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Suggestions littéraires: les critiques de Legault contre-attaquent

Vincent Larin

Photo Stevens LeBlanc

Des auteurs et des libraires critiques des suggestions littéraires de François Legault contre-attaquent: ils soutiennent que le premier ministre suggère des œuvres qui «contribuent à la normalisation des discours haineux contre les personnes racisées».

Dans une lettre ouverte qui récoltait 202 signatures au moment d’écrire ces lignes, ils sortent de l’ombre pour répondre à la controverse de la censure partielle par l’Association des libraires du Québec (ALQ), vendredi dernier, d’une liste de lecture concoctée par le premier ministre.

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«Sans pour autant demander l’arrêt de leur diffusion, c’est-à-dire leur censure, nous souhaitons, à travers cette lettre ouverte, exprimer et expliquer notre désaccord face à l’encensement et la promotion de livres qui ont pour effet de banaliser le racisme au Québec», écrit le regroupement. parmi lesquels on retrouve la professeure Martine Delvaux et les auteurs Stanley Péan et Natasha Kanapé Fontaine.

Les signataires écorchent l'ALQ pour avoir invité le premier ministre à participer à son mouvement #lireenchoeur, qui a donné la parole à quelque 150 auteurs et personnalités depuis le printemps.

«Cette décision nous semble nuire à l’esprit "rassembleur" du projet, défendu par l’ALQ elle-même, et qui nous avait convaincu·e·s initialement de sa pertinence», font-ils valoir en se désolant de voir leur «lien de confiance» avec l’Association ainsi «brisé».

Des suggestions littéraires pas banales  

Pour eux, les suggestions littéraires de François Legault, dont l’essai de Mathieu Bock-Côté «L’empire du politiquement correct» (qu’ils n’identifient toutefois pas précisément), n’ont rien de banal puisqu’ils «lui ont servi à défendre ses idéologies et contribuent à la normalisation des discours haineux contre les personnes racisées».

Les lectures du premier ministre ont des «impacts directs sur les discours, les gestes, les projets législatifs qui seront adoptés ou non en Assemblée», disent les auteurs. La veille de la diffusion de la capsule littéraire du premier ministre, son parti, la Coalition avenir Québec, a refusé de débattre d’une motion pour assurer aux autochtones des soins de santé sans discrimination, donnent-ils en exemple.

«Cette motion exigeait une reconnaissance du racisme systémique au Québec, ce que le gouvernement s’entête à nier. Ce déni démontre que les propos du premier ministre n’engagent certainement pas que lui», écrivent les signataires critiques.

«Nous appelons donc à une réflexion commune sur la responsabilité qu’à toute personne et tout organisme en position de pouvoir, y compris dans les milieux littéraire et culturel, de ne pas contribuer à la banalisation du racisme», poursuivent-ils dans leur document qui doit être officiellement publié d’ici cette fin de semaine.

Des craintes fondées  

Les auteurs de la lettre reviennent également sur les conséquences de la controverse de la censure à l’ALQ. L’organisation a finalement republié la liste de François Legault en attribuant la faute initiale à sa directrice générale qui aurait cédé aux pressions provenant du milieu littéraire.

«Plusieurs étaient terrifiées à l’idée de prendre position publiquement et de soulever l’ironie qu’une association (l’ALQ) qui récompensait, un an plus tôt, un livre portant sur le racisme systémique et la violence d’État au Canada diffuse maintenant des propos niant l’existence de ce même racisme systémique. Leur crainte était fondée: la haine a déferlé à leur égard, et elles se sont fait menacer, insulter, traiter de terroristes et d’extrémistes», indiquent-ils.

«Il ne s’agit pas ici d’un débat d’idées abstraites: nous savons pertinemment que ces discours mènent à des violences réelles contre des membres de nos communautés et, devant une prise à la légère de cette violence, nous nous insurgeons», concluent-ils.

Plusieurs signataires contactés par l’Agence QMI ont refusé de commenter prétextant qu’ils attendraient la publication officielle du document.