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Violence conjugale: un bracelet électronique pour sauver des vies

J’aimerais tout d’abord saluer le plan d’action du gouvernement, annoncé la semaine dernière, pour lutter contre la violence conjugale.  

Bien que je n’aie pas le recul ou les connaissances nécessaires pour saisir l’ampleur des investissements ou pour comprendre techniquement toutes les mesures mises en place, un élément a attiré mon attention: le bracelet électronique anti-rapprochement pour les conjoints violents. 

Je m’explique: j’ai l’impression que ça tourne en rond. C’est frustrant, surtout sachant que les mesures d’éloignement actuelles ne fonctionnent tout simplement pas, et que le bracelet pourrait y remédier. 

Des mesures inefficaces pour protéger les victimes

L’inefficacité des moyens existants pour tenir à distance sécuritaire un conjoint violent et ainsi protéger et rassurer la victime est une situation que je connais bien. 

Une amie a vécu de la violence conjugale pendant des mois. Et, au moment où elle a eu le courage de s’en sortir et dénoncer, un interdit de contact ou une mesure d’éloignement n’ont pas su la protéger, la rassurer et encore moins empêcher son ex-copain de la contacter à nouveau.

Pendant des semaines, elle a craint pour sa vie. Elle dormait peu. Elle redoutait chaque voiture qui passait près d’elle ou devant sa maison. Elle s’empêchait de sortir. Et elle maudissait l’injonction qu’elle savait inefficace et insuffisante. 

Je suis persuadée d’une chose: un bracelet électronique porté par son ex-copain l’aurait grandement rassurée, et m’aurait rassurée aussi. 

Et pourtant, déjà à l’époque du gouvernement Couillard, on avait abordé l’idée du bracelet électronique. Mais cela n’a débouché sur rien de concret. 

Des délais longs et frustrants

En décembre 2019, le gouvernement Legault relance le sujet en se disant «ouvert» au bracelet électronique. Aujourd’hui, un an plus tard, le gouvernement «songe» au bracelet électronique et décide de lancer une étude de faisabilité. Le rapport devrait être remis dans un an, donc en décembre 2021. 

Logistiquement, ça doit comporter son lot de défis, et je peux comprendre. Mais pendant tout ce temps-là, pendant qu’on passe seulement d’une idée, à une ouverture, puis à un intérêt, des drames se produisent. C’est frustrant. 

Je suis aussi consciente qu’au terme de l’étude, on réalisera peut-être que cette idée n’est pas la bonne ou qu’elle ne fonctionne tout simplement pas. Mais pendant qu’on réfléchit et qu’on fait une étude, on ne cherche pas non plus de solutions alternatives ou de meilleures idées. Peu importe l’issue, on aura perdu du temps et des vies. Peu importe l’issue, on aura créé d’autres traumatismes. D’autres femmes auront craint pour leur vie, redouté les voitures et mal dormi la nuit. 

Du haut de mes 20 ans, comme je l’ai dit plus tôt, je n’ai pas les connaissances nécessaires pour savoir précisément comment se déploie une telle démarche et comment elle évolue. Je n’attribue aucune mauvaise intention à Mme Charest, à Mme Guilbault ou à M. Legault, bien au contraire. J’ai la conviction que personne ne veut ignorer un fléau comme la violence conjugale. 

Mais je me permets de questionner. Je me demande pourquoi c’est si long et si frustrant. Peut-être que plus d’informations et de détails nous permettraient de mieux comprendre et de moins critiquer. Comme vous, tout ce que je souhaite, au final, c’est que les victimes n’aient plus de raisons de craindre pour leur vie. 

Ève Ménard
20 ans
Étudiante en sociologie à l'Université de Montréal

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