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De directeur technique à camionneur: «le changement de métier est raide sur le moral»

Sandra Godin | Journal de Québec

Hugues L'Archevesque

Photo courtoisie

«Ce métier-là, c’est une passion», insiste Hugues L’Archevesque à l’autre bout du fil. «J’ai lâché l’école pour faire ça, parce que ma passion était trop grande. En secondaire 2, j’étais plus souvent dans l’auditorium que dans mes cours!»

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Dans le milieu culturel, tout le monde connaît Hugues L’Archevesque. Il a commencé sa carrière, il y a 25 ans, comme «pousseur de coffres», pour finir par devenir directeur technique de tournée et directeur de production. Il travaille sans arrêt depuis deux décennies pour faire briller sur scène des artistes tels Lara Fabian, Jean-Marc Parent, Marc Dupré, 2Frères, André-Philippe Gagnon et Les Morissette, avec qui il a fait une tournée de 300 représentations. 

Hugues L'Archevesque (à gauche)

Photo courtoisie

Hugues L'Archevesque (à gauche)

Toutefois, il y a quelques années, Hugues L’Archevesque a cru bon aller chercher son permis de conducteur de camion lourd, un plan B pour sa retraite. Mais il ne s’attendait pas à devoir mettre à exécution son plan beaucoup plus tôt que prévu. 

Quand tout s’est effondré dans l’industrie le 12 mars dernier, Hugues L’Archevesque était directeur technique de la revue musicale American Story 2 : Les années Woodstock. Après avoir eu la PCU, Gestev a mis sur pied la tournée des musiparcs, et on l’a appelé pour être responsable du musiparc à Gatineau. «Ç’a été bon pour moi, dit-il. Ça m’a donné un mois et quart d’ouvrage à temps plein», dit-il. 

Après, plus rien. C’est à ce moment qu’Hugues L’Archevesque a constaté «l’ampleur des dégâts».

Difficile pour le moral

C’est ainsi qu’il s’est résigné à aller faire valoir son permis de camionneur auprès d’une compagnie de transport. Pour lui, il n’y avait aucune autre option, soutient le technicien de 40 ans. «Moi, j’ai travaillé toute ma vie à me spécialiser dans les shows live. Le virtuel, la télé, je ne fais pas ça», explique-t-il. 

Il a informé son employeur que dès qu’il aura une opportunité de spectacles, il s’absentera. 

«Je m’ennuie de la scène, dit-il. Je passe de gérer un stage, gérer des demandes d’artistes, de producteurs, à plus rien qui rentre, plus de téléphone qui sonne. Le calendrier fait juste s’effacer. Et là, je suis rendu dans un truck, tout seul. Pour moi, le crash est là.  

«Le changement de métier est raide sur le moral, ajoute-t-il. Mais je me dis qu’à un moment donné, il faut que je rapporte du pain et du beurre sur la table. Au moins, je ne suis pas chez nous à attendre mon chèque. Je connais des musiciens qui placent des canettes dans des épiceries. Laissez-moi vous dire qu’eux autres aussi trouvent ça rough