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Bientôt l’heure juste sur les coûts de la pandémie à Ottawa

Anne Caroline Desplanques | Journal de Montréal

Le gouvernement fédéral fera le point sur l’état des finances publiques dans une semaine, après neuf mois de dépenses tous azimuts pour répondre à la pandémie.

La vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, a annoncé lundi à la Chambre des communes qu’elle présentera l’énoncé économique de l’automne lundi prochain, le 30 novembre.

Cet exercice devrait éclairer le public sur l’ampleur des dépenses et du déficit creusé par la pandémie, indique l’économiste Louis Lévesque, directeur général de Finance Montréal et ancien sous-ministre associé à Finances Canada, notamment.

«On doit savoir quelle est l’étendue des dommages, quand les mesures de soutien transitoires liées à la pandémie vont se terminer et quand le gouvernement prévoit un retour sur le sentier de la croissance», explique-t-il.

Le gouvernement Trudeau n’a pas présenté de budget depuis près de deux ans, se contentant d’un bref portrait économique en juillet. Depuis, Ottawa a cessé de rendre public le coût réel des différents programmes de soutien mis en place pour répondre à la crise sanitaire.

Dette

D’après les estimations du Directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux, le déficit annuel du gouvernement fédéral atteindra un sommet de 328,5 milliards $ en 2020-2021, du jamais-vu depuis 1966-1967.

Le Journal a détaillé dimanche que, à elles seules, les mesures de soutien liées à la pandémie coûteront plus de 225 milliards $ cette année uniquement, d’après les calculs sur DPB. Et ce, si aucune nouvelle mesure n’est ajoutée à la note.

Pour les économistes, dont l’ex-DPB Kevin Page et Rebekah Young, directrice des politiques économiques provinciales et fiscales de la Banque Scotia, le gouvernement Trudeau doit expliquer rapidement comment il entend gérer le trou creusé dans les finances publiques.

La ministre Freeland a refusé de se livrer à un tel exercice jusqu’à présent, plaidant que l’incertitude engendrée par la pandémie l’empêche d’établir des cibles budgétaires à moyen terme.

Mais pour Mme Young, l’arrivée prochaine de vaccins invalide cet argument. D’autres pays ont d’ailleurs récemment déposé des budgets détaillés en se basant sur l’hypothèse qu’un vaccin sera largement distribué d’ici la fin de l’année 2021.

Relance

Le Conseil canadien des affaires explique que le plan budgétaire réclamé par les économistes est un élément clef pour renforcer la confiance et encourager les investissements du secteur privé et la création d’emplois.

Générer ainsi de la croissance est urgent pour lutter contre la récession qui frappe le pays. Pour l’endiguer, Mme Young indique qu’Ottawa doit présenter un solide plan de lutte contre la récession qui mise sur la relance verte en partenariat avec le président élu des États-Unis Joe Biden.

Dans sa plateforme électorale, le démocrate a promis un investissement massif dans les énergies renouvelables, dans le but de rendre l’économie américaine carboneutre d’ici 2050. Cela sera combiné à un immense programme d’investissement public de 400 milliards $ sur quatre ans.

L’économiste Louis Lévesque doute toutefois que le gouvernement avance un plan de relance le 30 novembre, préférant garder ses munitions pour un budget aux allures de programme électoral plus tard dans l’hiver.