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Des artistes forcés de trouver un nouveau métier

Sandra Godin | Journal de Québec

Weekend du 5 décembre

DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QU

Depuis 268 jours, le milieu des arts de la scène est complètement paralysé par la pandémie, forçant de nombreux artisans à se trouver du travail dans des domaines à mille lieues de leur métier habituel. Déjà, l’impact de cet exode catastrophique se fait sentir dans l’industrie. 

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Le gouvernement a demandé aux artistes de se «réinventer». Mais certains ont dû faire plus que ça : ils ont dû complètement se réorienter. Le Journal vous présente les témoignages de douze artistes et artisans (liens plus bas) qui ont dû se tourner vers un nouvel emploi. 

«Ce que je déplore, c’est que le gouvernement a dit qu’il allait envoyer des sous aux artisans pour les aider. Mais l’aide est tellement longue à arriver que les artisans sont partis faire autre chose et il y en a beaucoup qui ne reviendront pas dans le métier», soutient le directeur technique Hugues L’Archevesque, qui s’est trouvé un emploi de camionneur en attendant la fin de la pandémie. 

Les impacts sont déjà mesurables. «Je dois changer presque toute mon équipe technique, révèle Sara Castonguay, directrice du cabaret Lion d’Or. Il y a eu une vague de départs chez les techniciens. On perd des gens qui avaient beaucoup d’expérience. Quand la pandémie sera terminée, je vais avoir une grosse période d’adaptation et de formation. J’entrevois une période un peu rock’n’roll.» 

Un secteur déjà fragile  

À l’autre bout du fil, la présidente de l’Union des artistes, Sophie Prégent, confirme que le secteur qui en arrache le plus actuellement en culture, «c’est vraiment celui des arts vivants». 

Elle souligne qu’avant la pandémie, les artisans du secteur des arts de la scène avaient les revenus les plus faibles de l’industrie culturelle. «Imaginez lorsqu’on a fermé les salles», illustre-t-elle. 

Des 8500 membres de l’UDA, 3001 artistes ont travaillé dans le milieu des arts de la scène en 2019 et ils ont gagné en moyenne 6934 $ au cours de l’année, alors que le revenu moyen des artistes ayant travaillé dans toutes les ententes collectives de l’UDA est de 15 168 $. 

Depuis le mois de mars, le nombre d’emplois dans le secteur de la culture et des communications a chuté. C’est le cas entre autres des compagnies d’art d’interprétation, secteur qui comptait 5414 emplois en mars dernier, un nombre qui a chuté à 2590 en septembre, selon l’Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ). 

Si l’OCCQ nuance en disant que ces pertes d’emplois ne sont pas toutes attribuables à la pandémie, elle concède que celle-ci n’a rien aidé. 

Le milieu de la musique et de la danse perd aussi ses artisans. Un récent sondage de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec démontre que 57 % de ses membres songent à quitter leur métier. Quant au Regroupement québécois de la danse, un sondage auprès de 130 artistes a révélé que 52 % songent à la réorientation, et seulement 4 % d’entre eux souhaitent rester dans le milieu de la danse.  

La grogne monte  

Et les artisans devront prendre leur mal en patience. Après une réouverture de quelques semaines qui permettait des spectacles en distanciation, les salles sont de nouveau fermées en zone rouge au moins jusqu’au 11 janvier. Un retour à la normale dans les salles est inespéré avant plusieurs mois. 

«Tous les soirs, je me couche en disant que M. Legault va arriver avec quelque chose de pas pire pour les salles de spectacles, le théâtre, la danse... Et je l’espère encore», martèle Sophie Prégent. 

«Je l’ai toujours dit : la position de l’Union des artistes, c’est, et ce sera toujours, de suivre le plan. On fait partie d’une collectivité, d’un Québec qui est passablement amoché par la pandémie, on va suivre les directives». 

«Mais là, insiste-t-elle, depuis une semaine ou deux, le vent tourne. La pression est grande. Ce sera de plus en plus difficile de convaincre les gens de suivre le plan. Les artistes vont avoir besoin d’avoir des réponses, des preuves que quand ils vont au théâtre, ils risquent d’avoir des infections, chiffres à l’appui. À un moment donné, ça n’ira plus. Il faudra prouver aux artistes créateurs qu’il y a du danger, qu’il y a eu des infections, etc. Depuis deux semaines, je sens le désir d’avoir de vraies réponses de la part des gouvernements.» 

Une industrie qui perd son expertise  

En perdant des artisans qui se réorientent vers d’autres métiers, l’industrie culturelle perd une grande partie de son expertise. 

«Ça provoque chez nous beaucoup d’inquiétudes, commente la présidente du Centre québécois de l’institut canadien des technologies scénographiques, Sandra Matte. Il y avait déjà une pénurie de main-d’œuvre avant le début de la crise.» 

Mais plus encore, la pandémie empêche également la relève d’éclore, estime Sophie Prégent. «L’impact chez les jeunes artistes, c’est terrible, avoue-t-elle. Tous ces jeunes-là, qui sont à même de créer, avec une force, une vitalité et une originalité qu’on ne connaît pas encore. On se crée un univers artistique quand on a entre 18 et 30 ans. Je ne dis pas qu’on ne crée pas après ; je dis que l’artiste que l’on est, il est devenu ce qu’il est à cet âge-là.» 

«Si, aujourd’hui, ces artistes-là ne sont pas capables de vous parler, de communiquer, de vous faire réfléchir, qui serons-nous dans dix ans?»  

EN DÉTRESSE PSYCHOLOGIQUE

L’UDA ainsi que l’Association des professionnels des arts de la scène du Québec (APASQ) ont toutes deux commandé un sondage pour prendre le pouls de la détresse psychologique de leurs membres. Les résultats devraient être connus avant la fin de l’année. 

«Cette situation est tellement lourde sur les gens, de ne pas pouvoir planifier leur année financière et leur avenir, que j’ai l’impression que le monde va “crasher”», commente la présidente de l’APASQ, Viviane Morin.  

Le directeur de la Guilde des musiciens a aussi confié recevoir davantage de demandes d’aide psychologique. Il doit alors rediriger ses membres vers les ressources en santé mentale, qui sont «débordées», soutient Luc Fortin. 

«Il y a de l’anxiété et des dépressions», confirme un technicien de scène qui compte plus de 20 ans de métier à travailler dans l’ombre des plus gros événements culturels québécois, tandis qu’un autre a qualifié la situation de «brutale» pour plusieurs d’entre eux.

Une pandémie qui change la vie  

«Je suis un prof cool»  

Steeve Diamond

Photo courtoisie

 

L’imitateur Steeve Diamond devait présentement se trouver sur les scènes de la province dans le cadre d’une toute nouvelle tournée. Mais, pandémie oblige, c’est devant une bande d’enfants qu’il passe désormais ses journées à leur enseigner l’anglais dans une école primaire.

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«Les possibilités sont infinies»  

Yannick De Martino

Photo courtoisie, Michel Grenier

 

Yannick De Martino venait de lancer officiellement quatre mois plus tôt son premier one-man show, Les dalmatiens sont énormes en campagne, lorsque la pandémie a frappé au Québec. Ne sachant pas quand il pourra reprendre sa tournée, l’humoriste s’est tourné vers les jeux vidéo. 

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«J’ai un désir de faire du bien»  

Photo courtoisie

 

Après avoir lancé neuf albums en 20 ans de carrière, Ima vient d’entreprendre un virage. Depuis cet été, la chanteuse donne des cours virtuels de yoga plusieurs fois par semaine. «Il y a une curiosité des gens envers mes cours. Et ils aiment ma voix», dit-elle avec le sourire. 

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«Il n'y a plus de boulot en ce moment»  

Daniel Dory

Photo courtoisie, Daniel Dory

Il a dansé aux côtés de Ricky Martin, Cher, Lady Gaga et autres Rihanna avant que la pandémie ne lui cloue les deux pieds au sol. Le Québécois Daniel Dory s’est ainsi tourné vers la fabrication de masques, désormais portés par les stars d’Hollywood. 

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«Le changement de métier est raide sur le moral» 

Hugues L'Archevesque

Photo courtoisie

«Ce métier-là, c’est une passion», insiste Hugues L’Archevesque à l’autre bout du fil. «J’ai lâché l’école pour faire ça, parce que ma passion était trop grande. En secondaire 2, j’étais plus souvent dans l’auditorium que dans mes cours!» 

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