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Fab Morvan, la vie après Milli Vanilli

Par Philippe Grelard | AFP

Succès dément puis scandale planétaire d'un duo qui ne chante pas sur son disque: Fab Morvan a survécu aux Milli Vanilli, jamais lâché la musique et raconte sa folle histoire, bientôt en biopic et livre.

«Ah oui, ceux qui ne chantent pas !»: voilà ce qu'on entend à l'évocation du binôme sur la pochette de l'album «Girl you know it's true» vendu par millions, récompensé par un Grammy en 1990. Trophée rendu une fois la supercherie démasquée. Rob Pilatus et Fab Morvan n'étaient que les visages et corps -- sur affiches, vidéos, shows tv et scènes -- pilotés par des producteurs pour incarner les voix d'autres chanteurs posées sur les bandes.

Mais pour mettre fin au suspense, Fab (Rob est décédé en 1998) chante très bien, d'une jolie voix, comme il le prouve sur la vidéo de l'AFP, entonnant a capella le refrain de «Three little birds» façon Bob Marley, une de ses idoles.

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Rembobinage. Le jour où on leur remet le Grammy, «c'était comme si j'avais fait bouillir une marmite, je la prends, c'était prêt à exploser, car on n'avait pas chanté sur le truc... On a dû faire en sorte de ne rien laisser paraître», se souvient Fab. Quelques mois plus tard, les deux beaux gosses à dreadlocks, dans leur vingtaine, finiront par payer le prix de leur «naïveté».

Fab décrit le «piège» classique: «on était sans expérience, les producteurs avaient l'industrie derrière eux, ils nous ont bien endormis, comme le serpent-charmeur, on se disait si on fait pas ce qu'ils nous disent, on ne pourra pas travailler dans la musique».

Fab et Rob sont repérés par Frank Farian, producteur de Boney M, alors qu'ils gravitent dans le milieu musical à Munich (où réside Rob, Fab vient de Paris, ils se rencontrent car ils fréquentent les mêmes cercles et draguent les mêmes filles).

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Fab déroule le film: ce contrat signé «sans avocat ni manager, à l'ancienne bien sûr (rires)», l'avance pécuniaire qui les éblouit puis la machine qui s'emballe avec ces concerts dans 107 villes américaines devant des foules énormes après le Grammy. Parmi les souvenirs amusés, un passage chez Michael Jackson qui leur montre ses poissons rouges nommés... «Milli» et «Vanilli».

Mais il y a ce «secret de plus en plus lourd à porter». Quand l'envers du décor est révélé, ils sont jetés en pâture à la presse. «Le punch (il mime un coup de poing), on l'a pris en pleine tête, on a mangé pour tous. Rob ne l'a pas vu venir, les gens disent il est mort d'une overdose, mais il est mort d'un coeur brisé quand le support des fans est parti», expose Fab, sans nier les excès de la vie «rock'n'roll» de son ex-complice.

Lui n'a pas sombré. L'hygiène de vie de ce quinquagénaire aux racines martiniquaises saute aux yeux: il paraît vingt ans de moins. Et Fab s'est raccroché à son «but, devenir parolier-chanteur, voire producteur». «Je n'ai jamais lâché, c'est pour ça que je suis encore là». Sets de DJ, shows, disques, s'enchainent, avec plus ou moins de bonheur.

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Ce qui change aujourd'hui, c'est le regard de la presse américaine. Si «la fin du groupe était la fin du playback et de la manipulation digitale, et que cela avait servi à relever nos standards, ce serait plus facile pour nous de justifier comment nous les avons humiliés», admet dans un article en ligne NBCNews, qui réclame des excuses de l'industrie musicale auprès du membre survivant.

Pour Fab, des portes s'ouvrent, les projets se profilent, qu'ils soient musicaux ou biographiques. «Un biopic au cinéma de Brett Ratner (la franchise «Rush Hour», entre autres), un documentaire en négociation, une série tv et un livre aussi», annonce-t-il. Et de conclure, apaisé: «avec le temps les gens commencent à comprendre comment marche l'industrie musicale».