/news/tele

«Je n’ai pas peur pour ma vie» - Félix Séguin

Victor-Léon Cardinal | Agence QMI

Photo Chantal Poirier

Ayant entretenu de 2014 à 2019 une relation unique avec Andrew Scoppa, qui était l’un des mafieux les plus influents au Canada, le journaliste Félix Séguin dévoile les coulisses de son histoire surprenante dans le livre «La source» et le documentaire «Scoppa et moi». Rencontre avec un homme audacieux qui carbure à l’adrénaline.

• À lire aussi: Crime organisé: abattu sous les yeux de Magi

• À lire aussi: Piégé avec 80 kg de coke dans la Tour des Canadiens

• À lire aussi: «Scoppa et moi», une histoire digne d’un film

Félix Séguin, journaliste de TVA Nouvelles qui évolue depuis plusieurs années au sein du Bureau d’enquête de Québecor, admet avoir entretenu une relation bien particulière ces dernières années avec le mafieux Andrew Scoppa, assassiné en octobre 2019. «En 2014, Vito Rizzuto, dont il était le bras droit, était décédé depuis un an, et Scoppa était alors considéré comme “le parrain intérimaire”. En fait, il était considéré comme un des plus puissants seigneurs de la mafia au Canada.»

C’est de fil en aiguille que le journaliste en est venu à tisser des liens avec cette figure éminente du crime organisé. «À la suite de la commission Charbonneau, j’étais à la recherche d’une source qui pouvait m’éclairer sur le fonctionnement de la mafia. J’ai alors réussi à entrer en contact avec Andrew Scoppa grâce à un policier qui avait le même médecin que lui. Je lui ai donc fait parvenir un message et, 24 heures plus tard, je le rencontrais pour la première fois. Scoppa savait que je travaillais comme journaliste affecté aux affaires criminelles. En entretenant cette relation avec moi, il voulait obtenir une certaine influence dans le milieu des médias. Son intérêt envers moi relevait aussi de la vanité. Il voulait paraître à mes yeux comme un héros qui fait bien les choses. Je prenais, bien sûr, après nos rencontres, le temps de vérifier les informations qu’il me confiait. De plus, je devais m’assurer en tout temps de conserver cette précieuse source confidentielle.»

Une relation particulière

Pendant cinq ans, Félix Séguin a entretenu un lien privilégié avec Andrew Scoppa. «Au fil du temps, notre relation a évolué de manière extraordinaire. Il s’est mis à me livrer des secrets et des informations extrêmement précises sur le monde de la mafia. Il m’a ainsi permis d’entrer dans sa tête et de comprendre le quotidien d’un homme qui vit dans un monde où la criminalité est hors norme. Il n’avait pas d’amis, et j’étais devenu son seul contact avec le monde réel. Même si plusieurs de nos rencontres se sont avérées improductives, je préservais un contact étroit avec lui dans le but d’écrire un livre.»

Un objectif que Félix Séguin verra poindre en 2019, alors que Scoppa, conscient que sa fin approche, accepte de collaborer à la réalisation de cet ouvrage. «Dans le documentaire “Scoppa et moi”, on peut d’ailleurs l’entendre nous parler. C’est à Barcelone, où il s’était exilé avant sa mort, que mon collègue Eric Thibault et moi sommes allés recueillir ses confessions. Je tiens d’ailleurs à préciser qu’Eric a grandement collaboré avec moi à l’écriture du livre “La source” ainsi qu’à la réalisation du documentaire. Au final, je veux que les gens réalisent, grâce à cette histoire, l’importance du travail des journalistes qui mettent en lumière des sujets difficiles qui sont d’intérêt public. Cette recherche incessante de vérité est, à mon avis, essentielle dans notre société.»

Une quête d’adrénaline

Félix Séguin, qui cumule 22 ans de métier, tire aussi une grande satisfaction du travail accompli. «Lorsque tu réussis ce que tes collègues considèrent comme un grand coup journalistique, ça procure une dose d’adrénaline incroyable. Avec ce livre et ce documentaire sur ma relation avec Andrew Scoppa, j’ai vraiment l’impression d’avoir réalisé quelque chose d’une grande valeur.»

Par ailleurs, le journaliste assume pleinement les risques de son métier. «Je n’ai pas peur pour ma vie. J’ai toutefois des enfants en bas âge qui vont à l’école et il y a des risques que je ne prendrais pas. Si j’en arrive un jour à avoir peur pour ma famille, je couvrirai d’autres sujets d’actualité», conclut-il.

Le livre «La source», de Félix Séguin et Eric Thibault, est offert en librairie. De plus, les deux journalistes vous invitent à visionner sur Club illico leur documentaire «Scoppa et moi», qui dévoile les dessous de la mafia montréalaise.

Dans la même catégorie