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Trois enfants maltraités à Granby: un huissier marqué par sa macabre découverte

Agence QMI

L'huissier qui a mis au jour une autre histoire d’horreur d’enfants maltraités à Granby l'an dernier est revenu jeudi sur les détails de sa découverte inopinée qualifiée de «macabre». 

Tel que révélé par le «Journal de Montréal» en mai 2019, la visite de l’huissier Louis Martin, venu livrer une ordonnance d’éviction à la famille au nom du propriétaire de l’immeuble, a permis de sauver trois enfants maltraités par pur hasard le 14 février de cette année-là.

Sur place, à sa grande surprise, c’est un enfant de 3 ans qui a ouvert la porte à sa stagiaire et lui.

«C’était vraiment un peu macabre, a détaillé M. Martin en entrevue à QUB radio, jeudi. L’endroit était complètement sombre, il n’y avait aucune luminosité, aucune lumière. Les fenêtres extérieures étaient placardées. [...] L’odeur qui régnait à l’intérieur de l’appartement, je vous en passe de commentaires, mais ce n’était pas très ragoûtant.»  

  • Écoutez le huissier Louis Martin avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:   

Une fois à l’intérieur, en plus du jeune de 3 ans, ils y découvrent un poupon en pleurs et un adolescent de 17 ans, «terri dans l’ombre dans le salon, assis dans un divan, immobile, dans un mauvais état».

Ce dernier indique seulement aux deux huissiers que sa mère est «partie faire une commission» et «qu’elle va revenir tantôt».

«On a essayé de parler avec lui et, au moment où on a pu allumer les lumières à l’intérieur, on a constaté effectivement, je ne suis pas médecin, mais qu’il avait des marques évidentes de blessures, le visage tuméfié. Il était d’une maigreur assez pathétique. C’était évident qu’il avait besoin d’aide et de soins rapides», a souligné l’huissier au micro de l’animateur Benoit Dutrizac.

Selon M. Martin, il était alors difficile de réaliser que le jeune homme était âgé de 17 ans. «Il n’avait pas la stature ni l’aspect physique d’un adolescent de cet âge-là. Définitivement pas.»

Suivant un protocole déjà établi pour ce genre de situation, c’est à ce moment que l’huissier a contacté le Service de police de la Ville de Granby, qui, une fois sur place, a fait intervenir la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

Arrêtée et accusée, la mère des trois enfants a finalement été condamnée à huit ans de pénitencier le 13 novembre dernier pour les sévices qu’elle a fait subir au plus vieux.

Le juge de la Cour du Québec Conrad Chapdelaine a également montré du doigt la DPJ dans son jugement, qui aurait reçu plusieurs signalements au sujet de la famille, mais décidé de ne pas intervenir après une rencontre avec la mère.

Contacté par l’Agence QMI, le service des communications du Centre intégré universitaire de santé et de service sociaux (CIUSSS) de l'Estrie-CHUS a soutenu qu’un «processus d’enquête interne» avait été réalisé à la suite de l’événement et que celui-ci avait «contribué à apporter des correctifs qui sont en place depuis quelques mois» aux services à la protection à l’enfance.

Il s’agissait du deuxième dossier de maltraitance d’enfants médiatisée en peu de temps à Granby, où une fillette martyre était morte en avril 2019. Le procès de la belle-mère accusée dans ce drame n'aura pas lieu avant septembre 2021, au palais de justice de Trois-Rivières.

Au cours d’un point de presse jeudi, le premier ministre François Legault a parlé d’une situation «terrible» et «gênante» à la DPJ de l'Estrie.

«[Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux] Lionel Carmant a déjà commencé à ajouter de nombreux employés dans les différentes DPJ. Nous avons mis en place une commission avec Régine Laurent», a dit M. Legault en anglais.

«Nous devons avoir dans les prochains jours des rapports préliminaires avec quelques recommandations, et mon intention est de faire tout ce qui est possible pour que cela ne se produise plus, a-t-il ajouté. Nous mettrons donc en place ce qui est nécessaire. Et vous avez raison, c'est arrivé avant que la DPJ [de l’Estrie] ne soit sous tutelle, et nous les aidons en ce moment. Nous avons donc envoyé des experts pour changer la situation, parce que c'est la deuxième situation terrible que nous voyons en Estrie, alors nous travaillons là-dessus.»