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Gestion de crise: pas nécessaire de diffuser les discussions, disent des experts

Marc-André Gagnon | Journal de Québec

Quebec

Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBE

Contrairement à ce que réclament les partis d’opposition, des experts en gouvernance consultés par Le Journal ne jugent pas nécessaire de diffuser les délibérations entre la Santé publique et le Gouvernement sur leur gestion de crise.

Malgré l’ouverture démontrée récemment par le directeur national de Santé publique, Horacio Arruda, le premier ministre François Legault refuse obstinément de rendre publics les avis qui lui sont transmis et sur lesquels reposent les décisions prises par son gouvernement en temps de pandémie.

Marie-Soleil Tremblay, chercheuse au Centre de recherche sur la gouvernance de l’École nationale d’administration publique, tend à donner raison au premier ministre.

Surtout parce que le gouvernement ne s’est jamais engagé à produire des rapports écrits sur ses décisions en lien avec la pandémie.

Un enjeu de communication

« Dans ce cas-ci, je ne pense pas que le gouvernement ait nécessairement à produire l’ensemble des rapports auxquels il se fie pour prendre des décisions. Pour moi, ça devient un défi qui est plus un enjeu de communication qu’un enjeu de gouvernance. »

Et à voir « l’incohérence » ou « l’incompréhension » qui subsiste parfois après l’annonce des décisions sur la gestion de la pandémie, Mme Tremblay ne croit pas que de produire et diffuser des procès-verbaux ferait œuvre utile. D’autant plus que les intrants à la prise de décision, ceux de santé publique, mais aussi économiques, sont nombreux.

« Je pense que le Gouvernement est mieux de s’assurer de bien communiquer sur quoi il s’appuie », a insisté Mme Tremblay.

Une crédibilité à rétablir

« Moi je pense qu’il faut effectivement plus de rigueur et plus d’écrits », considère pour sa part l’expert en gouvernance Michel Nadeau.

Mais à ce moment-ci de la deuxième vague, il ne croit pas que ce soit nécessaire de les publier. D’abord parce que ces écrits sont probablement peu nombreux, et que de les publier n’aiderait en rien à rétablir la crédibilité de la Santé publique, a laissé comprendre M. Nadeau.

« Les gens de Santé publique font ce qu’ils peuvent, mais je sens, moi, qu’ils n’ont pas fait de longues recherches », craint M. Nadeau, qui a récemment publié, avec son frère et photojournaliste, Jacques Nadeau, « COVID-19 : 100 jours de confinement », où il critique sévèrement la gestion de la pandémie au Québec.

« Si je suis le gouvernement, M. Legault, et que je regarde le score de mon organisme de santé publique, est-ce que je tiens à ce qu’il mette par écrit toutes ses recommandations ? On risque de voir que ce n’est pas bien fort. Des coups de circuit, il n’y en a pas eu beaucoup », a dit M. Nadeau, en citant à titre d’exemple l’adoption, trop en retard, du port du masque obligatoire.

« C’est en janvier et en février qu’il fallait prendre des décisions. On s’est réveillés au mois d’avril, nous autres », déplore l’ex-directeur de l’Institut sur la gouvernance d’organisations publiques et privées.