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Une star québécoise de l’immobilier en eaux troubles

Jean-François Cloutier | Bureau d'enquête

Jocelyn Grégoire

Photos tirées de Facebook

Un propriétaire de près de 1000 logements et vedette de l’immobilier se retrouve sur la sellette en raison de plusieurs poursuites judiciaires, une notaire radiée et le dévoilement de ses liens passés avec le crime organisé.

• À lire aussi: Poursuite de 8M$ contre un franchiseur

Jocelyn Grégoire, un influenceur immobilier qui vient de publier un livre et qui est fondateur du magazine Les Mordus d’immobilier, a vu deux de ses maisons faire l’objet d’une saisie au cours des derniers jours.

La maison de Saint-Hubert de Jocelyn Grégoire saisie par une firme de Daniel Jutras.

Photo Ben Pelosse

La maison de Saint-Hubert de Jocelyn Grégoire saisie par une firme de Daniel Jutras.

Ces saisies après jugement ont été exécutées dans le cadre d’un litige où l’ancien propriétaire du franchiseur Crackboom lui réclame plus d’un million de dollars. Crackboom est un concept d’écrans publicitaires numériques installés dans des commerces.

La maison de Carignan saisie.

Photo Chantal Poirier

La maison de Carignan saisie.

C’est une firme de Daniel Jutras qui a saisi les maisons. Jutras, qui a un passé criminel, a notamment été arrêté dans l’opération SharQc visant les Hells Angels. Il a toutefois bénéficié d’un arrêt des procédures.

Ce litige s’ajoute à un autre intenté par des épargnants qui réclament près de 8 millions $ à Grégoire, Jutras et trois de leurs entreprises.

Une quinzaine d’investisseurs allèguent avoir été dupés pour investir dans ce qui est décrit comme une « escroquerie ».

Ils affirment que Grégoire « a usé de sa notoriété et de son image de marque à titre “d’influenceur” » pour leur vendre un concept de franchise Crackboom.

Grégoire, Jutras et leurs entreprises ont répliqué au cours des dernières semaines par une contre-poursuite de 34,5 millions $ dans laquelle ils dénoncent notamment des propos « hautement diffamatoires » et « mensongers ».

D’autres ennuis

Or, notre Bureau d’enquête a appris que ce ne sont pas les seuls ennuis auxquels fait face l’influenceur : 

  • La Banque Royale a déposé une poursuite de 1,3 million $ contre Jocelyn Grégoire et deux de ses entreprises à la fin juillet. La banque reproche à Crackboom de ne pas avoir payé les sommes dues pendant la pandémie. L’avocat de Grégoire a dit avoir l’intention de contester cette poursuite. 
  • Une notaire de Longueuil, avec qui Grégoire a fait affaire, a été radiée en avril notamment en lien avec une mégatransaction sur la Rive-Sud, dont Grégoire se sert pour faire sa promotion (voir autre texte plus bas).  

Crime organisé

Dans son livre De bum à millionnaire, sorti récemment, Grégoire assure qu’après une jeunesse tumultueuse, il est devenu un homme d’affaires à succès intègre.

L’influenceur y révèle pour la première fois au grand public avoir fait de la prison et avoir eu des liens avec des membres du crime organisé.

En 2008, il a écopé de 28 mois de détention pour conduite dangereuse ayant causé des lésions corporelles. Une avocate l’a qualifié de « danger public » en raison de ses violations répétées du Code de la route.

Grégoire a aussi été arrêté par la police avec 90 000 $ d’argent comptant dans un sac. Une balance avec des traces de cocaïne a aussi été trouvée. Des accusations n’ont pas abouti, mais le magot a été confisqué par l’État.

À sa sortie de prison, Grégoire confie même dans son livre s’être fait attribuer les dettes d’autres personnes. 

« Soudainement, j’étais celui qui devait de l’argent aux dirigeants du crime organisé », peut-on y lire.

Jocelyn Grégoire nous a dit par ailleurs qu’il connaissait le passé criminel de Daniel Jutras quand il a fait affaire dernièrement avec lui, mais qu’il avait alors estimé qu’il avait changé, tout comme lui.  

Des placements à haut risque  

En plus de ses entreprises dans l’immobilier, Jocelyn Grégoire possède également une entreprise de prêts privés et donne des conférences pour des investissements. L’an dernier, notre Bureau d’enquête a assisté incognito à une conférence qu’il a donnée dans un hôtel de Brossard devant des dizaines de personnes.

Il y fait la promotion de son entreprise Capital Immo Privé.

Selon une brochure distribuée à la conférence, ce fonds d’investissement laissait entrevoir des rendements annuels entre 7 et 9 % via les REER et les CELI d’épargnants. Même s’ils sont décrits comme « passifs et prévisibles », ces placements ne sont pas garantis.

« Le présent placement ne devrait être envisagé que par les souscripteurs avertis qui sont en mesure d’assumer le risque d’une perte totale », prévient un document déposé auprès des autorités réglementaires.

« Ceux qui ont des REER et des CELI [...] pensez-y, on donne 9 % de rendement, payables mensuellement », a lancé Grégoire lors de sa conférence.

Une notaire qui a été radiée à vie 

Une ancienne notaire de Longueuil, Amélie Tremblay, a été radiée à vie en avril en raison notamment de son rôle dans une transaction majeure dont Jocelyn Grégoire se vante sur plusieurs tribunes. 

Le Conseil de discipline de la Chambre des notaires reproche à Tremblay d’avoir transféré la somme de 2,175 millions $ de son compte en fidéicommis au profit de Grégoire et d’un partenaire.

Cette somme de 2,175 millions $ devait normalement servir à rembourser une dette de la Royale, selon une décision du Conseil. 

Ces millions de dollars auraient plutôt servi de mise de fonds partielle pour l’acquisition d’un ensemble de 419 logements à Longueuil, sur la Rive-Sud de Montréal, le Carrefour des Érables. 

Cette transaction de 36 M$ a été décrite comme la plus importante de 2018 en termes de logements. Elle avait fait l’objet d’un article élogieux dans le journal Les Affaires.

Autres infractions

Jocelyn Grégoire y consacre un chapitre dans son livre, sans jamais faire mention des ennuis de l’ex-notaire. Il se vante d’avoir réussi à trouver la mise de fonds requise.

« L’intimée avait le devoir de payer les créanciers hypothécaires, à savoir la Banque Royale du Canada et [un autre créancier] », lit-on dans la décision.

Dans le jugement, on reproche aussi à l’ancienne notaire Tremblay une kyrielle d’autres infractions, dont plusieurs sont en lien avec une firme de Denis Francœur, un promoteur immobilier controversé.

« Les infractions commises par l’intimée se situent au cœur de l’exercice de la profession et minent la confiance du public », dit le Conseil de discipline. 

L’influenceur nous a dit par ailleurs n’être absolument pour rien dans les erreurs de l’ex-notaire Tremblay. Il a assuré que l’argent pour la mise de fonds pour les 419 logements était disponible ailleurs, même s’il a admis que l’erreur commise était « hyper grave ». « Elle a pris l’argent au mauvais endroit », a-t-il expliqué.


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