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Des artistes s'unissent pour Joyce Echaquan

Marie-Josée R. Roy | Agence QMI

Joyce Echaquan ne sera pas oubliée. Deux mois après la mort tragique, dans des circonstances innommables, de la femme atikamekw à l’hôpital de Joliette, des artistes autochtones et québécois s’unissent pour lui rendre un hommage sincère et prôner le dialogue entre les Peuples. 

Le spectacle «Waskapitan : rapprochons-nous» constitue un coup de chapeau à la mémoire de Joyce et un appel à la fin du racisme anti-autochtone. L’initiative vient du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec et de sa succursale de Joliette, et est supportée par divers organismes de la région, qui a évidemment été bouleversée par le sort réservé à Joyce Echaquan.

Dans le plus grand respect des mesures sanitaires, sous la direction artistique d’Elisapie, Florent Vollant (que les artistes autochtones considèrent comme leur «grand frère»), Richard Séguin, Anachnid, Wass, Natasha Kanapé Fontaine, la comédienne Jemmy Echaquan (qu’on a vue dans «Fugueuse» et «Toute la vie», et qui est la petite cousine de Joyce Echaquan), Shauit, Jeremy Dutcher, Dominique Fils-Aimé, Ariane Moffatt, Yves Lambert, Patrick Watson et Boucar Diouf se sont réunis pendant deux jours pour une prestation pleine d’amour, et festive par moments. Richard Desjardins et Patrice Robitaille ont aussi contribué au projet en prêtant leur voix à des capsules web dérivées.

«On veut montrer de la beauté et de la poésie, parler de la résilience. Ce n’est pas un "show" politique. Il n’y a pas un politicien qui parle. L’aspect politique, on en a fait le tour, et on n’a peut-être pas fini, mais on avait envie de faire une pause pour se recueillir, en toute simplicité. C’est, à la limite, à la bonne franquette, mais toute l’émotivité est là», dépeint Elisapie, qui a trouvé un peu d’espace dans son horaire chargé pour se consacrer à «Waskapitan», et qui porte pour la première fois le chapeau de directrice artistique.

Photo Flore Bibeau/Regroupement des Centres d’amitié autochtones du Québec

Aussi une fête 

Joyce Echaquan appelait à l’aide dans son lit d’hôpital, à la fin septembre dernier, pendant que des membres du personnel médical tenaient des propos racistes à ses côtés, qui ont circulé dans une vidéo sur Facebook. Mme Echaquan est finalement décédée le 28 septembre. Son départ a causé une onde de choc au pays.

«Waskapitan : rapprochons-nous» fera bien sûr écho à cette horreur traversée par la maman de sept enfants, et aux autres écueils rencontrés par les autochtones de tous milieux. Elisapie raconte avoir «braillé beaucoup» en entendant les mots lourds de sens d’une Jemmy Echaquan ou la chanson de Florent Vollant, remontant à l’époque Kashtin, dédiée à sa fille.

Mais il n’y aura pas que des larmes de tristesse qui seront versées au visionnement de «Waskapitan...», promet la chanteuse Inuk.

«Il ne faut jamais oublier que les autochtones sont des gens résilients, qui vivent avec beaucoup d’humour, tous les jours, pour survivre, avec la musique. Alors c’est super important de faire danser aussi. C’est un hommage à Joyce, mais aussi à l’amitié, aux rassemblements, à la poésie. On en a besoin, et le peuple atikamekw en sera heureux.»

Photo Flore Bibeau/Regroupement des Centres d’amitié autochtones du Québec

Conscientisation 

La conversation sur les droits des autochtones est amorcée, sans être terminée. Mais des pas de géants ont récemment été réalisés, notamment dans l’industrie culturelle, avec, par exemple, la création d’un Félix de l’artiste autochtone de l’année au Gala de l’ADISQ et l’inclusion maintenant incontournable de personnalités autochtones dans les rassemblements d’envergure. Encore récemment, Elisapie posait en page couverture du magazine «Elle Québec» et retenait l’attention avec une vidéo adressée au premier ministre François Legault après la mort de Joyce.

La principale intéressée continue de marteler que le gouvernement devra un jour reconnaître l’existence du racisme systémique, mais salue les vitrines qui s’agrandissent pour ses frères et sœurs.

«Beaucoup de choses se passent dans le monde autochtone en ce moment. On s’exprime d’une manière libre et expressive, parce qu’on nous en donne l’opportunité. On utilise chaque petite fenêtre. L’envie de connaître davantage les autochtones est plus présente que jamais.»

«Je pense qu’on a besoin de montrer que de belles choses se passent, ajoute Elisapie. Il y a une conscientisation incroyable qui se fait. On le sent. On a de plus en plus de raisons de sourire. Joyce nous a donné cette immense force, et on a le devoir de le lui rendre.»

Le public est invité à regarder gratuitement le spectacle «Waskapitan : rapprochons-nous», qui dure 90 minutes, du 3 décembre au 3 janvier, au waskapitan.org. On pourra faire un don en ligne sur la même plateforme, au profit du Fonds Waskapitan, qui financera la réalisation d’une œuvre publique significative en hommage à Joyce Echaquan et permettra de lancer des projets novateurs.