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Faut-il s’inquiéter pour l’avenir financier de nos jeunes ?

Daniel Germain | Journal de Montréal

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Le titre du rapport de l’Institut du Québec m’a semblé un brin alarmiste, je me suis demandé si neuf mois de pandémie n’avaient pas émoussé ma capacité d’apitoiement, déjà que je n’en ai pas à revendre : « Marché du travail au Québec : LES JEUNES DUREMENT AFFECTÉS PAR LA CRISE ».

Il faut dire que le rapport ne nous réservait pas de grandes révélations, on savait déjà que la majeure partie des emplois perdus depuis le début de la pandémie touchait les jeunes. 

Quand une vague de chômage déferle, elle s’attaque d’abord à la base. À 20 ans, on n’a pas fait ses racines dans le marché du travail. 

Maintenant, on a une meilleure idée de l’ampleur des dégâts : alors qu’ils représentent à peine 13,2 % de la main-d’œuvre, les 15-24 ans ont encaissé plus de la moitié des pertes d’emplois (53,6 %) à cause de la COVID-19.

Quand on s’attarde aux jobs à temps plein, le tableau s’assombrit davantage. Les trois quarts de tous les postes à temps complet qui ont disparu concernent cette jeune cohorte qui n’occupait pourtant que 7,3 % des emplois en question.

Vue de même, ça ressemble à une hécatombe. Alors, faut-il s’énerver pour nos jeunes ? 

Ils s’en remettront. Et vite à part de ça ! 

Une lueur au bout du tunnel 

Au regard de la situation qu’ont vécue leurs parents au même âge, les jeunes actuels ne font pas face à une situation désespérante.

Oui, j’ai compris qu’il faut cesser de référer aux misères de l’ancien temps, à la grippe espagnole, à la Grande Dépression et à la Deuxième Guerre mondiale. Mais je ne peux m’empêcher de rappeler les non si lointaines années 1990, les débuts surtout, où le marché du travail ressemblait à un vaste terrain vague, un lieu grisâtre où les jeunes erraient sans rencontrer de débouchés évidents ni de chèques de PCU.  

Là, c’est tout autre chose. Les jeunes ne subissent pas une situation structurelle dont on ne voit pas la fin, mais du chômage « pandémique » en majeure partie temporaire. 

Rebond de l’emploi

Au creux, quand l’économie a été mise sur « pause » au printemps, le taux d’emploi s’est littéralement effondré chez les jeunes, bien davantage que chez les autres tranches d’âge. Il s’est lentement redressé depuis (ralenti par la PCU, il faut dire), si bien qu’à la fin de l’été, la vaste majorité des pertes avaient été récupérées.

En comparaison de la situation qui prévalait à l’automne 2019, l’automne 2020 n’a pas marqué une détérioration de l’emploi si catastrophique chez la jeunesse. Pour 100 personnes de 15 à 24 ans qui travaillaient l’année dernière, il y en avait près de 95 qui bossaient cette année. C’est quand même un exploit, sachant que l’industrie touristique, le secteur culturel, les bars et les restaurants, là où les jeunes acquièrent leurs premières expériences de travail, roulaient à une fraction de leur capacité habituelle. 

Ç’a reculé depuis que Québec a imposé une nouvelle fois la fermeture totale des salles de spectacles, des restaurants et des bars, mais on est loin d’avoir touché un niveau dramatique. Je m’inquiète plus pour les entrepreneurs et les artistes, mais c’est une autre histoire. 

Pénurie de main-d’œuvre

Quand tout ça redémarrera, on l’espère quelque part au printemps, le problème des entreprises qui rouvriront sera de retrouver de la main-d’œuvre. Car un élément intéressant que souligne le rapport de l’Institut de Québec, c’est que l’état actuel du marché de l’emploi aurait incité de nombreux jeunes à prolonger leurs études, un bon choix.

Les jeunes ne manqueront pas de job. Ils arrivent sur le marché du travail au moment où la génération des boomers le quitte pour la retraite. Dans quelques mois, on reviendra à nos anciennes préoccupations : on se plaindra de la rareté de la main-d’œuvre, une pénurie qui n’a jamais totalement disparu, même au pire de la crise sanitaire.