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Un dernier adieu avant la démolition

Élizabeth Ménard | Agence QMI

PHOTO COURTOISIE

Une maison de Sainte-Marie, en Beauce, a été tapissée des noms de 325 voisins et personnes qui ont foulé son plancher afin de lui rendre un dernier hommage avant sa démolition, mercredi.

«Je trouvais ça injuste qu’elle soit démolie comme ça. Je voulais la sortir de l’anonymat», a expliqué Louis Gagnon, l’instigateur du projet.

Sa mère, Béatrice Vachon, y a vécu durant 67 ans et y a élevé ses trois enfants.

«Mes parents ont acheté cette maison après leur mariage, lorsque ma mère avait 26 ans. À l’époque, elle n’était pas en zone inondable», a indiqué M. Gagnon.

Les inondations

Mais, en 1989, le sous-sol a été inondé pour une première fois, de quelques centimètres d’eau. Avec les années, le problème s’est aggravé, comme pour bien d’autres demeures de cette petite ville située à 40 km au sud de Québec.

Les inondations de 2019 ont été catastrophiques. La femme de 93 ans a dû quitter sa maison en escaladant sa clôture arrière, raconte son fils.

Près de 400 maisons ont été détruites à Sainte-Marie, depuis.

«En bruit de fond, tu entends toujours une maison se faire démolir. Ça fait quasiment partie du quotidien. C’est d’une tristesse», a-t-il dit.

Celle de Mme Vachon est l’une des dernières de l’avenue Saint-Louis.

«À l’âge qu’elle a, elle pensait mourir dans sa maison. Mais elle a vu toutes celles de ses voisins se faire détruire l’une après l’autre. Elle voyait l’hiver arriver et elle savait bien qu’elle ne pouvait pas rester là toute seule.»

La femme de 93 ans a donc quitté sa demeure, il y a quelques jours, pour s’installer dans une résidence pour personnes autonomes de Sainte-Marie.

De sa fenêtre, elle verra le terrain où, jadis, ses enfants jouaient.

Installation éphémère

Louis Gagnon et son épouse ont mis environ 20 heures chacun pour créer et apposer les noms sur la maison.

Propriétaire d’une entreprise de design graphique, l’homme de 60 ans a eu l’idée de cette installation éphémère après avoir pris des photos de la maison.

«Je la voyais comme une page blanche», a-t-il dit. De mémoire, avec l’aide de sa mère et ses deux sœurs, il a dressé la liste des amis et de la parenté qui y ont mis les pieds. À cela ils ont ajouté ceux de leurs voisins de l’avenue Saint-Louis.

«Ainsi habillée de tous ses souvenirs, sortie de l’anonymat et dressée devant l’oubli, elle témoignera de son passé», a écrit Louis Gagnon dans une publication Facebook partagée plus de 200 fois.

Mercredi, le 283 de l’avenue Saint-Louis ne sera plus. Mais il ne sera pas oublié pour autant.