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«Le son du silence»: entre les deux oreilles...

Isabelle Hontebeyrie

Ruben Stone (Riz Ahmed) est batteur dans un groupe de métal, dont la chanteuse Lou (Olivia Cooke) est sa conjointe. Un soir, en pleine prestation, il devient sourd. Momentanément, il n’entend plus la musique ni sa batterie. La situation perdure, s’amplifie. Il n’entend plus le téléphone ni la voix de Lou. Le médecin ne mâche pas ses mots: Ruben a perdu 70 % de son ouïe dans chacune de ses oreilles.

Ancien toxico, en pleine révolte contre ce qui lui arrive, Ruben risque le pire. Lou le conduit donc dans une maison de transition et de désintoxication pour sourds gérée par Joe (Paul Raci, mémorable), vétéran du Vietnam qui a perdu son ouïe sur le champ de bataille. Ruben doit s’adapter, se familiariser avec une situation qu’il refuse de toutes ses forces. Il apprend l’existence des implants cochléaires et mise tout sur l’opération qui lui rendra ses facultés, qui lui permettra de retrouver son existence, sa vie d’avant.

Coécrit et réalisé par Darius Marder, «Le son du silence» est la lente exploration de la manière dont Ruben appréhende, ou pas, ce qui lui arrive. En 116 minutes, le cinéaste auquel on pardonnera quelques errements et longueurs, livre un portrait complet et humain d’un personnage en révolte contre son destin. Riz Ahmed tient ce long métrage complexe et désordonné à bout de bras, se jetant à corps perdu dans un personnage qu’un autre acteur ne serait pas parvenu à rendre aussi touchant, aussi émouvant.

Opposant, au début, la surdité de Ruben aux bruits de la vie, Darius Marder plonge le spectateur dans l’univers de son protagoniste. Le montage sonore, qui reproduit ce que Ruben entend, permet de mesurer l’ampleur du déséquilibre que provoque la perte d’un sens. Brusquement coupé du monde, Ruben perd ses repères, doit réapprendre à comprendre les autres et à communiquer.

En version originale, le film a pour titre «Sound of Metal», littéralement le son du métal, cette musique qu’il joue et qu’il entendra à la fin de son parcours. Mais bien plus qu’un long métrage sur la surdité, «Le son du silence» en est un sur la manière de surmonter une épreuve. Et comme dans la vie, il n’existe pas de recette, pas de voie toute tracée, pas de chemin prédéfini. Le protagoniste tâtonne, hésite, navigue avec maladresse, mais toujours avec sincérité et humanité. Et ça, c’est beau.

«Le son du silence» est disponible sur les plateformes en ligne des cinémas Le Clap et du Parc/Beaubien.

Note: 4 sur 5