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La COVID-19 a fait basculer leur vie

Stéphane Alarie | Journal de Montréal

Au moment où frappe la seconde vague de COVID-19, des centaines de Québécois continuent de souffrir des mois après avoir été infectés par le virus, certains marqués par des séquelles physiques ou psychologiques.

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« J’ai vaincu le coronavirus, mais à quel prix ! » lance Jacques Goupil après 40 jours de coma et une perte de 70 livres.  

Ce chauffeur de bus de 68 ans figure parmi la quinzaine de survivants qui ont généreusement accepté de se confier au Journal au sujet des traces que le virus a laissées sur leurs corps et dans leur esprit.

Fatigue, troubles de concentration et problèmes cardiaques ou pulmonaires sont le lot de la majorité des personnes âgées de 23 à 72 ans atteintes de la forme longue de la maladie à qui nous avons parlé.  

Gros prix à payer  

Mais plusieurs paient un tribut plus lourd. Parmi eux, un mécanicien de 59 ans qui doit composer avec « un pied en guenille » et une partie du visage paralysée. 

« J’ai toujours une petite voix dans la tête qui dit : est-ce que tout va revenir à la normale ? » souffle Jean-François Gagnon.

Georges Aguiar, 47 ans, sait déjà, lui, qu’il ne retrouvera jamais l’usage complet de sa main. Jeune retraité de l’enseignement, François Quenot a enfin pu remarcher quatre mois après avoir été infecté. Une partie de sa masse musculaire « est perdue pour toujours » après 68 jours de soins intensifs.

L’angoisse de l’inconnu  

Pour d’autres, c’est l’angoisse de l’inconnu. 

« Je voudrais dire certains mots, mais ça ne sort plus comme avant. Ça me déstabilise énormément », dit Marie-Isabelle Marchand. À 53 ans, elle réapprend à parler avec une orthophoniste, qui utilise le message d’un répondeur pour l’aider à retrouver sa voix.

À 23 ans et aux prises avec une inflammation du cerveau, Camille Cusson ne sait pas quand elle pourra reprendre sa carrière d’infirmière. Sandra Leblond s’inquiète aussi de problèmes cognitifs persistants. 

« J’ai peur que ça reste permanent ; ça fait des mois et ça ne s’améliore pas », dit la mère de famille de 32 ans.

Comment vont évoluer ce type de séquelles ? 

« Il y a une série d’inconnues. Si un effet secondaire prend cinq ans à apparaître, par exemple, on ne peut pas accélérer ça », dit le Dr François Marquis. 

Une loterie  

Pas étonnant que Caroline Marceau compare cette maladie à « une loterie ». 

« C’est vrai que des gens vont bien s’en sortir. Mais tu ne sais pas comment toi tu vas réagir », illustre la mère de 41 ans, toujours éprouvée par des palpitations après huit mois.

« Je suis dans les statistiques des guéris, mais il y a aussi les hypothéqués, et on est nombreux en titi », ajoute Violaine Cousineau, 46 ans et mère de deux enfants, qui n’arrive plus à s’exprimer qu’avec un tout petit filet de voix tant elle n’a plus de souffle.

La forme longue de la COVID-19 « n’est pas une vue de l’esprit, insiste le cardiologue Éric Sabbah. On voit des gens incapables de reprendre leur vie même après plusieurs semaines », dit-il.

Des articles récents du Journal of the American Medical Association et du British Medical Journal estimaient à près de 10 % les malades qui ont des symptômes des mois après avoir été infectés. 

MARQUÉS À VIE  

Jean-François Gagnon | 59 ans  

Dossier séquelles de la COVID-19

Photo Andréanne Lemire

 

- Hospitalisé 53 jours         

- 18 jours dans le coma         

- Pied gauche très faible          

- Moitié du visage paralysée         

- Il a développé de la tachycardie             

 

Jacques Goupil | 68 ans  

Quebec

Photo Stevens LeBlanc

 

- 41 jours de coma         

- A perdu 70 lb         

- A réappris à marcher, à man-ger et à parler         

- Souffle court         

- Corde vocale paralysée                  

 

Camille Cusson | 23 ans  

Camille Cusson

Photo Pierre-Paul Poulin

- En arrêt de travail depuis plus de 6 mois         

- Fatigue, maux de tête et troubles de concentration          

- Diagnostic d’encéphalopathie              

 

Francis Brizard | 57 ans  

Francis Brizard

Photo Erika Aubin

 

- 12 jours de coma         

- Cordes vocales paralysées         

- A dû subir une trachéotomie à la suite de son intubation         

- Manque d’énergie       

 

Marie-Isabelle Marchand | 53 ans  

GEN - MARIE-ISABELLE MARCHARD

Photo Martin Alarie

- Difficulté à faire certains sons         

- Souffre encore de fatigue          

- Éprouve des problèmes cognitifs       

 

Caroline Marceau | 41 ans  

Caroline Marceau

Photo Chantal Poirier

- A un trouble cardiaque         

- Souvent essoufflée         

- Étourdie simplement en marchant         

- Vit beaucoup d’anxiété                 

 

François Quenot | 62 ans  

Dossier sur les séquelles de la COVID

Photo Ben Pelosse

 

- 68 jours aux soins intensifs         

- Cinq semaines dans le coma         

- Masse musculaire perdue à jamais         

- Faiblesse et peu d’endurance      

 

Sandra Leblond | 32 ans  

Sandra Leblond

Photo Chantal Poirier

- Problèmes de concentration         

- Perte de mémoire         

- Rapidement essoufflée si elle tente de jouer avec ses enfants                   

Sophie Huppe | 45 ans  

Sophie

Photo Didier Debusschère

 

- La fatigue et les maux de tête persistent         

- Les trous de mémoire ont duré 5 mois         

- Elle perd le souffle au moindre effort physique        

 

Violaine Cousineau | 46 ans  

GEN-VIOLAINE-COUSINEAU

Photo Agence QMI, Joël Lemay

 

- Capacité pulmonaire réduite         

- Souffle au cœur détecté         

- Difficulté à marcher et à parler     

 

Pedro Barbosa | 51 ans  

PORTRAIT-DE-PEDRA-BARBOSA

Photo Agence QMI, Dominick Gravel

- A perdu des facultés de l’ouïe         

- Goût et odorat toujours pas revenus à la normale         

- La fatigue le force à faire des siestes quotidiennes       

 

Michel Lapierre | 72 ans  

COVID-19

Photo Cédérick Caron

- Hospitalisé 60 jours         

- 30 jours de coma         

- 40 livres perdues         

- Manque d’énergie         

- A dû prendre sa retraite