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Enquête publique du coroner sur un suicide à la prison de Québec

Nicolas Saillant | Journal de Québec

Photo courtoisie

Le suicide de Yan De Montigny, qui a été retrouvé plus de 3 h après sa mort dans sa cellule du secteur de l’infirmerie de la prison de Québec — pourtant surveillée 24 h sur 24 —, fait l’objet d’une enquête publique de la coroner Karine Spénard.   

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Le 1er octobre 2017, Yan De Montigny était retrouvé inanimé dans sa cellule vers 11 h 35 du matin, alors qu’il était pourtant dans une pièce qui était surveillée 24 h sur 24 par une caméra. Le visionnement des bandes vidéo par l’enquêteur de la police de Québec Frédéric Drapeau, chargé de l’enquête, avait révélé que le suicide par asphyxie avait eu lieu plus de 3 h plus tôt, vers 8 h 15 du matin. 

Enquête criminelle

L’enquêteur dit avoir trouvé «assez particulier» qu’aucun agent correctionnel ne soit intervenu pendant le passage à l’acte qui dure 8 min, alors que «beaucoup de choses se passent dans la cellule». La scène a suffisamment fait réfléchir l’enquêteur Drapeau pour qu’il lance une enquête de négligence criminelle.  

Selon les images, les tournées de surveillance qui devaient être accomplies régulièrement n’avaient notamment pas été faites pendant la nuit. L’observation des images de la caméra dans la cellule de M. De Montigny aurait aussi permis d’intervenir à temps.   

La longue enquête de M. Drapeau n’a pas débouché sur des accusations visant un agent correctionnel, de sorte que le policier a fermé le dossier en juin 2019, mais une enquête publique du coroner a ensuite été commandée.  

Propos suicidaires

Yan De Montigny, un vétéran de l’armée qui était incarcéré depuis plus d’un an à la prison d’Orsainville pour des vols qualifiés, était bien connu des autorités pour avoir des idées suicidaires. Il avait d’ailleurs été amené au «trou» dans une cellule capitonnée après une première tentative de suicide quelques semaines plus tôt.  

Un codétenu de Yan De Montigny, qui a lui-même fait 11 tentatives de suicide pendant son passage à la prison de Québec, a raconté que la victime verbalisait régulièrement ses idées suicidaires. M. De Montigny lui avait parlé de son choc post-traumatique, de ses troubles anxieux et du fait qu’il était privé de sa médication en Xanax depuis son incarcération.   

«Il disait que ça n’allait pas, rien qui le rattachait à vouloir vivre», a raconté Dany Pelletier. Ce dernier a tenté de le dissuader de commettre l’irréparable en lui indiquant que les agents correctionnels l’avaient arrêté à chacune de ses tentatives. «J’ai l’impression qui l’a pris comme un défi», a lâché M. Pelletier, pris de sanglots.  

Toujours la cellule capitonnée

Il regrette aujourd’hui de ne pas avoir prévenu les agents, compte tenu de la détresse de M. De Montigny, un homme «agréable». Il déplore toutefois que «le capitonné est la réponse à tout au Centre de détention de Québec», a plaidé l’ex-détenu.  

«Juste le fait de dire ça ne va pas à l’intérieur, c’est capitonné. Bonne journée», illustre-t-il. «On a appris assez vite à se fermer le clapet», ajoute celui qui est souvent allé dans ces cellules où les conditions sont difficiles.

Dany Pelletier a observé un changement après la mort de M. De Montigny. «On a vite remarqué qu’il y a eu un resserrement au niveau des caméras», dit-il. 

La coroner Spénard se penchera sur un total de cinq suicides survenus en milieu carcéral cette semaine. 

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