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Quinze ans de prison pour un ex-chirurgien français à l'affaire de pédophilie «hors normes»

Agence France-Presse

L'ex-chirurgien Joël Le Scouarnec, 70 ans, a été condamné jeudi en France à 15 ans de réclusion criminelle au terme de son procès à huis clos pour abus sexuels sur quatre mineures, premier volet d'une vaste affaire de pédophilie s'étalant sur 30 ans.

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Cette peine, conforme aux réquisitions de l'avocat général, a été assortie par la Cour d'assises de Saintes (sud-ouest) d'une obligation de suivi sociojudiciaire de 3 ans et d'une injonction de soins.

L'accusé, qui encourait une peine maximale de 20 ans, est resté impassible à l'annonce du verdict, gardant les bras croisés sur le ventre, sans un regard pour ses victimes.

«Je ne demande pas l'indulgence de la cour», avait-il déclaré, avant que la cour et le jury ne se retirent pour délibérer. «Je ne demande ni pardon, ni compassion (...) seulement le droit de redevenir un homme meilleur», avait-il dit selon plusieurs avocats.

«Il a expliqué qu'il émettait énormément de regrets (...) sans forcément demander d'excuses, lui-même sait que ce qu'il a fait est impardonnable, ce sont ses mots», a assuré son avocat Me Thibaut Kurzawa après avoir plaidé. 

Durant le procès commencé lundi, Joël Le Scouarnec a reconnu des faits de viols, mais au compte-gouttes oscillant, selon des avocats de parties civiles, entre «amnésie» et «aveux stratégiques» pour ce premier volet d'une affaire de pédophilie hors normes s'étalant sur 30 ans. 

Le médecin autrefois respecté, père de trois fils, est en effet également mis en examen depuis octobre à Lorient (ouest) dans une deuxième procédure, pour viols et agressions sexuelles sur 312 victimes potentielles identifiées à la lumière des écrits glaçants du chirurgien, découverts chez lui au moment de son arrestation en 2017. 

Omerta

À Saintes, l'ancien chirurgien digestif était jugé depuis lundi pour des agressions sexuelles sur sa nièce dans les années 90 et sur une patiente, ainsi que des faits de viols à la même période sur une autre nièce, et sa petite voisine, dont la dénonciation en avril 2017 avait lancé l'affaire. 

Depuis, il reconnaissait des agressions sexuelles, mais niait les faits plus graves de viols, dans ce volet où «l'omerta» de la famille est dénoncée à l'unisson par les parties civiles.

Dès les années 90, son ex-femme, qui le conteste aujourd'hui, l'avait questionné sur ses penchants, puis sa soeur avait reçu les confidences de ses filles. Jamais il n'avait été dénoncé malgré ces signaux intrafamiliaux et des alertes à l'hôpital après sa condamnation en 2005 à une peine légère pour consultations d'images pédopornographiques.

Confronté cette fois à ses victimes et à des pièces «insoutenables» mêlant photos, vidéos et écrits, l'accusé a fini par lâcher des aveux de viols en pointillés. Mardi, il a reconnu des faits sur trois victimes anciennes dans les années 80, sans conséquence pour lui, car ces cas étaient prescrits. Puis, confronté mercredi à l'aînée des deux nièces, il a reconnu les avoir violées elle et sa soeur, aujourd'hui âgées de 35 et 30 ans. Le «soulagement» des nièces après ces aveux a cependant été de courte durée: la cour ne pouvait pas retenir ces aveux concernant l'aînée puisqu'elle n'est pas saisie de ces faits. 

Leur déception s'est ajoutée à celle de la mère et de l'avocate de la petite voisine de Jonzac, qui ne sont pas parvenues à tirer des aveux sur le viol digital de la fillette, 10 ans aujourd'hui. L'accusé dit ne pas s'en souvenir.