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Party de covidiots dans un centre commercial

Roxane Trudel | Journal de Montréal

Des covidiots qui ont défié les mesures sanitaires contre la COVID-19 en allant danser sans masque dans un centre commercial des Laurentides samedi ne font aucunement preuve de désobéissance civile comme ils le clament, mais plutôt d’égoïsme, martèlent des experts en droit. 

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« À mon avis, ce n’est pas de la désobéissance civile, c’est de l’affrontement. Qu’on ait des théories, des idées, ça va. Qu’on en discute, ça va. Mais en temps de pandémie, lorsque ça concerne toute la planète entière [...] il y a des conséquences qui sont plus importantes », croit la juge retraitée Nicole Gibeault.

Pendant que des milliers de Québécois magasinaient leurs cadeaux des Fêtes dans le respect des règles sanitaires pour pouvoir profiter des quatre jours de festivités offerts par le gouvernement à Noël, une trentaine de personnes dansaient et criaient à tue-tête, sans masque ni distanciation à la Place Rosemère, samedi après-midi. 

« C’est sûr et certain que ce geste, cette organisation, est inacceptable. Ces gens-là cherchaient à attirer l’attention, cherchaient à passer un message. Il y avait autant de monde qui filmait que de gens qui dansaient », relate Martin Charron, porte-parole de la Régie intermunicipale de police de Thérèse-De Blainville. 

Des contraventions à venir  

Refusant de porter un couvre-visage, un homme a été escorté à l’extérieur de la Place Rosemère par des policiers.

Capture d’écran tirée de Facebook

Refusant de porter un couvre-visage, un homme a été escorté à l’extérieur de la Place Rosemère par des policiers.

Même si l’intervention des agents de sécurité et des policiers a été très rapide, et que l’incident n’a duré que quelques minutes, des vidéos ont été publiées sur les réseaux sociaux, montrant les participants souriant à la caméra et refusant de mettre les masques que leur tendaient poliment les policiers.

La distanciation physique n’était pas respectée et certains s’enlaçaient.

Capture d'écran tirée de Facebook

La distanciation physique n’était pas respectée et certains s’enlaçaient.

Des constats seront émis, assure l’inspecteur Charron, en précisant que l’organisatrice de l’évènement en recevra pour sa part trois, pour avoir organisé l’évènement ainsi que pour ne pas avoir respecté les mesures.

« On est toujours facilitant avec les manifestations. Le principe de la manifestation reste [...], mais même s’ils manifestent, les gens doivent respecter la distanciation et le port du masque », martèle-t-il. 

Dans une épicerie de Québec  

À Québec, huit individus se sont présentés dans un Provigo sans leur masque.

Capture d’écran tirée de Facebook

À Québec, huit individus se sont présentés dans un Provigo sans leur masque.

À Québec, un évènement similaire a eu lieu vendredi. Huit individus se sont présentés dans une épicerie de l’arrondissement de Limoilou sans leur couvre-visage, pour leur « action du jour ».

« Il y a une [cliente] qui a enlevé son masque en entrant », souligne une première femme dans une vidéo sur les réseaux sociaux, visiblement fière. « Yes ! Influence positive ! », se réjouit une autre femme. 

Les policiers ont pris leurs coordonnées en leur disant qu’ils enquêteraient avant de leur remettre des contraventions.

Ces rassemblements dans les magasins sont organisés par des conspirationnistes antimasques au nom de la « désobéissance civile » contre les mesures du gouvernement pour enrayer la COVID-19, qui a fait près de 7000 morts au Québec en neuf mois.

« J’appelle plutôt ça de l’imbécillité organisée. [...] Il faut arrêter de prétendre faire de la désobéissance civile [...] pour des valeurs humanistes. Là, c’est pour le droit de contaminer les autres. C’est complètement farfelu cette histoire », réagit Frédéric Bérard, docteur en droit constitutionnel. 

Écoutez la chronique de Félix Séguin sur QUB radio:

Égoïsme  

L’ancienne juge Gibeault rappelle pour sa part que la liberté des uns s’arrête là où commence la liberté des autres.

« C’est le non-respect à la majorité que je trouve désolant. Il n’y a personne qui aime ça [les mesures actuelles]. On peut le dire, on peut l’écrire, mais de là à le démontrer publiquement en mettant en jeu la sécurité des autres personnes, il faut tracer la ligne, soupire-t-elle. C’est du total égoïsme, parce que ces gens-là vont côtoyer d’autres personnes, qui, elles, respectent les mesures sanitaires. »

– Avec Jérôme Gagnon, Le Journal de Québec


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