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Le 117e Congrès américain fait sa rentrée

Agence France-Presse

Le nouveau Congrès américain a pris ses fonctions dimanche à Washington dans une ambiance électrisée par le suspense autour de la majorité au Sénat et par la promesse d'une séance mouvementée, mercredi, qui ancrera dans le marbre la victoire de Joe Biden à la présidentielle.

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Plus féminine et diverse que jamais, la Chambre des représentants, dominée par les démocrates, s'est retrouvée pour la prestation de serment de ses élus, selon un protocole sanitaire renforcé.

Ils ont ensuite désigné leur «speaker» pour les deux ans à venir. À 80 ans, l'habile tacticienne Nancy Pelosi a été reconduite au perchoir malgré les réticences de certaines voix à la gauche du parti.

Le Sénat, dont le contrôle reste suspendu à deux élections dans l'État de Géorgie mardi, a également fait sa rentrée. Pour que la chambre haute revienne dans le giron démocrate, leurs candidats devront impérativement remporter les deux sièges, un pari difficile.

À un millier de kilomètres au sud de la capitale fédérale, la bataille fait rage. Preuve de l'enjeu: Donald Trump et Joe Biden s'y rendront tous les deux lundi afin de soutenir les prétendants de leur camp.

«L'avenir du pays se joue ici, en Géorgie, sur nos bulletins de vote», a déclaré sur Fox News la sénatrice républicaine Kelly Loeffler, qui espère conserver son siège face au pasteur noir Raphael Warnock.

«C'est un choix entre nos libertés (...) et le socialisme», a-t-elle ajouté, reprenant l'argument massue brandi par les républicains dans cette course: le spectre d'un pouvoir basculant à gauche toute.

«Nous sommes sur le point de décrocher une victoire historique après quatre ans d'incompétence grossière, de racisme, de haine et de préjugés», a rétorqué sur CNN le démocrate Jon Ossoff qui, à 33 ans, espère ravir le siège du républicain David Perdue, 71 ans.

Le président sortant a encore consacré plusieurs tweets à la Géorgie dimanche. Pas pour soutenir les candidats de son parti, mais pour dénoncer des «fraudes» selon lui massives qui l'auraient privé de sa victoire dans cet État traditionnellement républicain.

Deux mois après l'élection, Donald Trump refuse toujours de concéder sa défaite. Malgré l'échec retentissant de sa guérilla judiciaire, il a réussi à semer le doute dans l'esprit d'une majorité de ses partisans, qui ont prévu de se faire entendre mercredi à Washington.

Leur marche, à laquelle le milliardaire a dit qu'il participerait, coïncidera avec une session du Congrès destinée à enregistrer formellement le vote des grands électeurs en faveur de Joe Biden (306 contre 232).

Cette obligation constitutionnelle, qui relève d'ordinaire de la simple formalité, s'annonce cette année explosive.

Si certains poids lourds républicains, dont le chef des sénateurs Mitch McConnell, ont fini par admettre la victoire de Joe Biden, le président sortant peut encore compter sur le soutien indéfectible de dizaines de parlementaires.

À la Chambre comme au Sénat, ces élus ont promis d'exprimer leurs objections mercredi, et de faire résonner les allégations de fraude au sein même du Capitole.

Leurs interventions n'ont aucune chance de faire dérailler le processus, mais pourraient le ralentir. «Ça ressemble plus à une manoeuvre politique qu'à un remède efficace», a dénoncé leur confrère Lindsey Graham, pourtant un fidèle parmi les fidèles du président.

À terme, leur attitude pourrait compliquer la mission prioritaire que s'est fixée Joe Biden: «réconcilier» l'Amérique, en transcendant les divergences partisanes.

Son succès dépendra grandement du verdict des électeurs en Géorgie.

Sur le papier, les deux républicains font figure de favoris: David Perdue est arrivé en tête au premier tour, Kelly Loeffler devrait bénéficier du report des voix d'un autre conservateur.

Mais les démocrates misent sur la dynamique créée par la victoire de Joe Biden pour provoquer la surprise. La croisade postélectorale de Donald Trump pourrait aussi les servir: convaincus de l'existence de fraudes, les électeurs républicains pourraient être tentés de rester chez eux.

«La bataille est rude, mais une victoire démocrate est de l'ordre du possible», a déclaré, prudente, l'Afro-Américaine Stacey Abrams, une étoile montante du parti démocrate originaire de Géorgie, où elle a beaucoup travaillé pour favoriser l'accès au vote des électeurs noirs.

Cet électorat qui devrait jouer un rôle décisif sera courtisé dimanche après-midi par Kamala Harris, qui deviendra le 20 janvier la première femme et première personne de couleur vice-présidente des États-Unis.

Selon la Constitution, elle aura à ce poste le pouvoir de départager les sénateurs si les deux démocrates parvenaient à être élus, portant à 50 les élus de chaque parti.

S'ils échouent, Joe Biden devra courtiser les sénateurs républicains centristes à chaque loi ou nomination, ce qui limitera grandement sa marge de manoeuvre.