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Un «guérisseur» reconnu coupable de crimes sexuels

Michael Nguyen | Journal de Montréal

palais de justice de Saint Jérôme

Photo Chantal Poirier

Le passé a rattrapé un prétendu « guérisseur » de la Rive-Nord de Montréal, qui a reconnu cette semaine avoir agressé sexuellement quatre mineures sur qui il avait un ascendant il y a de cela 30 ans.

« [Depuis les événements], j’ai de la difficulté à faire confiance aux personnes en situation d’autorité. J’ai peur de m’affirmer et de subir des répercussions graves, je fais des cauchemars reliés aux événements », a lancé une des victimes de Denis Cormier, cette semaine au palais de justice de Saint-Jérôme.

Cormier, un résident de Blainville maintenant âgé de 71 ans, s’est présenté devant le juge la tête basse, retenant ses larmes quand les avocats ont relaté les agressions sexuelles qu’il a commises sur quatre filles âgées de 10 à 15 ans, entre 1988 et 1993.

À l’époque, Cormier se présentait comme un guérisseur et organisait des rassemblements pour discuter de spiritualité. 

Position d’autorité

C’est dans ce cadre qu’il hébergeait plusieurs femmes, ainsi que les enfants de ces dernières.

Trois des victimes résidaient d’ailleurs à son domicile, tandis que la quatrième fille a été victime alors qu’elle le visitait.

« L’accusé reconnaît qu’il était en lien de confiance ou d’autorité envers les quatre victimes », indique le résumé des faits rédigés par Me Pierre-Alexandre Krupa de la Couronne et Me Laurie-Eve Barriault de l’aide juridique.

Dans chacun des cas, Cormier a profité de son statut afin de « masser » les parties intimes des victimes, dont une fois devant la mère de l’une d’elles.

Certaines ont été embrassées dans un but sexuel, tandis qu’une autre a subi des contacts sexuels plus poussés alors qu’elle se trouvait dans le garage de la résidence.

But « thérapeutique »

« Selon l’accusé, tous les gestes posés étaient dans un but thérapeutique », peut-on lire dans l’exposé des faits signé par Denis Cormier, jeudi, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Les victimes n’ont toutefois osé rien dire jusqu’en 2016 quand le chat est sorti du sac. Deux ans plus tard, Cormier était formellement accusé.

« Je m’en veux de ne pas avoir parlé avant pour beaucoup de raisons qui vont me peser longtemps, a dit une des victimes. Je me dis que si j’avais dénoncé avant, j’aurais peut-être pu éviter à d’autres personnes de subir le même sort. »

Honte

Son procès devait débuter en janvier, mais il a plutôt décidé de couper court au processus judiciaire.

Sur les 11 chefs auxquels il faisait face, il a plaidé coupable à quatre d’entre eux.

Trois des victimes, présentes dans la salle d’audience, ont par la suite lu des lettres à la cour, expliquant les conséquences que les crimes ont eues sur leur vie.

L’une d’elles a d’ailleurs expliqué qu’à la suite des événements, elle avait été exclue de son entourage.

« De l’enfant confiant que j’étais, j’ai perdu toute estime de moi, a-t-elle dit. J’ai adopté des comportements destructeurs. À 20 ans, j’étais épuisée, j’ai commencé à faire des crises de panique, j’en avais assez de la vie. »

Une autre a affirmé avoir encore honte des événements. « C’est très difficile pour l’estime de soi », a-t-elle décrit.

Cormier, assis dans la salle d’audience, n’a pas été capable de retenir ses larmes pendant la lecture de ces lettres.

L’agresseur, qui est en liberté sous caution, reviendra à la cour en mars, pour les plaidoiries sur la peine à lui imposer.

- Avec la collaboration de Christian Plouffe