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Faire preuve de générosité en cette période de crise

Daniel Germain | Journal de Montréal

Illustration Adobe Stock

La quantité de courriels qu’on pouvait recevoir de la part du comité Centraide, chez mon ancien employeur, approchait le harcèlement dès la troisième semaine de novembre. Impossible d’y échapper, et, même si on donnait déjà à la cause à chaque paie, on ne nous lâchait pas. C’était tannant, mais efficace. 

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C’est aussi à ce moment de l’année qu’on organisait La guignolée des médias. Coiffés d’un bonnet de lutin, on allait se faire geler sur le coin d’une rue durant une demi-journée pour recueillir des dons du public. Je dis « on », mais pour être honnête, je préférais rester du bord du public et vider mes poches dans la boîte tendue par un collègue. On n’a pas tous la vocation.

Dans les stations de métro et sur la rue Sainte-Catherine, les sollicitations fusaient de partout, précédées par des sons de clochettes et des boîtes remplies de monnaie qu’on agite : les anciens combattants, les pompiers, la mission Old Brewery... Et il y avait aussi ce vieux monsieur à la moustache pointue, sans doute un Irlandais, qui entonnait ses airs de Noël d’une voix qui semblait sortir d’un gramophone.

Une sorte de frénésie s’emparait du centre-ville et, dans la foulée, cela installait chez les passants des dispositions à la générosité. 

Aujourd’hui, je ne vous dis pas, avec le télétravail et la Sainte-Catherine éventrée, le cœur y est moins. En plus, il n’est plus possible de tenir des activités de financement, des galas, des soupers, des encans...

Sollicitation numérique 

Alors, comment font ces organismes qui d’ordinaire se fendent en quatre pour amasser des fonds ? Ils se fendent en huit ! Dans une économie qui bat de l’aile, les donateurs sont moins nombreux, au contraire des besoins.

Chez Centraide du Grand Montréal, la campagne de financement s’annonce moins bonne que celle de l’année dernière de 10 %, un exploit dans le contexte. Au printemps, on s’attendait à bien pire.  

Comme la plupart des organisations qui font appel à la générosité du public, Centraide a dû accélérer son virage numérique. Elle avait déjà développé une plateforme numérique pour permettre aux entreprises de recueillir les dons de leurs employés. Avant la pandémie, une soixantaine d’organisations l’avaient expérimentée. Aujourd’hui, elles sont 400 à l’avoir implantée.  

Centraide redistribue son argent auprès de centaines d’organismes qui œuvrent à la réussite des jeunes, à combler des besoins essentiels, à briser l’isolement social et à encourager l’action bénévole. 

Lundi, ce sera le coup d’envoi de La guignolée des médias. Comme l’ensemble des guignolées du Québec, elle s’est associée cette année avec La Ruche. Cet OBNL spécialisé dans le financement participatif a concocté un site transactionnel qui permettra de récolter les dons du public. L’initiative est soutenue par Desjardins, qui doublera la mise de tous les donateurs. Une cagnotte d’un million de dollars a été prévue pour cette initiative.

Ça va bien, mais on s’inquiète

Chez L’Itinéraire, qu’on connaît surtout pour son magazine distribué par des sans-abri, on a profité d’une vague de sympathie, au printemps, après que sa fermeture temporaire eut défrayé la chronique. Spécialisé dans la réinsertion sociale, l’organisme a réagi comme les autres, en se tournant vers l’internet pour recueillir les dons. Gros succès.  

« On est depuis sur un high », dit le directeur général de l’organisme, Luc Desjardins, en parlant des finances. En même temps, ses dépenses grimpent aussi. Comme toutes les entreprises, L’Itinéraire a dû mettre en place des mesures de distanciation sociale qui compliquent son fonctionnement. Des locaux libérés par le télétravail (l’organisme compte 17 employés) servent maintenant d’entrepôt de Purell et de masques destinés aux camelots. 

Luc Desjardins s’inquiète surtout de l’avenir. Les gouvernements voudront retrouver l’équilibre budgétaire sans augmenter les impôts ; des organismes comme le sien, qui dépendent du soutien de l’État, pourraient en faire les frais.

Chez Moisson Montréal, on flotte aussi sur le high. Ses entrepôts sont pleins grâce à ses efforts déployés cet été en vue d’un automne assez chargé. Le « grossiste » alimentaire fournit des denrées à 250 organismes.

Les bons résultats de l’entreprise traduisent néanmoins une triste réalité sur le terrain : depuis le mois d’avril, Moisson Montréal a pu distribuer 35 % de plus de nourriture qu’à la même période alimentaire. C’est dire qu’il y a des familles qui en arrachent à faire l’épicerie.

Donner un petit coup

Chaque fois que j’écris au sujet de philanthropie, c’est pour expliquer les différentes déductions fiscales. Cette année, je vais me contenter de ce message : faisons comme les organismes de charité et donnons un petit coup supplémentaire, par solidarité.

Sans oublier de demander un reçu fiscal !