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Marchander Arruda

Antoine Robitaille | Agence QMI

Adopte mon projet de loi et je te laisse questionner le directeur de la Santé publique.

C'est le marché qu'a proposé le leader parlementaire caquiste Simon Jolin-Barrette à l'opposition officielle, en plein Salon bleu.

Tout s'est passé subtilement, jeudi. Les leaders, alternant comme à leur habitude entre flagornerie et piques, échangeaient sur l'organisation des travaux parlementaires d'ici la fin de la session, fixée au 11 décembre. Période propice aux marchandages...

Le leader André Fortin insistait sur l'importance d'adopter le projet de loi 68 «sur les régimes de retraite à prestations cibles», mais surtout sur la nécessité que le directeur national de la Santé publique, le Dr Horacio Arruda, comparaisse devant les élus. Le gouvernement a donné son accord de principe, après tout.

Fortin se plaignait des difficultés de fixer ne serait-ce qu'un moment pour que les leaders discutent entre eux de cette convocation: 19 h jeudi? 8 h vendredi? 8 h 30? «On attend encore la réponse du leader du gouvernement», s'inquiétait-il, en insistant pour que tous «s'entendent aujourd'hui» [jeudi].

«Tout est dans tout»

La réponse de Simon Jolin-Barrette est très révélatrice: «J'ai nommément identifié toute l'importance que j'accordais à l'adoption du projet de loi n° 66», concernant l’accélération de certains projets d’infrastructure.

Le 66, c'est la nouvelle mouture du «61», qui avait soulevé un tollé tel au printemps dernier qu'il fut retiré et réécrit par la nouvelle présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel.

Le 66, c'est crucial pour le gouvernement. Jolin-Barrette insiste: «Alors, peut-être pourra-t-il me revenir pour voir comment nous pourrons l'adopter d'ici la fin de la session? Comment pourrons-nous faire adopter, d'ici la fin de la session, le projet de loi n° 68? Et peut-être pourrons-nous planifier une séance de travail et peut-être même tenir une audition pour entendre le directeur national de la santé publique. Voyez-vous, M. le président, tout est dans tout.»

Télévision

Mais le jeudi soir, il n'y eut aucune entente entre les leaders. Et les parlementaires ont plutôt aperçu le Dr Arruda à l'émission «Dans les médias» à Télé-Québec.

Vendredi matin, ils étaient furax. S'il a le temps pour la télé, «il a le temps de venir discuter avec les députés de l'Assemblée nationale!» maugréa Gabriel Nadeau-Dubois.

Jointe hier, la chef libérale Dominique Anglade n'en voulait pas tant au Dr Arruda qu'au gouvernement. Selon elle, c'est ce dernier qui accepte ou non où et quand Arruda parle: «Et ça nous ramène au problème du manque d'indépendance de la santé publique par rapport au gouvernement».

Un docteur bâillon?

En temps ordinaire, le gouvernement «passerait» le projet de loi «66» par bâillon, tout simplement. Mais le peut-il avec un parlement en temps de COVID où il est interdit de siéger à 125 députés?

Tout le monde n'est pas du même avis au parlement. Au gouvernement, on laisse évidemment courir l'idée qu'il y aurait moyen de moyenner. Les oppositions rétorquent que c'est impossible.

Comment le gouvernement peut-il s'assurer que le projet 66, central à la relance, soit adopté?

En utilisant tous les leviers à sa disposition. Y compris le bon Dr Arruda, à qui les oppositions veulent tant s'adresser.

«Tout est dans tout», comme dirait l'autre.