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Des blagues 100% virtuelles pour Noël

Raphaël Gendron-Martin | Journal de Montréal

Rachid Badouri

Photo d'archives, Ben Pelosse

Rachid Badouri

Jean-Thomas Jobin en mode conversation avec Arnaud Soly ou Mike Ward, Rachid Badouri dans un concept sur mesure, Martin Vachon avec des jeux de société, François Bellefeuille en stand-up directement du Bordel. Les humoristes sont nombreux à proposer des formules virtuelles pour les entreprises qui désirent souligner le temps des Fêtes avec leurs employés. 

Mike Ward

Photo d'archives, Chantal Poirier

Mike Ward

Le temps des Fêtes sera très différent cette année, avec la crise sanitaire. Et les partys de bureau n’y feront pas exception. Pour mettre malgré tout un peu de couleur dans cette fin d’année tumultueuse, plusieurs entreprises ont décidé de faire appel à des humoristes avec des spectacles corporatifs virtuels. 

La formule, qui comporte plusieurs avantages pour les artistes et les compagnies, pourrait même perdurer au-delà de la pandémie.

Dans une année normale, les spectacles corporatifs (communément appelés « corpos ») sont rarement appréciés des humoristes, car ceux-ci ne contrôlent pas les conditions dans lesquelles ils jouent.

« Un corpo, tu ne sais jamais dans quoi tu t’embarques, dit François Bellefeuille. Ça peut être une belle expérience, comme la pire expérience de ta vie. » 

Puisque l’exercice est payant – ça peut être plusieurs milliers de dollars pour une prestation de 30 à 45 minutes –, les comiques acceptent d’en faire quelques fois par année, même si le plaisir n’y est pas toujours. 

Concepts personnalisés 

Arnaud Soly

Photo d'archives, Agence QMI

Arnaud Soly

Leur rapport avec les corpos pourrait toutefois changer grâce au virtuel. « J’aime vraiment faire ça », dit Jean-Thomas Jobin, qui propose cet automne des conversations en duo avec Arnaud Soly ou Mike Ward. Les deux humoristes se connectent chacun à leur domicile et blaguent durant une heure avec les employés d’une entreprise. 

Le concept rappelle l’esprit d’un balado, remarque Jean-Thomas. « Ce type de corpo-là, j’en ferais cinq par semaine, dit-il. Et ça marche encore plus que des corpos d’humour traditionnels, car c’est plus inclusif pour les gens ». 

Alors que la formule d’un spectacle corporatif en salle était souvent la même (l’humoriste arrive en surprise entre le repas et le dessert et il fait une prestation d’une trentaine de minutes à un public peu attentif), le virtuel permet d’aller dans plusieurs directions. 

« On peut faire des corpos ultra personnalisés à l’entreprise, dit Sophi Carrier, qui s’occupe notamment de Jean-Thomas et Arnaud. On fait des réunions préparatoires pour en savoir plus sur l’entreprise avec des anecdotes de bureau. Les humoristes peuvent ensuite blaguer avec ça. C’est très rassembleur. » 

Une formule durable 

Autres avantages du virtuel : l’absence de déplacements. « Un humoriste peut faire le même soir un corpo à Chibougamau et un autre à Rivière-du-Loup », dit le producteur Benjamin Phaneuf, qui s’occupe notamment de François Bellefeuille et Sam Breton. 

Même si les corpos en salle reviendront fort probablement après la pandémie (« il n’y a rien qui bat le présentiel » selon le gérant de Mike Ward, Michel Grenier), la majorité des intervenants questionnés par Le Journal croient que les prestations virtuelles sont là pour de bon. 

« Le format ‘‘conversation’’, je le trouve intéressant, dit Sophi Carrier. Être dans le confort de ton salon et voir Jeannette de la comptabilité se faire ridiculiser par un humoriste, c’est quand même drôle ! Ça donne des moments magiques. »   

  • Écoutez la chronique culturelle d’Anaïs Guertain-Lacroix à l’émission de Pierre Nantel sur QUB radio:   

Des comiques sur votre écran   

Le Journal s’est entretenu avec cinq humoristes qui proposent des corpos virtuels pour le temps des Fêtes. 

JEAN-THOMAS JOBIN

Ambiance de balado 

Jean-Thomas Jobin

Photo courtoisie

Jean-Thomas Jobin

Ce qu’il offre cette année : Des conversations en duo avec Mike Ward ou Arnaud Soly. Les deux humoristes jasent avec des employés d’une compagnie choisis à l’avance. 

Les prestations virtuelles, intéressant ou non ? : « J’aime vraiment ça. On converse avec les gens. C’est vraiment une vibe podcast (ambiance de balado). [...] J’ai vraiment du fun avec cette formule-là. Ce n’est pas stressant, c’est organique de la façon dont ça se déploie. » 

Ce qu’il pense des corpos en général : « J’aime ça de plus en plus en faire dans des événements en salle. Je suis plus à l’aise qu’avant pour faire de l’impro et sortir de mon personnage. Mais c’est sûr que je préfère un show standard. [...] À mon premier show, j’avais joué devant un syndicat de policiers à Québec. La plupart ne comprenaient pas l’ironie de mon personnage. Ils avaient l’air de se dire : c’est qui cette bibitte-là ? Après l’entracte, il restait seulement le tiers des policiers. Haha ! C’est mon corpo le moins glorieux (rires) »


 PHIL ROY

Créer ses conditions

Phil Roy

Photo d'archives, Chantal Poirier

Phil Roy

Ce qu’il offre cette année : Le WiFi Comédie Club, un cabaret d’humour virtuel avec d’autres humoristes invités. 

Les prestations virtuelles, intéressant ou non ? : « C’est comme si j’avais balisé ce que j’aime faire avec les shows en ligne. J’ai créé mes conditions. Mais c’est sûr que ce n’est pas un show sur scène, car ça repose beaucoup sur la technique. [...] Le fait qu’on n’a pas à se déplacer, ça nous permet de parfois avoir deux corpos la même journée. Je peux aussi faire des shows sur l’heure du midi, ce que je ne faisais jamais avant. » 

Ce qu’il pense des corpos en général : « On peut avoir toutes les conditions. J’ai déjà fait un corpo où le party d’une compagnie avait lieu dans la cuisine du bureau. Ils avaient mis des boîtes dans le coin et je devais jouer là... [...] Il y a aussi déjà eu un food fight (guerre de nourriture) pendant que je faisais un corpo à Tremblant pour des finissants en orthophonie. À un moment donné, il avait fallu que j’avertisse deux tables. »  


FRANÇOIS BELLEFEUILLE

Changer son fusil d’épaule

François Bellefeuille

Photo courtoisie, Marilou Hainault

François Bellefeuille

Ce qu’il offre cette année : Une formule conversation appelée Pas besoin de pantalon, en compagnie de François Boulianne. L’humoriste peut aussi faire une quinzaine de minutes de matériel de stand-up en direct du Bordel. Il fait également des vidéos préenregistrées pour des compagnies. 

Les prestations virtuelles, intéressant ou non ? : « Je n’étais vraiment pas intéressé à faire des shows virtuels au début [de la pandémie]. Le temps de réaction me faisait peur. Mais je me suis habitué et j’ai changé mon fusil d’épaule, étant donné qu’on ne peut pas vraiment offrir mieux en ce moment. J’ai aussi vu à quel point ça pouvait faire du bien aux gens à la maison. [...] Mais si la solution, ce n’était que des shows virtuels pour les dix prochaines années, peut-être que je changerais de métier ! (rires) » 

Ce qu’il pense des corpos en général : « Ça fait partie du métier et ça t’aide à devenir un bon humoriste. En début de carrière, on en fait beaucoup. C’est le genre de truc que t’apprends à travers l’adversité. On vit de tout dans les corpos. [...] J’ai déjà dû me cacher dans une cuisine en attendant que les gens terminent de manger, car j’étais la surprise de la soirée ! (rires). »  


MARTIN VACHON

Comme à la Place des Arts

Martin Vachon

Photo d'archives, Agence QMI

Martin Vachon

Ce qu’il offre cette année : Le concept La guerre des clowns, où il joue à des jeux de société. Différentes formules sont offertes avec d’autres humoristes invités. Avec le Randolph Pub ludique, il anime aussi des soirées quiz pour des compagnies. 

Les prestations virtuelles, intéressant ou non ? : « J’ai animé environ 25 vendredis soirs La guerre des clowns [sur sa page Facebook] et on a parfois eu plus de 3000 personnes qui nous regardaient en direct. C’est comme si chaque vendredi soir, je remplissais la Place des Arts pour jouer avec mes amis à des jeux de société. » 

Ce qu’il pense des corpos en général : « C’est pile ou face. Soit on passe une super belle soirée ou bien c’est l’enfer et je me dis que c’est la dernière fois que je fais ça ! (rires) J’ai déjà fait un corpo où la cliente avait eu l’idée de lire ma biographie qu’elle avait prise sur internet pour me présenter à la foule. Mais elle avait lu le texte au complet et ç’avait pris une éternité ! Le DJ a dû recommencer ma chanson d’intro, qui durait cinq minutes ! »  


ÉTIENNE DANO 

La seule option possible

Étienne Dano

Photo courtoisie, ComediHa !

Étienne Dano

Ce qu’il offre cette année : De l’humour en stand-up, avec une petite portion personnalisée, durant une trentaine de minutes. 

Les prestations virtuelles, intéressant ou non ? : « C’est sûr que ce n’est pas l’idéal, mais on s’adapte. Ça n’a pas été l’année la plus évidente pour les artistes de scène. D’après moi, c’est juste cette année que ça va être populaire. [...] Avec le virtuel, je peux faire deux corpos dans la soirée. J’ai même proposé à des compagnies qui avaient moins de budget de se mettre ensemble. Dans une salle corporative, ça ne fonctionnerait pas. Mais en virtuel, qu’est-ce que ça change ? » 

Ce qu’il pense des corpos en général : « Trois fois sur quatre, j’aime les corpos. Mais une fois sur quatre, je les déteste ! (rires) Je suis déjà allé faire un corpo dans une salle de réception d’un hôtel à Trois-Rivières. Il y avait plusieurs salles qui étaient simplement séparées par des gros panneaux pas insonorisés. J’avais une heure de spectacle à faire. Je venais de commencer depuis quelques minutes quand le DJ de la salle d’à côté a commencé à faire jouer de la musique avec du gros disco. On ne m’entendait plus du tout ! J’étais supposé faire une heure et je suis parti après dix minutes. J’ai eu tout mon cachet. Merci, bonsoir, Joyeux Noël ! »