobre, à Laval.

Photo tirée de Instagram

Une voiture en feu après une collision, le 31 octobre, à Laval.

Le même soir dans le stationnement du Carrefour Laval, une voiture a pris feu après une violente collision, lors d’un rassemblement d’une vingtaine de véhicules. 

La semaine suivante, les policiers de Laval sont intervenus auprès d’environ un millier d’amateurs de voitures regroupés dans le stationnement d’un Walmart.

Ils se sont ensuite rendus ailleurs sur la Rive-Nord et la Rive-Sud ainsi que sur l’île de Montréal.

Lors de cette soirée, plus de 50 constats d’infractions ont été signifiés. Cinq conducteurs ont vu leur permis de conduire suspendu et quatre véhicules ont été saisis, notamment.

Ils filment leurs manœuvres

De nombreuses vidéos tournées lors de ces événements circulent sur les réseaux sociaux, a pu observer Le Journal.

PH-Instagram

Photo tirée de Instagram

Sur les images, on voit des manœuvres dangereuses, des shows de boucane et de drift pendant que les spectateurs applaudissent. Des feux d’artifice sont aussi lancés dans les airs depuis des voitures sur les autoroutes. La plupart des gens filmés font fi de la distanciation physique et du port du masque, malgré la COVID-19.

Cependant, ils ont été beaucoup plus discrets hier. 

Les rassemblements extérieurs sont présentement interdits en zone rouge à cause de la pandémie.  

D’autres amateurs de voiture sont déçus et en colère  

Certains passionnés sont abasourdis de voir autant de rassemblements d’amateurs de voitures et de vitesse tourner au vinaigre depuis les dernières semaines dans le grand Montréal.

« Ce sont tous les amateurs de tuning du Québec qui prennent une débarque à cause d’eux. Et ce n’est pas l’image qu’on veut projeter de notre passion », dit Pedro Ruibal, en déplorant les rassemblements qui ont eu lieu dans les dernières semaines à Laval, à Montréal et à Repentigny, notamment. 

« On met tellement d’argent, de temps et d’amour sur nos véhicules. On ne va pas gâcher tout ça en faisant des beignes dans un stationnement », lance-t-il en s’inquiétant également pour la sécurité d’autrui. 

Selon lui, les organisateurs de ces événements s’inspirent de comportements qu’on retrouve dans certains rassemblements aux États-Unis ainsi que dans des films comme Rapides et dangereux

« Ils font des bêtises dans les stationnements et partent en vitesse aussitôt que les policiers arrivent. Moi, je ne suis vraiment pas d’accord avec ça. Je suis très déçu et fâché », dit celui qui conduit une Dodge Caliber bleue.

Des rassemblements légitimes

Pour M. Ruibal, il est fort possible d’organiser des rassemblements de passionnés de voitures sans qu’il y ait autant de débordements. Il a déjà mis sur pied plusieurs événements qui se sont déroulés dans l’ordre. Les activités sont présentement mises sur pause, vu l’interdiction de faire des rassemblements en zones rouges.

« Normalement, il y a des règles. Si tu fais un burn, par exemple, tu es bloqué. À l’entrée, on prend le nom des participants », cite-t-il en exemple.  

Lamia Raho, qui conduit une BMW X6 modifiée, a assisté à plusieurs réunions dans sa vie et n’a jamais vu de comportements comme ceux rapportés ces dernières semaines. 

« Ils se foutent de tout ; des mesures sanitaires, de la police, des tickets et de la sécurité », dit-elle avec déception.  

Aucune excuse 

Il existe des endroits, comme des pistes de course, où il est possible de lâcher son fou de façon sécuritaire, met de l’avant Mme Raho. 

« Ils n’ont aucune excuse, car ces places sont ouvertes en ce moment même. La rue n’est pas une piste de course ; c’est sûr qu’il y aura des conséquences. Ils ne méritent pas leur permis », exprime-t-elle.    

« Les pistes sont là. Elles étaient même ouvertes ce week-end. Ils auraient pu se lâcher lousse sans problème », ajoute Pedro Ruibal.