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Garder ses enfants sains à la maison

Hugo Duchaine

Dr Martin Gignac, chef du service de psychiatrie pour enfants et adolescents à l’Hôpital de Montréal pour enfants

Photo courtoisie

Dr Martin Gignac, chef du service de psychiatrie pour enfants et adolescents à l’Hôpital de Montréal pour enfants

La pandémie de COVID-19 qui secoue le Québec depuis maintenant neuf mois crée des bouleversements sans précédent dans la vie des enfants. École à distance, fin des activités sportives, temps des Fêtes atypique, par exemple. Avec la deuxième vague qui perdure, l’Hôpital de Montréal pour enfants remarque d’ailleurs une plus grande détresse chez les jeunes patients qui consultent, et son chef de psychiatrie propose ces conseils aux parents. 

Parents rassurés = rassurants

« On dit souvent dans le domaine qu’un parent rassuré est un parent rassurant », lance le psychiatre Martin Gignac. Il recommande donc aux parents d’apprendre d’abord à gérer leur propre stress.

Pour ce faire, il leur conseille de se concentrer sur les choses sur lesquelles ils ont un contrôle. Arrêtez de penser à quand se terminera la pandémie, quand le vaccin arrivera, quand ouvriront les restos et les gyms, dit-il.

Concentrez-vous sur les gestes du quotidien que vous faites pour vous protéger, comme le lavage des mains et le port du masque. Et s’il est important de se tenir informé, il recommande de limiter la surconsommation des nouvelles en continu. 

Limiter les écrans

Téléphones intelligents, ordinateurs portables, tablettes, téléviseurs : les écrans ne manquent plus de nos jours. Et la pandémie a mené à une utilisation accrue de ces appareils. Avec l’école à distance et les rencontres sociales par Zoom, certains parents ont « lâché prise », selon le Dr Gignac.

Il conseille donc fortement de limiter le temps d’écran à des fins récréatives chez les enfants.

En moyenne, les enfants qui passent plus de deux heures par jour sur des écrans pour s’amuser montreront davantage de signes anxieux, voire dépressifs. « Ils perdent la capacité d’occuper leur esprit sans stimulation externe », souligne le spécialiste.

Même si les possibilités sont aujourd’hui restreintes par les mesures sanitaires, il propose de trouver quelques activités sportives et artistiques loin des écrans.

Et les adultes doivent être de bons modèles, rappelle-t-il, suggérant de prêcher par l’exemple en ne regardant pas son téléphone cellulaire toutes les cinq minutes. 

Établir une routine

Même si la pandémie a sans contredit chamboulé la vie de tous les Québécois, le Dr Gignac rappelle l’importance « de maintenir une routine, un cadre prévisible pour les enfants ».

Il propose d’établir clairement les choses à faire pendant la journée et de trouver des activités récréatives.

Autant que possible, il sera important de diviser la journée en plusieurs moments, surtout avec l’école à distance. Selon lui, il faut éviter d’avoir « un gros bloc indigeste de temps scolaire ».

Puis les parents pourront alterner entre des moments en famille et des moments où les enfants, selon leur âge, peuvent s’amuser seuls ou entre eux.

Pas hésiter à consulter

« On voit plus de détresse, particulièrement dans la deuxième vague », souligne Martin Gignac.

Il ajoute qu’en psychiatrie, les hôpitaux ont observé une accalmie marquée dans les consultations, peut-être parce que les gens restaient à la maison.

Le spécialiste s’inquiète des conséquences de cette baisse de consultation. Même s’il est trop tôt pour dire s’il y a désormais plus de jeunes en détresse, il estime que « ceux en détresse semblent y avoir une plus grande intensité ».

Il note une « vague marquée et importante » actuellement.

C’est pourquoi il encourage tous les parents qui remarqueraient un « changement de comportement, d’attitude ou d’humeur et des propos inquiétants sur le suicide, le sens de la vie chez leur enfant » de ne pas hésiter à consulter.

Il fait référence à des changements comme des jeunes qui s’isolent ou une perte de plaisir dans des activités qui semblaient auparavant appréciées, par exemple.