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La 2e vague plus meurtrière dans l’est du Québec

Des ambulanciers emmènent une aînée à l’hôpital à la suite d’une éclosion de COVID-19 à la résidence pour personnes âgées Place Alexandra.

Photo d'archives

Des ambulanciers emmènent une aînée à l’hôpital à la suite d’une éclosion de COVID-19 à la résidence pour personnes âgées Place Alexandra.

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean, la Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches et la Gaspésie trônent au sommet des régions où la COVID-19 a fauché le plus de vies cet automne et la situation pourrait empirer si des leçons ne sont pas tirées.

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Les chiffres sont sans équivoque. L’est de la province ressort meurtri d’un automne balayé par la deuxième vague de COVID-19. 

Au prorata de la population, les quatre régions où sont survenus le plus de décès depuis le 1er septembre se trouvent toutes dans l’est.

«C’est exactement en ligne avec ce qu’on attendait, ce qu’on avait prévu», rappelle Roxane Borgès Da Silva, professeure de santé publique à l’Université de Montréal. «Quand on a vu l’ampleur que ça a pris à Montréal, on avait confiné sur une longue période et circonscrit le virus. D’une certaine manière, elles [ces régions] ne savaient pas à quoi s’attendre.»

«Les leçons du printemps n’ont pas été apprises dans ces régions. Elles ont été entendues, mais on n’avait pas vécu ce que c’était», ajoute le Dr Réjean Hébert, ancien ministre de la Santé, maintenant professeur à l’Université de Montréal.

Transmission communautaire 

Selon les experts, il faut remonter à l’été pour expliquer la hausse marquée des décès de l’automne. Les régions épargnées par la première vague, comme Charlevoix, le Saguenay et la Gaspésie, sont devenues des refuges pour fuir la COVID-19. L’élan touristique aurait eu pour effet de semer ce qui s’est traduit en décès quelques mois plus tard.

«Une des hypothèses est que ces endroits de villégiature ont été prisés par des gens qui y ont moins respecté les règles sanitaires», analyse Mme Borgès Da Silva.

Une fois le virus arrivé en région, la progression n’a suivi que la trajectoire connue de la transmission communautaire. 

«Si on garde des contacts avec l’extérieur, il va y avoir des éclosions c’est certain. Et dans les résidences, ça circule en silence quelques jours avant qu’on le réalise, c’est ça le drame», rappelle Gaston De Serres, épidémiologiste à l’INSPQ.

«Il y a eu ces éclosions communautaires et ensuite, des employés de la santé ont [fait] entrer ça dans les milieux de soins et les résidences», précise le Dr Hébert, rappelant le résultat dramatique. 

«Ce qui me choque le plus de tout ça, c’est la banalisation de leur mort. [...] “Old lives matter”, on ne l’a pas entendu souvent depuis le début de la crise», sermonne le Dr Hébert.

Pas terminé

Et même si les chiffres de l’automne frappent, les experts consultés par Le Journal lancent un avertissement. «C’est loin d’être terminé.» 

«Ça fait plusieurs semaines que je sonne l’alarme et que je dis qu’on doit tirer des leçons des derniers mois, lance Réjean Hébert. On connaît le mode de transmission, dans les CHSLD, ça passe par les gens qui prodiguent les soins, malheureusement. Il faut éviter que ces gens-là contractent la maladie.»

Prendre conscience du risque

Pour ce faire, il faudrait réfléchir à l’importance de la décision prise par le gouvernement d’interdire les rassemblements du temps des Fêtes. Vaut-il vraiment la peine de défier les règles?

«Il faut se demander individuellement si ça vaut le coup de prendre ce risque-là pour se retrouver au salon funéraire quatre semaines plus tard. C’est dur, mais c’est important que les gens prennent conscience du risque», martèle Roxane Borgès Da Silva.

«C’est un effondrement chaque fois»    

Neuf décès. C’est le tragique bilan d’une résidence de Baie-Saint-Paul, dont l’un des directeurs a accepté de témoigner du drame pour rappeler que personne n’est à l’abri.

«Quand ça entre, malgré tout ce qu’on peut faire, ça n’empêche pas qu’il en parte», soupire Philippe Richard, directeur régional du Groupe Bâtisseurs, propriétaire de la résidence des Bâtisseurs de Baie-Saint-Paul, mais aussi du Manoir Sully où une éclosion majeure est en cours à Québec. 

«Tout le monde se connaît. Nos employés connaissent les familles. [...] C’est un effondrement chaque fois.»

S’il accepte de témoigner de la douleur qu’ont provoqué les neuf décès, c’est pour conscientiser la population au risque. Il rappelle que la transmission communautaire n’est pas moins grave parce qu’elle finit souvent par atteindre les résidences pour personnes âgées.

«Des chaises vides»

Depuis ce jour où le virus est entré à la Résidence des Bâtisseurs, plus rien ne sera comme avant.

«On va avoir un gros travail de soutien à faire pour nos résidents et nos employés parce que chez nous, il va y avoir des chaises vides dans la salle à manger», soupire le gestionnaire.

Réflexion pour Noël

Après le tsunami provoqué par le virus dans ses résidences, Philippe Richard peine quelque peu à comprendre l’entêtement de certains à fêter Noël comme si de rien n’était. Il appelle les Québécois à avoir une petite pensée pour ses neuf résidents décédés et pour tous les autres.

«Eux, leurs proches ne pourront pas les voir. D’aller se rassembler et faire les fous à un party de Noël sans protection ou distanciation ? Pensez-y tout le temps parce que le virus il est là. Et il ne frappe pas à la porte pour demander d’entrer», confie, la voix étouffée par l’émotion, Philippe Richard.

Des leçons à retenir pour les régions épargnées     

S’il y a une leçon à tirer de l’automne, c’est que les régions toujours épargnées ne le seront plus si elles baissent la garde. Les experts sont clairs à ce sujet.

«Les régions pas encore touchées ne sont pas à l’abri, loin de là», prévient Roxane Borgès Da Silva, spécialiste en santé publique, qui insiste sur le respect des mesures sanitaires.

«On a vu la différence à la deuxième vague. On peut croire qu’en raison de la gravité de la première vague, les gens de Montréal ont mieux respecté les mesures à l’automne et ils sont moins touchés aujourd’hui», fait-elle remarquer.

L’ancien ministre de la Santé Réjean Hébert abonde dans le même sens, invitant les résidences pour personnes âgées et les CHSLD à demeurer vigilants même si le virus circule moins dans certaines régions.

«Les leçons sont les mêmes. Il faut interdire le déplacement de personnel, surveiller la ventilation, mieux protéger les préposés, même dans les régions moins touchées actuellement», insiste-t-il à propos de l’Outaouais, de l’Abitibi ou de la Côte-Nord, qui ont été somme toute épargnées par la crise jusqu’à maintenant.


Classement des régions par décès au prorata de la population depuis le 1er septembre  

  1. Saguenay - Lac-St-Jean : 37,44     
  2. Capitale-Nationale : 35,97     
  3. Chaudière-Appalaches : 30,33     
  4. Gaspésie - Îles-de-la-Madeleine : 29,89     
  5. Lanaudière : 21,73     
  6. Montérégie : 17,00     
  7. Estrie : 12,46     
  8. Laval : 11,85     
  9. Laurentides : 11,61     
  10. Mauricie et Centre-du-Québec : 10,57     
  11. Outaouais : 8,31     
  12. Montréal : 8,13     
  13. Bas-Saint-Laurent : 7,60     
  14. Côte-Nord : 1,10          

Les chiffres représentent le nombre de décès par 100 000 habitants*

*Calcul du Journal à partir des données de l’INSPQ en date du 3 décembre 2020 et de l’Institut de la Statistique du Québec


Les résidences pour aînés les plus éprouvées par les décès liés à la COVID-19 cet automne

CHSLD Saint-Augustin

Photo d'archives

Capitale-Nationale  

  • CHSLD Saint-Augustin (photo) : 36  
  • CHSLD Côté-Jardin : 26  
  • CHSLD D’Assise : 22  
  • RPA Manoir Saint-Amand : 12   

Chaudière-Appalaches  

  • Hôtel-Dieu de Lévis : 26  
  • CHSLD Cap-Saint-Ignace : 18  
  • CHSLD Chanoine-Audet : 9  
  • CHSLD Marc-André-Jacques : 9   

Saguenay–Lac-Saint-Jean  

  • CHSLD Jacques-Cartier : 30  
  • RPA Manoir Champlain : 6  
  • RPA Villa des Sables : 6  
  • RPA Domaine des Aînés : 4   

Sources : Gouvernement du Québec et CIUSSS