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«Ce n’était pas mon heure» - Romain Grosjean

Louis Butcher | Journal de Montréal

Deux jours après avoir été victime d’un accident effroyable au Grand Prix de Bahreïn, Romain Grosjean a accordé mardi une première entrevue très émotive sur les ondes de la chaîne de télé française TF1.

D’entrée de jeu, le journaliste lui demande un bulletin de santé et le pilote français répond: «Dans les circonstances, je vais bien.»

Depuis sa chambre d’hôpital, Grosjean paraît en forme, même s’il porte toujours des bandages aux mains pour soigner des brûlures au deuxième degré. Il souffre aussi d’une entorse au pied gauche.

«J’ai les mains de Mickey, dit-il, mais j’ai la mobilité dans tous les doigts. Ce n’est pas douloureux, donc je ne me plains pas.»

Le pilote de l’écurie Haas de 34 ans a raconté ce qu’il a vécu au départ de l’épreuve. Sa monoplace s’est encastrée dans une glissière de sécurité à une vitesse estimée à environ 210 km/h avant de prendre feu.

Poids de 3,8 tonnes 

L’impact a été d’une force inouïe, estimée à 53 G en décélération, prétend la Fédération internationale de l’automobile (FIA). Compte tenu du poids (71 kg) du pilote, Grosjean a pesé 3,8 tonnes (71 X 53) en une fraction de seconde quand il a frappé la clôture. Il n’a jamais perdu connaissance.

«Je me souviens de tout, du début à la fin, explique celui qui a passé 28 secondes dans le brasier. Pour m’extraire de la voiture, j’ai pu retirer ma ceinture. Le volant n’était plus là, probablement envolé après le choc.

«La visière de mon casque était tout orange et j’ai vu les flammes sur le côté gauche de ma voiture. L’accident de Niki Lauda m’est venu à l’esprit. Je ne voulais pas finir comme ça.»

Le pilote autrichien, décédé l’an dernier, a été victime d’un accident semblable au Grand Prix d’Allemagne en août 1976, non sans avoir subi de très graves brûlures au visage.

Le mot... miracle 

«J’ai vu la mort arriver, a poursuivi Grosjean. Je me suis dit que je n’avais d’autre choix que de sortir de là. J’ai senti que mes mains étaient en train de brûler.»

De son lit d’hôpital, quelques heures après son admission, il a tenu à revoir la séquence de son embardée.

«Je ne sais pas si le mot miracle existe, a-t-il enchaîné, et si on peut l’utiliser. Mais ce n’était pas mon heure. En revoyant les images et l’explosion, même à Hollywood, on n’est pas capable de faire ça. Je serai marqué à vie par cet accident.

«J’ai plus eu peur pour mes proches, mes trois enfants en premier lieu, que pour moi. Ils sont ma plus grande source de fierté et d’énergie.

«Mon fils de cinq ans, Simon, m’a dit que j’avais un pouvoir magique et ma petite dernière [Camille, née en décembre 2017] m’a fait un petit dessin pour les bobos de papa sur les mains.»

Le fameux halo 

Grosjean, qui devrait obtenir son congé de l’hôpital mercredi, reconnaît n’avoir jamais vécu pareil accident. Et il doit remercier la FIA d’avoir introduit le halo en 2018.

Cet arceau de sécurité dont Grosjean et certains autres pilotes n’étaient pourtant pas en faveur. Pour de multiples raisons.

L’une d’elles était justement qu’en cas d’impact, le pilote pouvait rester coincé dans le cockpit. Or, cet accident ne viendra que renforcer la thèse qu’il a sa raison d’être. Qu’il sauve des vies, peu importe l’opinion des puristes.

Même Lauda avait justement déploré que ce dispositif détruisait l’ADN de la F1 et minimisait le risque pour les pilotes.

«Sans le halo, a répété Grosjean pendant son entrevue, je ne serais plus là.»

Grosjean est marié à la Française Marion Jollès, journaliste et animatrice à la chaîne TF1.