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FCTNM: Michelle Allen saluée pour l’ensemble de son œuvre

Marie-Josée R. Roy | Agence QMI

PHOTO COURTOISIE, Julie Perreault

Déjà récipiendaire de quelques trophées, Michelle Allen sera récompensée pour l’ensemble de sa carrière par Femmes du cinéma, de la télévision et des médias numériques (FCTMN) lors d’un gala virtuel le 2 décembre. Un bel honneur pour une créatrice qui se dit peu habituée aux éloges et aux lauriers.

«Comme scénaristes, on a un peu l’impression d’être invisibles. On n’est montrés nulle part, et on s’habitue à ça. Donc, quand on nous nomme, c’est bienvenu, ça fait extrêmement plaisir et c’est un peu surprenant», a énoncé la productrice et auteure, à qui l'on doit des séries qui ont fait grand bruit, comme «L’Échappée», «Fugueuse», «Pour Sarah», «Destinées» et «Vertige».

Résonnance  

Femme qui a su se tailler une place enviable dans un environnement professionnel difficile à percer, œuvres à forte résonnance sociale et aux sujets percutants (prostitution, alcool au volant, délinquance), large tribune accordée aux jeunes dans ses diverses intrigues: le legs de Michelle Allen au petit écran québécois se mesure à maints égards. La principale intéressée n’a jamais calculé son apport de cette façon, se laissant porter par l’inspiration.

«Ce qui me guide, c’est la curiosité. Plus j’avance en âge, plus j’ai envie d’être à l’écoute de l’énergie, des préoccupations, des références des jeunes; un être humain reste un être humain, et je ne me sens étrangère à aucun parcours.»

«Avec la télévision, on entre dans la vie des gens, et j’ai envie de m’adresser à tout le monde et de dire des choses. L’impact social et l’âge des personnages ne sont pas une stratégie de marketing; je me dis que, tant qu’à aborder des sujets, choisissons-en des intéressants et des neufs. Si c’est pour dire la même chose que Janette disait merveilleusement il y a 20 ans, ça ne sert à rien de les aborder. J’ai moi-même besoin d’être interpellée par les histoires que je raconte, et de les raconter différemment.»

Michelle Allen lance au passage quelques fleurs à ses collègues auteures féminines, elle qui dit demeurer constamment vigilante quant aux rapports de pouvoir qui peuvent s’infiltrer dans les rapports humains sur les plateaux.

«On travaille fort, on est tenaces, dans un milieu de l’ombre. On est des petites souris, des marathoniennes. Pour moi, une femme, c’est dynamique, ç’a toutes les possibilités. Je pense qu’on est respectées comme auteures et scénaristes de séries télé.»

«Lobby» et «Diva»  

Avant d’intégrer le monde de la télévision, Michelle Allen avait étudié pendant quatre ans en médecine. L’appel des arts ayant toutefois été plus puissant que celui des sciences, elle a ensuite bifurqué vers le jeu, a gradué du Conservatoire d’art dramatique, est devenue comédienne, a fondé une troupe de théâtre, a écrit des textes pour ladite troupe, puis s’est jointe à des «pools» d’auteurs à l’origine de différents téléromans.

Elle s’est ainsi fait les dents dans les coulisses de fictions comme «Graffiti», «Tandem», «D’amour et d’amitié» et «L’or et le papier», avant de proposer deux premiers projets à titre de plume principale, «Lobby» (1996) et «Diva» (1997), tous deux relayés à TVA.

De «Lobby», Michelle Allen se souvient avoir collaboré avec Normand Lester pour tisser sa trame campée dans l’univers du lobbyisme.

Quand elle revoit des extraits de «Diva», elle s’amuse des coupes de cheveux de ses héroïnes (Geneviève Brouillette, Noémie Godin-Vigneau, Jacynthe René, Dylane Hétu, etc.) de l’époque. Elle fait aussi remarquer que cette fausse incursion dans le milieu de la mode réalisée par Jean-Claude Lord et Bruno Carrière était, à la fin des années 1990, une des premières séries d’envergure dotée d’un «budget de "téléroman plus"», trois fois moins élevé que celui d’une «Marguerite Volant» en ondes dans les mêmes années.

«Et on faisait quelque chose d’aussi dynamique, qui faisait un peu jeune», s’enorgueillit Michelle Allen.

Y’a-t-il un titre de son curriculum vitae qu’elle chérit particulièrement, ou qu’elle estime négligé ou oublié?

«La série "Au nom de la loi", avec Patrick Huard, présentée à Radio-Canada (en 2005), avait un peu été un désastre de cotes d’écoute. C’était réalisé par Podz et, à mon avis, ç’a été difficile en termes de réception, parce que c’était beaucoup trop graphique et violent. Mais l’écriture de cette série avait été un pur bonheur. C’était la première fois que j’allais aussi loin dans la liberté de l’imagination.»

Cinq récipiendaires  

Chaque année, le réseau FCTMN célèbre cinq femmes et un homme qui se démarquent dans l’industrie audiovisuelle et font rayonner le talent féminin lors d’un gala-bénéfice. La 21e édition de l’événement, mercredi, se tiendra sous le thème «Contre vents et marées» et sera animée par l’humoriste Manal Drissi.

Les autres lauréates du gala 2020 du FCTNM sont la productrice Karine Dubois, de Picbois Productions, Ariane Giroux-Dallaire, directrice de la maison de distribution MK2 Mile End, la productrice Michèle Rouleau, de Productions Wabanok, et la costumière Renée April. Le PDG et fondateur du Fonds Quebecor, Serge Thibodeau, recevra pour sa part le prix Allié des femmes.