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La communauté chinoise doublement victime de la COVID-19

Jadrino Huot | Agence QMI

Joël Lemay / Agence QMI

Les personnes d’origine chinoise du Grand Montréal sont doublement victimes de la COVID-19 avec les fréquents comportements racistes, actes de vandalisme et agressions physiques à leur endroit depuis le début de la pandémie.

«Tiens, v’là le virus!» s’est récemment fait crier une famille chinoise à son arrivée dans un verger, un des groupes sur place quittant même les lieux à leur vue.

Cet exemple n’en est qu’un mentionné à l’Agence QMI par de nombreux représentants de la communauté chinoise. Selon eux, la tendance à la hausse est «très marquée».

«Des personnes âgées de notre communauté n’osent même plus prendre une marche dans le Quartier chinois de peur d’être insultées ou attaquées», confie Bryant Chang, vice-président de l’Association chinoise de Montréal.

Joël Lemay / Agence QMI

Difficile toutefois de vérifier ces dires auprès d’aînés sur le terrain, car il n’est pas coutume pour eux de partager des expériences négatives personnelles.

«Règle générale, les personnes d’origine chinoise sont très réservées. Elles préfèrent souvent souffrir en silence, plutôt que de se plaindre», pointe M. Chang.

«Il faut dénoncer, il faut porter plainte», martèle de son côté Xixi Li, directrice du Centre Sino-Québec de la Rive-Sud.

Des incidents impliquant des personnes d’autres origines asiatiques, dont des Vietnamiens et des Coréens, ont aussi été signalés dans des quartiers comme Notre-Dame-de-Grâce et Côte-des-Neiges, de même que dans le secteur de Chomedey, à Laval.

Trump 

Le fait que le coronavirus ait pris naissance en Chine avant de se répandre à travers le monde semble directement lié à ces comportements déplacés. Le président américain défait plus tôt ce mois-ci, Donald Trump, n’a pas aidé la cause en mars dernier en qualifiant la COVID-19 de «virus chinois».

«Une telle déclaration donne, en quelque sorte, la permission à certains individus d’agir de manière blessante. En temps de crise, plusieurs cherchent quelqu’un sur qui jeter le blâme pour leurs propres misères», affirme Rakhi Ruparelia, professeure de droit à l’Université d’Ottawa et spécialiste des questions sur le racisme.

«Il manque de leadership politique», tranche quant à elle May Chiu, avocate et militante antiraciste, elle qui n’hésite pas à blâmer les gouvernements, dont celui du Québec, de nier le racisme systémique.

«Il ne faut pas attendre la prochaine crise pour agir. Il faut passer de la parole aux gestes», soulève de son côté Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales.

Impacts 

Les commerces du Quartier chinois souffrent grandement de cette discrimination depuis le début de la pandémie. Les touristes sont absents, les locaux ont déserté les lieux et les vandales s’acharnent sur le secteur.

«Comme pour plusieurs commerces du centre-ville, la situation se dégrade depuis février, mais je dirais que c’est plus marqué ici, c’est quasiment mort», se désole la présidente du Conseil de développement du Quartier chinois de Montréal, Sherry Ao.

Un mini-centre commercial a été ciblé il y a quelques semaines. Les vitrines de six de ses boutiques ont été fracassées et des ordinateurs ont été détruits.

Joël Lemay / Agence QMI

Lors de la première vague, des graffitis avaient été peints sur les lions en pierre bordant une des portes d’entrée du quartier. D’autres statues, monuments et symboles ont également été la proie des voyous.

«Je n’ai jamais rien vu de tel par le passé. Je suis terrorisée», confie Kate Lau, propriétaire du Salon de beauté Sa Sa, en activité depuis une trentaine d’années sur la rue Saint-Urbain.

Certains commerçants ont même changé leurs horaires pour minimiser les risques.

«Je ferme mes portes plus tôt», admet Kenny Hui, propriétaire de la boutique Ma Tasse de Thé.

«Nous sommes tous dans le même bateau. Nous devrions demeurer unis et nous soutenir mutuellement», conclut Edward Ku, copropriétaire du restaurant Dobe & Andy.

Crimes haineux et plaintes en hausse 

Les plaintes concernant des crimes haineux à l’endroit de personnes d’origine asiatique soumises aux autorités policières ont plus que quadruplé à Montréal depuis le début de la pandémie de la COVID-19, mais elles sont quasi nulles ailleurs au Québec.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) dénombre 13 crimes du genre entre le 1er mars et le 20 octobre sur son territoire, comparativement à seulement trois durant la même période en 2019.

Parmi la quinzaine d’autres corps policiers ailleurs au Québec consultés par l’Agence QMI, seul celui de Laval a reçu une plainte en cette matière. La Sûreté du Québec et la police de Longueuil, cette dernière couvrant le secteur de Brossard où se trouvent bon nombre d’Asiatiques, ne recensent aucune donnée à cet égard.

Les comportements racistes à l’égard des Asiatiques depuis le début de la pandémie sont également observés ailleurs au Canada.

Vancouver, qui abrite le plus grand quartier chinois au pays, a dénombré pas moins de 88 crimes haineux dirigés vers des Asiatiques au cours des neuf premiers mois de l’année, contre seulement neuf pour la même période l’an dernier.

La police de Toronto confirme pour sa part que les incidents à caractère raciste sont en hausse cette année, sans toutefois donner de chiffres précis. Plus de 630 000 Asiatiques vivent sur son territoire, soit 30 % des personnes d’origine ethnique.

Du côté d’Ottawa, 14 plaintes pour ce genre de gestes ont été recensées jusqu’à maintenant cette année, comparativement à seulement deux durant tout 2019. Les enquêteurs ont de plus pu lier huit de ces plaintes directement au coronavirus.