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Le crédit, le diable de vos finances?

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Il doit être abonné au Journal, car, dès qu’il en a l’occasion, il ne manque pas de faire connaître son désaccord avec un de mes points de vue (ou celui d’un collègue). Il ne m’écrit pas trop souvent, j’y vois un bon signe.

Je sollicite à l’occasion son expertise, car il se trouve être expert dans les questions pointues de finance, plutôt calé, et ça aussi, il sait le faire savoir.

J’ai récemment écrit une chronique sur la culture du paiement que je terminais par quelques conseils en matière de crédit, genre « économiser avant d’acheter »... Comme chute, ça manquait franchement d’aplomb. J’aurais bien aimé conclure le texte comme un épisode de District 31, mais bon, apparemment ça ressemblait plus à une clôture de l’émission Le jour du Seigneur...

« Franchement Daniel : ramasser d’abord votre argent et payer comptant ce que vous souhaitez... On croirait lire un texte d’une sœur grise... Ah ! Ah ! », a réagi mon expert.

Ouin... J’avoue.

Méchant crédit ?

C’est vrai qu’on a tendance à présenter le crédit et les dettes comme Belzébuth et l’Enfer, alors qu’au fond, voilà une grande invention.

Sans la possibilité de s’endetter, on ne pourrait pas s’offrir un premier char neuf avant l’âge de 35 ou 40 ans, et il serait impossible d’emménager dans sa propre maison avant l’heure de la retraite.

Si le crédit n’avait jamais existé, ce genre de questions ne se poserait d’ailleurs même pas. On squatterait encore des cavernes et on se déplacerait à pied. Sans capacité d’emprunt, pas de système financier très développé. Sans système financier développé, pas de développement économique. Il n’y aurait pas d’entrepreneurs ni d’entreprises, il n’y aurait pas de routes, d’hôpitaux, ni d’écoles. Y aurait-il des pays ? J’en doute.

Crédit personnel

Je sais que ça ne saute pas aux yeux en regardant certaines publicités d’électroménagers, mais « acheter maintenant et payer plus tard » fait appel à une capacité d’abstraction qui nous distingue du chimpanzé.

Ce n’est pas idiot, encore moins péché de contracter un prêt pour se procurer quelque chose dont on a besoin. S’il nous faut une bagnole pour aller travailler et déposer les enfants à la garderie, on n’attendra pas d’avoir épargné 25 000 $ avant d’en acheter une. Et encore, si on a les 25 000 $, ce sera toujours mieux d’emprunter pour acquérir le véhicule si on peut faire fructifier son argent ailleurs.

On multiplie les mises en garde à l’égard des offres de financement à long terme pour l’achat de voitures. Ces prêts s’étirent maintenant sur sept et huit ans, on trouve ça épouvantable. La période d’amortissement d’un prêt ne représente pas un problème aussi longtemps que le taux d’intérêt demeure avantageux, et ce, même pour un prêt-auto.

On peut dire la même chose d’un canapé et d’une télé. 

Pourquoi débourser maintenant 3000 $, alors qu’on nous propose du financement à 0 % durant 24 mois ? Puis, même si l’on doit débourser 200 $ en intérêts pour devancer un achat jugé nécessaire (s’asseoir devant la télé en temps de pandémie), si le prix reste raisonnable et cadre dans nos moyens, faut-il vraiment crier à l’hérésie ?

Allons plus loin : utiliser sa carte de crédit pour payer l’épicerie, pourquoi pas ? Si on règle le solde à la fin du mois et qu’en plus, cela nous permet d’accumuler des points et des remboursements en argent, reste-t-il une bonne raison de payer comptant ?

Pour celui qui sait utiliser le crédit intelligemment, c’est un moyen d’enrichissement, à tout le moins un outil fort pratique.

Problèmes de crédit

Dans l’univers du crédit, tous ne méritent pas de recommandations, ça dépend toujours des conditions qui les accompagnent. Attention aux intérêts toxiques, aux frais de commission démesurés et aux demandes de garanties excessives.

Sinon, où se trouve alors le problème ? Il apparaît quand le crédit sert à financer un rythme de vie que nos revenus ne nous permettent pas. On appelle ça « vivre au-dessus de ses moyens », et on ne s’en rend pas compte sur le coup. C’est alors qu’on entre dans un lent processus d’endettement.

Puis un matin, on se réveille en enfer !