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Ça regarde mal pour une augmentation des pensions de vieillesse

Daniel Germain | Journal de Montréal

DVP

Illustration Adobe Stock

Mardi, Justin Trudeau a justifié le versement de 2,4 G$ supplémentaires en 2021 aux parents d’enfants de moins six ans par le fait que le gouvernement avait accès à de meilleurs taux d’intérêt sur ses emprunts que les ménages avec leurs cartes de crédit.

En entendant cette explication, on se demande pourquoi le gouvernement s’est arrêté en si bon chemin en traçant la ligne aux parents de gamins en bas âge. Tant qu’à y être, pourquoi ne pas rembourser toutes les dettes contractées par tous les Canadiens depuis neuf mois ?

Un peu léger comme argument, comme celui qui veut que la relative bonne santé de nos finances publiques nous autorise à dépenser sans compter. 

Il flotte une odeur d’insouciance. Ce relent a incité le Bloc québécois à rappeler une de ses doléances qui remonte au temps prépandémique : « Hey les amis ! Allez-vous penser à bonifier les pensions de vieillesse ? »

Meilleur timing ?

Au début de la crise, alors que le gouvernement venait à la rescousse de centaines de milliers de travailleurs et d’entrepreneurs soudainement privés de revenus, les revendications de retraités qui touchaient toujours leurs rentes m’ont paru inopportunes.

Maintenant, sans être idéal, le timing me semble moins discutable. À la vitesse où l’état des finances publiques se détériore, les chances que les demandes des retraités soient satisfaites s’approchent du zéro absolu, alors mieux vaut rappeler les vœux avant qu’il ne soit trop tard. 

Rappelons quelques éléments dans cet enjeu. La pension de la Sécurité de vieillesse (PSV) est financée à même le budget du gouvernement fédéral et elle n’est pas indexée au rythme des salaires, mais à celui, plus lent, de l’inflation. À chaque nouvelle cohorte de bénéficiaires, la PSV s’érode par rapport au salaire moyen.

C’est sur cette base que le Bloc québécois exige une bonification d’environ 18 % de la rente, l’équivalent d’un peu plus de 100 $ par mois, et une indexation calquée sur les salaires plutôt que sur les prix à la consommation. Le parti estime à 7,98 G$ le coût annuel de cette bonification quand elle sera pleinement appliquée, une dépense récurrente et grandissante.

Sans rien modifier, le coût du programme de la Sécurité de la vieillesse augmentera de lui-même, par rapport au PIB, jusqu’au tournant des années 2030. À la fin de la décennie, il coûtera 20 G$ de plus par année qu’aujourd’hui, en raison du vieillissement de la population.

À cela s’ajoutent des coûts de santé qui, pour les mêmes raisons, sont appelés à exploser. La tendance est déjà manifeste, elle s’incarne dans les négociations actuelles entre les provinces et Ottawa pour le financement des systèmes de santé.

Et il y a enfin les déficits colossaux hérités de la pandémie et de sa gestion.

Ça regarde mal pour une augmentation des pensions.

Pourquoi pas une réforme ?

Une piste : on pourrait songer à augmenter les rentes des retraités à plus faible revenu et réduire les prestations des rentiers mieux nantis.

Ça me plaît moyennement comme solution, car parmi ceux qui se seraient pénalisés, il y a des gens qui, en plus d’avoir payé une part bonne d’impôt toute leur vie, ont fait des efforts pour épargner. Mais bon, voyons quand même.

Actuellement, un impôt de récupération de 15 % s’applique à la PSV à partir du moment où les revenus (incluant la PSV) d’un retraité approchent les 80 000 $. Si on augmentait les rentes, on pourrait abaisser ce seuil à 60 000 $, par exemple, ou même à 50 000 $. 

« Cela aurait l’effet d’une hausse d’impôt importante sur de nombreux retraités », souligne l’actuaire Daniel Laverdière, directeur du centre d’expertise de Banque Nationale Gestion privée 1859. Pas très vendeur. Selon le spécialiste, pour rendre une telle mesure plus acceptable, il faudrait atténuer le taux de l’impôt de récupération en le faisant passer de 15 % à 10 %, par exemple.

Il y a une autre possibilité. Deux conjoints retraités qui reçoivent chacun des revenus de retraite de près de 79 000 $ ont droit à la pleine PSV basée sur le revenu individuel. Cela veut dire qu’un ménage qui gagne 158 000 $ reçoit encore 14 000 $ en pension d’Ottawa.

L’admissibilité à de nombreux programmes sociaux repose sur le revenu familial. Le Supplément de revenu garanti fonctionne de cette façon. On pourrait imaginer ce type de critère pour la PSV et établir le niveau des rentes en fonction du revenu du ménage plutôt que des revenus individuels des conjoints.

Qu’en dites-vous ?

Mais ce qui risque de se produire, en fait, c’est que ce genre d’aménagements soient apportés au programme sans que la rente soit bonifiée. Ce serait des coupes.

Ceux qui les subiraient ne sont pas les retraités actuels, on n’applique pas des changements aussi importants du jour au lendemain. Ce serait plutôt ceux qui profitent aujourd’hui des largesses du gouvernement fédéral.

Alors, profitez-en bien !