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Exploitation sexuelle: Québec pressé d’aider les survivantes

Vincent Larin | Agence QMI

La Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs presse le gouvernement Legault d’améliorer rapidement le sort des «survivantes» en faisant de cet enjeu une «priorité nationale».

Il s’agit de la première des 58 recommandations contenues dans leur rapport final déposé jeudi à l’Assemblée nationale au terme de plus d’un an de travaux, marqués par le dépôt de 66 mémoires et l’audition de 67 témoins.

Promettant que ce rapport «ne sera pas tabletté», le premier ministre François Legault a annoncé qu’il avait confié à la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, le mandat de mettre en œuvre ces recommandations.

Mieux financer les organismes d’aide aux victimes, organiser les centres jeunesse pour s’assurer que les garçons et les filles ne s’y mêlent pas, entamer des campagnes nationales de sensibilisation contre l’exploitation des mineurs: celles-ci ratissent large (voir encadré).

Sortir de la pauvreté

Leurs auteurs soulignent entre autres l'importance de revoir le Programme d’aide sociale pour qu’il soit accordé aux personnes mineures victimes d’exploitation sexuelle et à celles sans statuts.

Un chantier pressant selon le député solidaire Alexandre Leduc, qui estime qu’une réforme du programme d’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) est nécessaire.

«C'est-à-dire l'intégration des crimes reliés à l'exploitation sexuelle comme acte pouvant mener à une indemnisation. Ça serait un acte rapide qui pourrait permettre de sortir de la pauvreté plusieurs femmes rapidement», a-t-il indiqué.

Il y a d’autres facteurs aussi qui peuvent provoquer les allers-retours dans la prostitution, mais c’est clairement la pauvreté puis l’insécurité financière qui sont les premiers facteurs de retour dans la prostitution.

Les auteurs du rapport insistent également sur l’importance d’agir contre les «pimps», car même si le Code criminel prévoit déjà des peines sévères pour ceux-ci, la Commission constate dans son rapport «que trop peu d’arrestations sont effectuées».

Les grands événements ciblés

Régulièrement pointés du doigt comme des terreaux fertiles à l’exploitation sexuelle de mineurs, les grands événements comme le Grand Prix du Canada (Formule 1) à Montréal sont aussi visés par le rapport de la Commission. Ses membres proposent de rendre leur financement conditionnel à ce que leurs organisateurs mettent en place des mesures pour lutter contre le phénomène.

«Ces entreprises qui contribuent, consciemment ou non, à des dynamiques d’exploitation sexuelle devraient prendre davantage de responsabilités dans sa lutte. Ces derniers doivent être imputables des activités qui se déroulent dans leurs établissements ou pendant la tenue d’événement», note-t-on.

Réforme pressante

Pour la députée de Gaspé, Méganne Perry-Melançon, la présentation du rapport est déjà une étape importante afin de faire l’exploitation sexuelle des mineurs une «priorité nationale», à l’image de la première recommandation du rapport.

«Je pense qu'il ne faut plus que ce soit un tabou dans la société que des jeunes filles et des jeunes garçons se font abuser sexuellement par des clients qui n'ont pas de pitié pour ce qu'elles traversent, pour ce qu'elles vivent», a-t-elle insisté.

La Commission recommande, entre autres, au gouvernement qu’il:

- Déclare formellement que la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs constitue une priorité nationale.

- Confie à des experts le mandat de produire un avis concernant la présence de pornographie juvénile sur des sites liés à des entreprises enregistrées au Québec.

- Intègre un contenu adapté spécifique à la prévention et aux risques de l’exploitation sexuelle des personnes mineures au cours d’éducation à la sexualité au primaire et au secondaire.

- Élabore de vastes campagnes de sensibilisation multiplateformes et récurrentes visant à rappeler le caractère criminel de l’achat de services sexuels.

- Mette en place un système d’avis sur internet qui cible les personnes recherchant des services sexuels de mineurs.

- Finance à la mission les organismes communautaires luttant contre l’exploitation sexuelle des mineurs plutôt que par projet et que ce financement soit bonifié.

- Bonifie la formation des intervenantes et des intervenants susceptibles d’être impliqués dans les dossiers d’exploitation sexuelle des mineurs.

- Rende les subventions aux grands événements conditionnels à la mise en œuvre de mesures de sensibilisation et de prévention de l’exploitation sexuelle des mineurs.

- Demande au fédéral d’autoriser l’imposition de peines consécutives pour les trafiquants de la traite de personnes âgées de moins de 18 ans.

- S’assure que les clients-abuseurs reconnus coupables sont inscrits au Registre national des délinquants sexuels.

- Propose une modification à la loi afin d’accorder l’aide sociale aux victimes mineures d’exploitation sexuelle et aux personnes sans statut, notamment.

- Organise les centres jeunesse pour s’assurer que les garçons et les filles ne s’y mêlent pas afin d’optimiser le rétablissement des victimes d’exploitation sexuelle.