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Intimidée car elle ne peut pas porter de masque

Roxane Trudel | Le Journal de Québec

Une mère de famille qui ne peut pas porter le masque en raison de son handicap voudrait que les commerçants soient plus conscientisés à sa situation.

Photo Roxane Trudel

Une mère de famille qui ne peut pas porter le masque en raison de son handicap voudrait que les commerçants soient plus conscientisés à sa situation.

Victime de propos désobligeants et d’intimidation parce qu’elle ne peut pas porter le masque en raison d’un handicap, une mère de famille voudrait plus de clarté de la part de la Santé publique pour qu’on arrête de la traiter cavalièrement dans les magasins.

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« Je n’emmène pas mes enfants à l’épicerie parce que j’ai peur que ça dégénère, soupire la maman de deux jeunes garçons, qui a demandé à garder l’anonymat pour éviter d’être la cible de plus de harcèlement. Parfois, j’ai peur de me rendre jusqu’à mon char avec mes sacs. »

Depuis que le port du masque est obligatoire dans les lieux publics, celle qui ne peut pas le porter pour des raisons médicales ne sort de chez elle que lorsqu’elle n’a pas le choix.

Ayant reçu un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme, profil Asperger, la quadragénaire explique être hypersensible à ce qui touche les extrémités de son corps, au point où elle ne porte pas de bas au quotidien.

« Si je porte un masque, je vais être anxieuse et sur le bord de la crise de panique. Mes sensations sont exacerbées. Ça me frotte comme si on me passait du papier sablé, et j’ai des tics. Je m’arrache des cheveux », décrit-elle.

Or, parce que son conjoint travaille parfois à l’extérieur de la province, il lui arrive de devoir sortir pour des commissions de dernière minute.

Accueil froid 

Accompagnée par Le Journal, elle a voulu montrer son quotidien, en entrant dans des magasins près de chez elle.

« Vous pouvez entrer, mais à vos risques et périls », a lancé froidement un employé d’un Maxi, après qu’elle lui eut pourtant expliqué qu’elle avait ses papiers pour une exemption médicale.

Au Jean Coutu et au Rona, on lui a dit d’attendre près de la porte pour qu’un employé l’accompagne durant son magasinage. « On prend toutes les mesures pour protéger le personnel et les clients. On ne peut pas savoir qui s’essaie et qui a vraiment une exemption médicale [...] Ce n’est pas clair, clair [ce qu’on doit faire] », se désole Édouard Calderon, propriétaire d’un Rona à Laval.

À la SAQ, on ne la laisse même pas prendre elle-même sa bouteille, même si elle se lave les mains comme tout le monde.

« Ça ne va pas dans le sens de nos recommandations. Les mesures d’hygiène et de distanciation sont suffisantes », se désole Daniel Jean, directeur général de l’Office des personnes handicapées du Québec.

Ce dernier demande aux commerçants de faire preuve de tolérance et de patience face aux exemptions médicales.

Une question d’attitude 

Même si elle ne cache pas son état de santé, la dame n’aime pas devoir dévoiler ses renseignements personnels à ceux qui la menacent d’emblée en réclamant les informations devant d’autres clients.

« J’ai déjà sorti mon diagnostic et mes papiers de la Santé publique, et l’employé m’a dit que c’était des faux : “T’as pas le droit, on va appeler la police”. S’ils sentent le besoin d’appeler la police, je suis à l’aise. Souvent, ils continuent à m’insulter, mais ils n’appellent pas », déplore-t-elle.

« Tu pourrais te forcer », « c’est à cause du monde comme toi », lui ont déjà dit des clients intimidants, en la traitant d’antimasque.

« Ça manque de clarté pour tous, de la personne elle-même aux commerçants [...] Ça prendrait un cadre clair », dit-elle.

La Commission des droits de la personne indique avoir reçu près de 70 plaintes de personnes exemptées qui se seraient vu refuser l’accès à un lieu public.