/regional/quebec/quebec

Injuriés comme jamais

Jérémy Bernier | Journal de Québec

Le propriétaire d’Entretien P.J.P., Jean-Philippe Perron, appelle les clients des entreprises de déneigement à la « tolérance » cet hiver.

Photo Didier Debusschère

Le propriétaire d’Entretien P.J.P., Jean-Philippe Perron, appelle les clients des entreprises de déneigement à la « tolérance » cet hiver.

Des déneigeurs croient être victimes de la tension accumulée durant la pandémie, alors qu’ils reçoivent un nombre jamais vu de messages haineux à leur endroit après seulement une première chute de neige. 

« Coudonc, tabarnak, avez-vous tous attrapé la COVID ? Parce que ma cour n’est pas déneigée encore ! »

Voici un exemple bien concret d’un des nombreux appels qu’a reçus l’entreprise Entretien JFB, de Charlesbourg, lors de la première bordée de neige la semaine dernière. Le propriétaire de la compagnie, Jean-François Bédard, estime que ce genre de comportement n’est pas nouveau, mais que « ça a empiré énormément cette année ».

Un de ses opérateurs a même été accueilli avec deux doigts d’honneur à son arrivée dans la cour d’un client.

« En étant confinés à la maison ou en télétravail, les gens sont plus souvent dans les fenêtres et ils sont moins tolérants. Ils sont plus rapides sur le téléphone et au lieu de trouver des solutions, ils nous crient des insultes », explique l’entrepreneur.

Le propriétaire d’Entretien JFB, Jean-François Bédard

Photo Didier Debusschere

Le propriétaire d’Entretien JFB, Jean-François Bédard

« Les gens sont sur le bord d’éclater à cause de la pandémie. Il y a beaucoup de tension et d’agressivité accumulées. Leur résidence est le seul endroit où ils sont maîtres et ils en profitent », déplore-t-il.

Appréhension 

La situation est telle que M. Bédard n’a eu d’autre choix que d’envoyer un courriel à tous ses clients pour leur expliquer la situation et faire un appel au respect.  

Il envisage d’ailleurs le reste de l’hiver avec une certaine appréhension. Comme plusieurs entreprises, la sienne n’est pas à l’abri d’une propagation du virus, ce qui pourrait ralentir le rythme et l’efficacité du déneigement.

« Déjà, lors de la première neige, on a deux ou trois opérateurs qui ont dû rester à la maison en isolement parce qu’un de leur proche a testé positif au virus. On a des travailleurs de remplacement, mais [ils ne sont pas nombreux] et ne connaissent pas tous les caprices de chacun des clients », souligne l’homme.

Même son de cloche du côté d’Entretien P.J.P., à Beauport, dont les secrétaires ont déjà dû encaisser bon nombre d’insultes, alors que l’hiver pointe à peine le bout de son nez.

« Les gens sont à la maison, ils sont au courant de l’heure à laquelle on passe. Ils n’en manquent pas une, c’est rendu ridicule ! » indique son propriétaire, Jean-Philippe Perron, faisant écho aux propos de son compétiteur. 

M. Perron rappelle également que la pandémie a eu des impacts importants sur son entreprise. Pouvant compter sur moins de main-d’œuvre qu’habituellement, il a dû embaucher des personnes qui n’avaient jamais conduit de tracteur auparavant.

« On aimerait passer un message de tolérance à la population, particulièrement cette année. »

Manque de main-d’œuvre 

À entendre plusieurs propriétaires d’entreprises de déneigement, le métier de déneigeur vient quasiment de pair avec des propos injurieux. Ce n’est pas un hasard si la main-d’œuvre est souvent manquante dans le domaine.

« À force de leur taper sur la tête, on a des opérateurs qui partent. Ils sont rares, ceux qui font 25 ans dans ce métier », soupire M. Perron.

Des clients en colère   

Voici quelques extraits audio tirés de véritables appels destinés à l’entreprise Entretien JFB Inc.

« Coudonc tabarnak, avez-vous tous attrapé la COVID ? Parce que ma cour n’est pas déneigée encore ! »

« J’vous confirme qu’il y a deux pieds de neige devant mon criss de char, fait que là, vous allez venir déneiger devant mon char pis ça presse ! »

« Vous êtes pas venus déneiger l’osti de criss d’entrée parce que c’est vraiment, mais vraiment, mais vraiment dégueulasse ! J’vais être obligé de pelleter l’esti de criss de calice de bourrelet de la gratte parce que calice, vous êtes pas passés tabarnak ! »

« [L’opérateur] était en train de faire l’entrée à côté de chez nous criss. Je me suis dit que j’allais ôter les chars [de ma cour] et qu’il allait passer chez nous. Bien non tabarnak ! »

« On va surveiller [votre opérateur]. Là là, ce matin, c’était loin d’être parfait. Si ça continue de même, on va se faire poser un garage. »