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Enquête sur l’ancien prêtre Brian Boucher: rapport accablant pour l’Archevêché de Montréal

Agence QMI

Les autorités ecclésiastiques de l’Archevêché de Montréal se font égratigner par l’ancienne juge Pepita G. Capriolo concernant qui était au courant – et depuis quand – des agissements de l’ex-prêtre Brian Boucher, condamné l’an dernier à huit ans de prison pour avoir agressé sexuellement deux mineurs.

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Dans un rapport de 276 pages rendu public mercredi, au terme d’une enquête indépendante lancée en novembre 2019, la juge retraitée y va de 31 recommandations visant à assurer la responsabilité, la transparence et l'imputabilité de l'Archevêché si de tels abus se produisent à nouveau.

«Le rapport révèle que, tout au long de l'implication de Brian Boucher au sein de l'Archidiocèse, ses aptitudes de séminariste puis de prêtre ont été remises en question, mais que ce n'est qu'en 2015 qu'une enquête sérieuse a été entreprise, menant à ses procès criminel et canonique», a-t-on souligné, par communiqué.

«Jusqu'en 2016, personne n'avait allégué avoir été victime d'abus sexuel pendant sa minorité de la part de Boucher. Aucun parent n'avait porté une telle accusation à l'attention de ses supérieurs. Mais il n'y a pas de quoi disculper les autorités ecclésiastiques prématurément», écrit l’ancienne juge dans le rapport.

Les «multiples» plaintes contre M. Boucher touchaient notamment à son «autoritarisme, sa violence verbale et parfois physique».

Relation intime avec un jeune garçon   

De plus, «on avait observé Boucher entretenir une relation intime et inquiétante avec un jeune garçon à la fin des années 90», a-t-on souligné, en précisant que «malgré les nombreuses inquiétudes soulevées par cette relation, aucune enquête n'eut lieu à cette époque».

«L'absence d'imputabilité [...] figure au premier rang de ces causes. Ces personnes se sont lancé la balle, sans jamais se charger des plaintes reçues», écrit aussi Mme Capriolo, ajoutant que la «culture du secret» a fait en sorte que «d'importants documents» ont disparu grâce à des sessions de déchiquetage. Néanmoins, elle dit avoir eu accès à des centaines de documents, en plus d’avoir pu interroger une soixantaine de personnes.

«J'ai eu le soutien de Monseigneur [Christian] Lépine. Ni lui ni aucun autre membre de l'Archevêché n'[ont] tenté de limiter ou de restreindre la portée de mon enquête», a indiqué Mme Capriolo mercredi.

Excuses   

Mgr Lépine a présenté ses excuses aux victimes. «Au nom de l'Église catholique à Montréal et en mon nom personnel, je tiens à exprimer aux victimes, à leurs proches et à leurs communautés toute la tristesse que nous éprouvons. Vous avez subi les conséquences de terribles actes criminels, qui n'auraient jamais, jamais dû survenir», a dit Mgr Christian Lépine.

«Nous accueillons les conclusions de votre rapport avec humilité et un profond regret. Nous nous engageons à agir de façon décisive afin de prévenir de telles situations», a ajouté Mgr Lépine, en précisant que le rapport a été transmis au Vatican.

Recommandations   

Parmi les 31 recommandations, notons entre autres la création d'un modèle organisationnel dans lequel les responsabilités de tous sont clairement définies et dont les manquements sont accompagnés de sanctions, la modification du mandat du comité qui serait chargé d'étudier toutes les plaintes d'abus sans se limiter aux agressions sexuelles de mineurs et la tenue d'un registre des plaintes.

Un comité d'application des recommandations sera coprésidé par l’ancienne juge Capriolo et Mgr Lépine. On vise à ce que les mesures soient toutes déployées d’ici un an, avec l’aide d’autres membres à nommer incessamment.

Extraits du rapport de l’ancienne juge Pepita G. Capriolo

«De façon contemporaine, des avances sexuelles indésirées envers un jeune homme de 18 ans ont été ignorées et ensuite effacées de la mémoire écrite collective de l’Église. Plus tard, l’histoire déchirante d’une relation abusive envers un jeune étudiant de 19 ans, alors sous la tutelle de Boucher en sa qualité d’aumônier au Centre Newman, est devenue le point tournant... pour envoyer Boucher en traitement psychologique!»
«Il m'est apparu clairement que de nombreux documents ne pouvaient plus être trouvés aux bureaux du diocèse. Plusieurs sources m'ont rapporté que beaucoup de «déchiquetage» avait eu lieu après le départ, par promotion ou par décès, d’une bonne partie des principaux intéressés. Ma tentative de les trouver par des sources parallèles (Centre Newman, Grand Séminaire par exemple) n'a été que partiellement réussie.»

«Le déchiquetage de documents était une pratique bien connue au bureau du cardinal Turcotte.»

«En 2006, une autre plainte de comportement inapproprié de Boucher envers un mineur fut transmise aux autorités diocésaines et ignorée aussitôt. En 2011, un cadre supérieur de l’Église écrivit un long sommaire détaillé des manquements chroniques de Boucher afin d’empêcher la reconduction de son mandat comme curé de paroisse. Ce cadre dut s’absenter en congé de maladie et Boucher fut renommé.»

«Boucher se prit finalement à son propre piège: pendant son congé d’études à Washington, il prétendit avoir été abusé sexuellement par un jeune collègue prêtre. Monseigneur Dowd enquêta sur l’affaire et s’aperçut rapidement, preuve à l’appui, que Boucher avait été non pas la victime, mais plutôt l’agresseur. Lors de l’enquête élargie qui suivit, Monseigneur Dowd découvrit l’existence d’au moins deux victimes d’âge mineur.»

«De nombreuses personnes s’étaient plaintes du comportement inacceptable de Boucher pendant des années: de son impolitesse, son autoritarisme, sa trop grande intensité, son intransigeance, son homophobie, sa misogynie, son racisme, ses agressions verbales, voire même physiques. Ces plaintes avaient été rapportées à ses supérieurs à répétition.»

«Des rumeurs au sujet de son intérêt malsain envers de jeunes garçons circulaient depuis les années 1980 et avaient été communiquées aux autorités du Grand Séminaire de Montréal et de l’Archidiocèse. Plus tard, ces rumeurs sont devenues plus concrètes: on avait observé Boucher entretenir une relation intime et inquiétante avec un jeune garçon à la fin des années 90. Il est vrai que l’on n’avait pas de preuve concrète d’abus sexuel, mais combien fois peut-on corroborer de tels comportements par des photos? Malgré les nombreuses inquiétudes soulevées par cette relation et qui furent rapportées de façon de plus en plus détaillée aux autorités ecclésiastiques, aucune enquête n’eut lieu à cette époque.»

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