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L’ex-ministre Marc-André Bédard est décédé

Charles Lecavalier | Journal de Québec

Militant exemplaire, régionaliste convaincu, confident de René Lévesque, réformateur du système de justice, l’ancien ministre péquiste Marc-André Bédard, 85 ans, est décédé mercredi en raison de complications liées à la COVID-19. 

«Il avait une loyauté sans faille à l’égard de ses convictions, de sa région et de René Lévesque. C’était un roc», souligne l’ex première-ministre Pauline Marois, en entrevue avec Le Journal. 

Membre fondateur du Parti québécois, il est élu député de Chicoutimi dès 1973. Lors de la formation du premier gouvernement péquiste en 1976, il est nommé ministre de la Justice. Il occupera ce poste jusqu’en 1984. L’avocat de la défense devient réformateur : il crée le conseil de la magistrature, dépoussière le mode de nomination des juges, ajoute à Charte des droits et libertés l’interdiction de discriminer en fonction de l’orientation sexuelle et modernise le droit de la famille. 

«Je porte mon nom de famille grâce à ses réformes. Il a réglé la question des enfants illégitimes, nés en dehors du mariage : tous les enfants ont maintenant le même statut. Et il a été reconnu par les groupes des droits des personnes gaies pour l’énorme travail qu’il a fait, lui, qui était considéré comme un traditionaliste», note Mme Marois, qui l’a bien connu alors qu’elle travaillait au cabinet de Lise Payette, qui a piloté avec lui la réforme du droit de la famille. 

À l’annonce de son décès, les hommages ont plu. «On perd un grand homme (...) un grand amoureux du Québec», a affirmé le premier ministre François Legault. 

Un géant      

«Monsieur Bédard incarnait le mieux de la politique. Il sollicitait le meilleur en chacun d’entre nous» a écrit l’ancien député péquiste de Lac-Saint-Jean Alexandre Cloutier. Pour l’ancienne ministre péquiste Louise Harel, M. Bédard était un «gentleman et un diplomate» qui « souhaitait convaincre sans confrontation ni contrainte, et sans ennemi». 

Pour ceux qui l’ont connu, Marc-André Bédard était un géant. Le député péquiste Pascal Bérubé le qualifie de «militant exemplaire» qui n’a jamais renié ses convictions indépendantistes et qui tentait encore aujourd’hui de convaincre les gens qu’il rencontrait d’épouser le projet souverainiste. Et c’était également «le plus grand ministre de la Justice des 50 dernières années», a-t-il ajouté. 

Contacté par Le Journal, le député de Jonquière Sylvain Gaudreault était sous le choc. «Je lui ai parlé il y a quelques semaines à peine, après ma défaite à la course à la chefferie du PQ. Il m’a dit de ne pas lâcher que c’est la cause, l’indépendance, la liberté, était le plus important», a-t-il dit. 

Parmi la jeune génération qui aura marché dans les traces de Marc-André Bédard, l’ancien député péquiste Alexandre Cloutier s’est dit bouleversé par le départ d’un homme qu’il «admirait profondément».

«Il était un homme d’une droiture exemplaire, qui allait chercher le mieux dans chaque individu. Il a toujours été une source d’inspiration et a surtout incarné pour moi ce qu’il y a de mieux d’un homme politique», a confié au Journal M. Cloutier, qui a notamment siégé avec le fils de M. Bédard, Stéphane.

Et au-delà du legs majeur en matière d’accès à la justice et de droits humains qu’aura laissé l’homme politique, Alexandre Cloutier retiendra surtout le fort charisme de celui «qui connaissait tout le monde par son petit nom».

«C’était un homme avec un sourire et un sens de l’humour remarquable, de sorte qu’on avait juste envie de s’approcher de lui. [...] Le bon mot est magnétisme, carrément.

Un régionaliste convaincu     

«C’est un monument, un géant dans le vrai sens du terme», ajoute-t-il. 

M. Bédard a quitté la vie politique active en 1985, mais n’a jamais cessé de s’impliquer dans sa communauté, et avait l'oreille des politiciens locaux, peu importe leur couleur politique. Il voulait avant tout faire avancer le Québec. 

La ministre des Affaires municipales et actuelle députée de Chicoutimi Andrée Laforest peut en témoigner. «C’est un pionnier de notre région, et de ma ville. Il venait me voir au bureau de circonscription. Son combat était la rénovation de la cathédrale de Chicoutimi. J’ai parlé à Nathalie Roy aujourd’hui, et je lui ai dit : son œuvre, on va la continuer, a-t-elle indiqué au Journal. 

Des funérailles nationales?     

Lors d’un point de presse, le premier ministre François Legault a rendu hommage à M. Bédard. 

«On perd un grand homme, (...) un grand amoureux du Québec», a déclaré M. Legault, qui souhaite discuter avec le Protocole et la famille Bédard de la possibilité de tenir des funérailles nationales.

«C'était tout un défenseur du Saguenay–Lac-Saint-Jean», a souligné le premier ministre, qui dit avoir été inspiré par le côté plus «pragmatique» et «centre droite» de M. Bédard.

Les réactions politiques n’ont d'ailleurs pas tardé à pleuvoir pour saluer la mémoire de ce grand de la politique québécoise.

«Nous garderons en mémoire son sens du devoir et de la justice. J’offre mes sincères condoléances à sa famille et ses proches», a réagi sur Twitter le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette. 

«M. Bédard a marqué la politique québécoise de manière indélébile. Je salue son engagement et sa contribution à l'avancement du Québec», a écrit sur Twitter la cheffe du Parti libéral Dominique Anglade.

«La région a perdu un de ses géants», a de son côté indiqué le député conservateur fédéral de Chicoutimi—Le Fjord, Richard Martel. «M. Bédard était un gentleman, un politicien redoutable, et un homme d’une grande gentillesse.»

Parmi la jeune génération qui aura marché dans les traces de Marc-André Bédard, l’ancien député péquiste Alexandre Cloutier s’est dit bouleversé par le départ d’un homme qu’il «admirait profondément».

«Il était un homme d’une droiture exemplaire, qui allait chercher le mieux dans chaque individu. Il a toujours été une source d’inspiration et a surtout incarné pour moi ce qu’il y a de mieux d’un homme politique», a confié au Journal M. Cloutier, qui a notamment siégé avec le fils de M. Bédard, Stéphane.

Et au-delà du legs majeur en matière d’accès à la justice et de droits humains qu’aura laissé l’homme politique, Alexandre Cloutier retiendra surtout le fort charisme de celui «qui connaissait tout le monde par son petit nom».

«C’était un homme avec un sourire et un sens de l’humour remarquable, de sorte qu’on avait juste envie de s’approcher de lui. [...] Le bon mot est magnétisme, carrément.»

– Avec la collaboration de Marc-André Gagnon du Bureau parlementaire, de Pierre-Paul Biron et de TVA Nouvelles

Quelques dates

 1935: naissance à Lac-à-la-Croix, au Lac-Saint-Jean, le 15 août

 1960: admis au Barreau du Québec en décembre

 1968: aux côtés de René Lévesque, lors de la fondation du Parti québécois. Il siège à l'exécutif national du nouveau parti souverainiste

 1973: élu pour la première fois député de Chicoutimi, après avoir été défait aux élections générales de 1970.

 1976: le Parti québécois prend le pouvoir et il devient ministre de la Justice.

 1985: vice-premier ministre dans le gouvernement de Pierre Marc Johnson, il annonce son retrait de la politique active et retourne à la pratique du droit

 2013: décoré de l'Ordre national du Québec en juin 2013

 2020: décès à Chicoutimi, à l’âge de 85 ans et 3 mois, le 25 novembre

Des réalisations

 - Dans sa brillante carrière d'avocat à Chicoutimi, il a réussi à faire acquitter deux hommes accusés, à tort, de meurtre, en 1973

 - Comme ministre, il a créé le Conseil de la magistrature, revampé le mode de nomination des juges, et modernisé le droit de la famille

 - Il a œuvré pour la réforme du Code civil du Québec

 - Il a fait amender la Charte des droits et libertés de la personne pour interdire toute forme de discrimination sur la base de l'orientation sexuelle, une première en Amérique