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Achat de Transat par Air Canada: les actionnaires se prononcent

Pour la deuxième fois depuis l’an dernier, les actionnaires de Transat se prononceront demain sur la vente du voyagiste à Air Canada.

À cause des effets dévastateurs de la pandémie sur l’industrie aérienne, la valeur de la transaction a chuté brutalement : en vertu d’une entente révisée en octobre, Air Canada offre désormais 5 $ par action de Transat, soit 72 % de moins que les 18 $ proposés en 2019.

Les actionnaires pourraient toutefois obtenir un peu plus. Au lieu de toucher 5 $ comptant pour chacune de leurs actions de Transat, ils ont la possibilité de recevoir 0,2862 action d’Air Canada. 

Comme le cours boursier de cette dernière a grimpé au cours des dernières semaines avec l’annonce des vaccins contre le coronavirus, l’offre d’achat valait 7,49 $ vendredi, soit près de 50 % de plus que les 5 $ annoncés en octobre. 

C’est pourquoi le titre de Transat a récemment atteint 6,35 $, un sommet qu’il n’avait pas atteint depuis juin.

L’approbation des actionnaires apparaît comme une formalité, puisque le plus important actionnaire de Transat, la firme d’investissement montréalaise Letko Brosseau, a déjà donné son assentiment à l’entente renégociée.

Les regards se tourneront ensuite vers la Commission européenne, qui s’est donné jusqu’au 9 février pour approuver ou non la transaction. 

Le gouvernement Trudeau doit également donner son feu vert, mais il n’a pas donné d’échéancier pour rendre sa décision.

« Peut-être que le ministre [des Transports du Canada, Marc Garneau] se cache un peu derrière la Commission européenne », lance Pierre Larouche, professeur à l’Université de Montréal et expert en droit de la concurrence. 

Concessions 

Selon lui, le scénario le plus probable est que Bruxelles autorise l’acquisition de Transat, mais à condition qu’Air Canada renonce à certaines liaisons entre le Canada et l’Europe. Ensemble, Air Canada et Transat occupent environ 60 % du marché transatlantique.

« On demande probablement à Air Canada de se départir de certains des créneaux qui appartiennent à Transat pour que quelqu’un d’autre puisse les reprendre et venir faire concurrence », explique M. Larouche.

Air Canada a déjà soumis ses « engagements » en ce sens à la Commission européenne, mais ceux-ci n’ont pas encore été rendus publics.

Dans le passé, les autorités européennes ont permis au géant Lufthansa de faire plusieurs acquisitions en Suisse, en Autriche et en Belgique, mais elles ont bloqué le projet d’acquisition du transporteur irlandais Aer Lingus par son compatriote Ryanair.

Bien sûr, la crise sanitaire complique les choses dans le cas d’Air Canada et de Transat.

« La Commission sait que si elle bloque la transaction, ça pourrait aller très mal pour Transat, souligne Pierre Larouche. Elle ne sera pas plus avancée si Transat disparaît du paysage. Elle veut aller en chercher le plus possible d’Air Canada tout en permettant que Transat soit sauvée. »

Dans l’éventualité d’un refus européen, d’autres repreneurs pourraient toujours se montrer intéressés par Transat. 

Vendredi, l’entreprise a révélé avoir amorcé des démarches afin d’obtenir un financement de 500 millions de dollars pour combler ses besoins financiers en 2021 en cas d’échec de la transaction avec Air Canada. 

Impacts sur la concurrence  

En mars, le Bureau de la concurrence du Canada s’était montré préoccupé par l’achat de Transat par Air Canada, y voyant le risque d’une « augmentation des prix » et d’« une diminution des services » entre le Canada et l’Europe. Puis en mai, la Commission européenne a dit craindre que « l’opération envisagée ne réduise de manière significative la concurrence » sur 33 liaisons transatlantiques. « La période est difficile, en particulier sur les marchés fortement touchés par l’épidémie de coronavirus, mais le retour à des conditions normales et saines passe par le maintien de la concurrence », avait alors affirmé la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager. 

Pertes massives  

Transat a dévoilé vendredi des résultats à l’encre rouge pour son plus récent exercice, qui a pris fin le 31 octobre. L’entreprise a terminé son année avec une perte nette de 497 millions $ sur des revenus de 1,3 milliard $, en baisse de 56 % par rapport à l’exercice précédent. Transat emploie actuellement 1275 personnes, soit 25 % de sa main-d’œuvre d’avant la pandémie. 

Autres acheteurs potentiels  

L’an dernier, d’autres acquéreurs s’étaient montrés intéressés à Transat. On avait notamment évoqué les noms de WestJet et d’Air France KLM. Le magnat de l’immobilier Vincent Chiara avait déposé une offre concurrente à celle d’Air Canada avant d’abdiquer, tandis que le PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau, avait examiné le dossier à titre personnel. 

Les personnes-clés de cette transaction  

Jean-Marc Eustache

Cofondateur de Transat et PDG depuis 1987 

Calin Rovinescu

PDG d’Air Canada jusqu’au 15 février 2021

entrée en service du premier A220 d’Air Canada

Photo Ben Pelosse

Jean-Yves Leblanc

Ancien haut dirigeant de Bombardier, il préside le comité du conseil de Transat chargé de la transaction avec Air Canada 

brulotte

Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean

Margrethe Vestager

Commissaire européenne à la concurrence 

BELGIUM-EU-POLITICS

Photo AFP

Marc Garneau

Ministre des Transports du Canada

Marc Garneau

Photo Christopher Nardi