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«Ce n'est pas un défi qui est lancé au Québec»

TVA Nouvelles

Si le contrat moral lancé par le gouvernement Legault, jeudi, en vue des Fêtes, est vu comme un privilège par plusieurs, il constitue tout autant un dilemme social pour d’autres : se limiter à un seul rassemblement ou tirer profit de la période de quatre jours dans son ensemble?

Évidemment, du point de vue des travailleurs de la santé, on souhaite que la situation demeure stable sur le plan des hospitalisations. Selon le Dr François Marquis, cela passe par des choix déchirants à un moment de l’année où la majorité des Québécois souhaitent retrouver les proches en grand nombre.

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Le chef de service des soins intensifs à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal y est allé d’un avertissement en ce sens.

«Ce n’est pas un défi qui est lancé au Québec de voir un maximum de personnes en quatre jours. Si vous pouvez vous abstenir et limiter le tout à un seul rassemblement de 10 personnes, ce serait ça l’idéal. Si c'est un rassemblement de quatre personnes, c’est mieux. 

«Et si vous ne sortez pas de votre bulle, ce sera encore mieux. Ce n’est pas un défi pour voir combien de personnes je peux rencontrer en quatre jours.»

Puis, Dr Marquis rappelle que les personnes vulnérables sont celles qui ont tout à perdre.

«Il faut respecter la volonté des personnes aînées. Si elles ne veulent pas sortir, utilisez la technologie. Si vous les amenez dans des rassemblements, vous êtes doublement responsable de vous assurer d’être vigilants.»

Pour ce qui est des jours où les activités à 10 personnes seront permises, du 24 au 27, le nombre de contacts qu’auront les Québécois pourraient rendre la situation dans son ensemble très difficile au mois de janvier. Surtout que le début d’une année est traditionnellement complexe dans le milieu de la santé.

«Tous les retours sont difficiles en janvier dans le système, car il y a d’autres maladies contagieuses comme l’influenza. C’est toujours appréhendé. C’est certain que ces quatre jours-là auront un impact.

«Il ne faut pas oublier non plus que dans le système de santé, la période des Fêtes aussi est une semaine fériée où les gens voudront aller en famille. Il faut craindre que certains travailleurs soient contaminés à la COVID et qu’ils ne soient pas là pour aider tout le monde.»

Joël Lemay / Agence QMI

À titre d’exemple, Dr Marquis a pris une décision cruciale, lui qui ne mettra pas sa propre santé à risque à Noël.

«J’ai déjà avisé ma famille que j’allais m’autoexclure. Je vais simplement passer du temps avec mon épouse et utiliserai les technologies mes proches. Il est hors de question que je risque d’être malade ou contaminer les autres», explique celui qui travaillera pendant les quatre jours où les rassemblements seront autorisés.

«Je serai aux soins intensifs, donc ce serait la pire combinaison si je ramenais la maladie à mes proches.»

Enfin, le Dr Marquis est d’avis que le gouvernement a fait ses devoirs avant de donner le feu vert aux Québécois pour la période visée.

«C’est plus brillant de coller les quatre jours ensemble dans le temps de Noël plutôt que de les mettre 50-50 avec le jour de l’An, admet-il. La stratégie est simple. On laisse le temps aux personnes asymptomatiques de devenir symptomatiques avant qu’elles ne rencontrent d’autres personnes.

«Invariablement, certains vont attraper la COVID pendant cette période. On veut leur accorder une période après pour qu’elles deviennent symptomatiques et ne pas rentrer travailler ou retourner à l’école en début de janvier.»