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Une affaire de pédophilie «hors normes» revient devant la Cour en France

Agence France-Presse

Le procès d'un ex-chirurgien, Joël Le Scouarnec, accusé de viols et d'autres agressions sexuelles sur quatre victimes mineures à l'époque des faits, a repris lundi en France, premier volet judiciaire d'une affaire de pédophilie «hors normes».

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Commencé le 13 mars et interrompu au 2e jour d'audience par le premier confinement décrété dans ce pays en raison de la crise sanitaire de la COVID-19, ce procès devant les assises de Charente-Maritime, dans le sud-ouest, se déroulera ensuite à huis clos, à la demande de plusieurs parties civiles, avec un verdict attendu pour jeudi, le jour du 70e anniversaire de l'accusé.

Masqué, crâne dégarni entouré de cheveux blancs, pull gris sur une chemise, fines lunettes, le chirurgien a décliné son identité d'une petite voix: «Le Scouarnec Joël. Domicile: maison d'arrêt de Saintes. Profession: retraité».

Tandis que la cour procédait au tirage au sort des jurés, il a promené son regard sur une salle organisée pour répondre aux impératifs de la crise sanitaire, avec notamment une présence médiatique allégée.  

«Ce premier volet est important, c'est celui qui déclenche tout et qui permet de révéler des faits intrafamiliaux et professionnels et cela, grâce à la parole de cette petite fille», a expliqué avant l'audience Me Francesca Satta, l'avocate de la famille de la très jeune voisine de l'ex-chirurgien, dont la dénonciation a permis l'ouverture de l'enquête.

«L'important, c'est qu'on arrive à des aveux véritables sur les faits de viol», a-t-elle ajouté.

C'est le récit en avril 2017 de Lucie*, cette voisine de six ans à Jonzac, dans le département de Charente-Maritime, qui a déclenché l'affaire.

Trois ans plus tard, il comparaît détenu pour des faits de viols (pénétrations digitales) sur cette fillette et sur une nièce dans les années 90, ainsi que pour d'autres agressions sexuelles à la même époque : une autre nièce et une patiente, quatre ans en 1993 et qui dit ne se souvenir de rien.

Le chirurgien à la retraite reconnaît des attouchements, mais conteste les viols pour lesquels il encourt une peine de 20 ans de réclusion criminelle. 

«Il n'est pas dans une logique de déni», assurait en mars l'avocat de l'accusé, Thibaut Kurzawa. «Il sait que, depuis des années, il a eu un comportement qui a fait du mal».

Car ce procès n'est qu'une première étape dans une affaire de pédocriminalité sans précédent en France. 

Inculpé en octobre dans un deuxième volet à Lorient (Bretagne), Joël Le Scouarnec est également soupçonné de viols et d'autres agressions sexuelles sur 312 victimes majeures et mineures. Des faits remontant aux années 1986-2014, révélés grâce à l'analyse minutieuse de ses archives secrètes. 

«Sujet manipulateur»

Dans sa maison de Jonzac, où l'homme vivait en ermite avec des poupées, les gendarmes ont saisi plus de 300 000 images à caractère pédophile, dont des photos des deux nièces. Mais c'est la découverte de milliers de pages de listings et de journaux intimes tapés sur son ordinateur qui a projeté l'affaire dans des dimensions hors normes.

Jour après jour, ce spécialiste de la chirurgie digestive a consigné les noms de ses victimes présumées, associés à une litanie de récits d'agressions pendant ses 30 ans de carrière dans des hôpitaux du centre et l'ouest de la France.

Ce volet «hospitalier» ne sera pas évoqué au procès de Saintes, qui va surtout s'attacher aux origines de l'itinéraire de l'accusé, dans le huis clos familial. 

«On va découvrir non pas le chirurgien, mais quel homme il était dans sa vie privée», estiment Nathalie Bucquet et Marie Grimaud, les avocates de l'association partie civile, Innocence en danger. 

Les experts ont décrit «un sujet manipulateur fasciné par la pédophilie», sans «aucune empathie». Après coup, que pensait-il de ses actes? «C'est une attitude que j'ai fini par estimer comme "normale"», lâchait-il en 2017 devant un juge. 

Jusqu'alors, il n'avait jamais été inquiété, malgré des alertes à l'hôpital après sa condamnation en 2005 à quatre mois de prison avec sursis pour consultation d'images pédopornographiques. 

Dès les années 90, sa femme qui «savait» selon lui, et sa soeur, qui avait reçu les confidences de ses filles sur le «tonton Joël», l'avaient bien interrogé sur ses penchants, mais le secret n'est jamais sorti du clan. Leur témoignage est très attendu. 

*Prénom d'emprunt