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Element AI, pas exactement un «fleuron»

Antoine Robitaille

Excédé par Dominique Anglade qui lui reprochait d’avoir laissé partir «Element AI» – un prétendu «fleuron» de l’intelligence artificielle –, François Legault a suggéré mardi à la chef du PLQ d'aller «prendre un café» avec des PDG de ce milieu.

Selon le premier ministre, à part Mme Anglade, «il n'y a pas beaucoup de gens» qui y voient une «entreprise stratégique» dans laquelle Québec «doit investir». Son gouvernement, expliqua-t-il, n'était satisfait ni de la gestion, ni du plan stratégique d'«EAI».

Il y a peu de précédents d'un premier ministre qui, en chambre, dénonce une entreprise qui vient d'être acquise par des étrangers. Ici, les Américains de ServiceNow.

Mme Anglade reprocha à son vis-à-vis d'avoir «échappé» la «grappe» de l'intelligence artificielle (IA) créée vaillamment par le gouvernement Couillard.

Sièges sociaux

Que la chef libérale prenne plaisir à remettre sur le nez du gouvernement les départs sièges sociaux, on comprend.

Sous les libéraux, depuis les traumatismes d'Alcan et de Rona, chaque achat d'entreprises québécoises par des étrangers était l'occasion pour le chef caquiste de fustiger le PLQ pour son «indifférence» et son «inaction».

Campagne de 2012: Legault promet qu'un gouvernement de la CAQ ordonnerait à la Caisse de dépôt d'investir 20 milliards dans 25 «fleurons» pour constituer des minorités de blocage!

Une fois au pouvoir, en 2019, c'est une enveloppe d'un milliard qui fut créée. Et encore, à ce jour, l'argent ne serait pas encore disponible, pestait hier le libéral Carlos Leitao.

Critiques acerbes

Fallait-il pour autant déplier les dollars pour conserver ici Element AI?

Rien n'est moins sûr. Les critiques de François Legault sur l'entreprise sont des euphémismes par rapport à ce qu'on peut entendre et lire sur Element AI.

Louis Têtu, PDG de Coveo, une entreprise à succès dans le domaine numérique et d'IA, est un de ceux avec qui M. Legault voudrait que sa vis-à-vis aille prendre un café (mais où en zone rouge? Enfin...).

Têtu était scandalisé par la vente d'EAI, lundi. Mais pas pour les mêmes raisons qu'Anglade.

Il publia même un petit pamphlet sur LinkedIn dans lequel il reproche essentiellement aux gouvernements de s'être laissés ensorcelés par la notion floue d'«intelligence artificielle» et par les fondateurs d'EAI, Jean-François Gagné et le chercheur star Yoshua Bengio.

Il n'en revient pas que l'État ait mis autant de millions dans cette «balloune» sans «mission claire, sans produits ou niche distinctive identifiable».

Argent avec lequel EAI s'est adonné à un maraudage intense auprès des employés des autres entreprises technos (comme Covéo), leur promettant de juteuses augmentations salariales. Cerveaux qui désormais travailleront pour les Américains. (À part pour les quelque 40 qui ont été mis à pied.)

Cela a selon lui grandement nui à «l'écosystème des entreprises en numérique au Québec» qui font face à une rareté criante de talent.

En juillet 2019, le «Globe and Mail», dans un article dévastateur, révélait que EAI avait des revenus minces par rapport à ses coûts de fonctionnement. Malgré tout, elle alla encore chercher de l'argent public, notamment de la Caisse de dépôt.

Hier, un journaliste au Canada anglais comparait EAI à une pyramide de Ponzi! On a presque envie de dire: bon débarras!