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[VIDÉO] La mère des fillettes Carpentier brise le silence

Pierre-Paul Biron | Journal de Québec

Amélie Lemieux, la mère de Norah et Romy Carpentier, brise le silence quatre mois après la mort tragique des deux fillettes. Dans une vidéo produite par Deuil-Jeunesse, elle raconte le vide qui l’habite depuis le 8 juillet dernier. 

Dans la vidéo de près de 15 minutes diffusée jeudi, Amélie Lemieux se confie sur le drame horrible qu’elle vit et sur le rôle que Deuil-Jeunesse a joué dans son cheminement.

«Quand on m’a annoncé qu’ils avaient trouvé Norah, j’espérais toujours qu’elle soit en vie. J’espérais toujours une fin heureuse. Je ne pouvais pas concevoir que Martin pose un geste irréparable», confie-t-elle. «J’étais impuissante, tout ce que je voulais, c’était ramener mes filles à la maison.»

Elle y raconte également n’avoir jamais pu croire que son ex-conjoint, Martin Carpentier, ait pu présenter un risque pour ses enfants.

«On m’a demandé s’il pouvait être dangereux, mais non. Martin ne pouvait pas être dangereux. C’était un père aimant et un homme bienveillant. Même séparés, il a toujours veillé à ce que je ne manque de rien», raconte Mme Lemieux, ébranlée par l’émotion.

Capture d'écran, YouTube

 

«Je suis une maman, mais elles ne sont plus là»  

La réalité la rattrapé dans les jours suivants raconte-t-elle, quand elle a finalement eu accès au corps des petites.

«Tant que je n’ai pas vu mes filles, je n’ai pas réalisé. Je n’ai pas réalisé que c’était un point de non-retour. Après, je leur ai chanté les chansons que je leur chante depuis qu’elles sont nées, tous les soirs, donner des bisous, raconter une histoire, leur souhaiter bonne nuit. À partir de là, ça a été le début pour moi de me dire que je suis une maman, mais qu’elles ne sont plus là», soupire Amélie Lemieux, dans son généreux témoignage qui vise à démontrer qu’il y a un après.

Cet après, pour elle, est venu avec l’intervention des gens de Deuil-Jeunesse et de sa fondatrice Josée Masson.

 

«Elle m’a dit une phrase que je ne croyais pas, que j’étais limite fâchée d’entendre. Elle m’a dit qu’un jour, j’aurais un instant de bonheur, que ça allait faire une pause dans la souffrance et que j’allais comprendre que je pourrais continuer», se souvient Amélie Lemieux.

Ce moment est finalement arrivé quelques mois après le drame, sans s’annoncer, au détour d’une rue du quartier.

«C’est arrivé le 12 octobre. J’ai promené le chien et Romy avait une amie [...] puis je suis tombée face à face avec sa maison. Pour aucune raison, je suis allée cogner. L’instant de bonheur a ouvert la porte et c’est là que j’ai compris que je pourrais continuer».

«J’ai vu une dame utiliser son drame comme levier de vie. Je pense qu’elle a compris que sa vie lui appartenait à travers la mort des êtres aussi importants», confie Josée Masson, sur ce difficile, mais nécessaire processus.

Signe de ce cheminement, Amélie Lemieux confie à la fin de son témoignage son désir d’avoir d’autres enfants.

«Mon avenir quand je la regarde, je la vois avec d’autres enfants. Mon copain en a deux, ça m’apporte énormément. Mes filles étaient exceptionnelles et uniques, mais je sais que je ne serai pas capable de faire ma vie sans enfant à moi. Oui je me vois avec d’autres enfants, donner à Norah et Romy un petit frère ou une petite sœur», termine Mme Lemieux.

Un jardin à leur nom  

La vidéo a été produite en marge de la journée Mardi Je Donne, une campagne visant à amorcer la période des dons des Fêtes pour des organismes communautaires et qui suit les fameux Vendredi-Fou et Cyber-Lundi.

L’objectif de Deuil Jeunesse est d’amasser 12 000$ lors de cette journée pour aider d’autres familles comme celle de Norah et Romy Carpentier. L’organisme a d’ailleurs choisi de nommer la cour arrière de la maison où elle offre des services d’accompagnement, le Jardin Romy et Norah, en l’honneur des deux sœurs.

«On souhaite que ça soit un lieu de recueillement pour les gens en deuil, qui vivent des pertes, des moments difficiles, des moments souffrants. Pour qu’ils puissent venir se recueillir dans ce jardin-là, rempli d’amour», souligne la fondatrice de Deuil-Jeunesse, Josée Masson, dans la vidéo.

Le geste a beaucoup touché Amélie Lemieux, qui s’est dite émue de voir que ses filles allaient «continuer à vivre» à travers l’endroit.