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L’opposition peut aussi être «incohérente»

Antoine Robitaille | Agence QMI

On accuse souvent le gouvernement Legault d’être incohérent dans ses règles et ses mesures sanitaires.

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Il y a de bonnes raisons. Annoncer le 2 décembre qu’on annoncera le 11 si oui ou non deux rassemblements seront permis à Noël. Après avoir annoncé 12 jours plus tôt que quatre jours de rassemblements seraient permis («si» la courbe d'infection était descendante). Puis, le jeudi 3 décembre, huit jours plus tôt que prévu, annoncer qu’on annule Noël.

Mais l’opposition peut aussi être «incohérente».

Demander une journée d’appliquer un principe de précaution de manière stricte, disons dans les résidences pour personnes âgées. Et le lendemain, s’indigner que nos vieux n’aient pas le droit de recevoir de la visite.

Défi

La COVID-19 nous fait tous passer des tests de cohérence plus ou moins difficile.

Le libéral Monsef Derraji a un défi particulier: il est critique de l’opposition en matière de PME. Il doit donc se faire le porte-voix des inquiétudes et doléances des entrepreneurs durement affectés par les mesures sanitaires; sans reprendre le discours de ceux parmi eux qui en viennent à contester ces mêmes règles.

Derraji a une difficulté supplémentaire: il est doctorant en santé publique. Et il a vu l'horreur COVID de près lorsqu'en avril, il est même allé prêter main-forte au CHSLD Herron à Laval.

Mais il a été attaqué la semaine dernière par la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx. Elle lui a reproché en chambre d'être «allé à la radio pour dire aux gens de ne pas tenir les mesures sanitaires».

La déclaration, non étayée, avait déclenché un tollé au Salon bleu. Demande d'excuses. Refusée. Finalement, mardi, la ministre a retiré ses propos. Sans offrir d'excuses.

Legault déchainé

Hier, le premier ministre, de mauvaise humeur, a réactivé l'affaire, citant même au texte les propos limites de Derraji sur les ondes d'une radio réputée pour être archi sceptique face aux mesures sanitaires.

On aurait dit que Legault redevenait ce redoutable élu de l'opposition ayant trouvé une faille: «qui faut-il croire, le député de Nelligan qui pense qu'on est trop sévères ou la cheffe de l'opposition officielle qui dit qu'on n'est pas assez sévères?»

Le premier ministre n'a pas tout à fait tort. En voulant jouer son rôle, Monsef Derraji s'est presque retrouvé à épouser les griefs d'Entrepreneurs en action (EEA). Dans des vidéos, ceux-ci soutiennent que les mesures sont «excessives». Avec le slogan «Ça va faire!», ils amassent de l'argent pour contester les contraventions et plaider devant les tribunaux la nullité des décrets gouvernementaux.

Quand j'ai reçu M. Derraji en entrevue à QUB radio le 24 novembre dernier, je l'avais d'ailleurs talonné: me dites-vous qu'il faut rouvrir les restaurants? Québec a-t-il été trop sévère? Certes, le député répondit clairement qu'on doit respecter les mesures sanitaires: «Je l’ai dit aux entrepreneurs, je l’ai dit à beaucoup de gens». Mais à d'autres moments, il soutenait que EEA «se pose des questions comme nous aussi sur les avis de la santé publique».

Mais qui est et fut toujours parfaitement cohérent devant cette bête protéiforme qu’est la COVID-19?

Personne. Même pas vous qui me lisez.