/news/faitesladifference

Les États-Unis contre Donald Trump : la victoire de l’intelligence

Ce qui nous a sauvé des conséquences à long terme du désastre de la présidence Trump, c’est peut-être bien l’intelligence des pères fondateurs américains.  

Dans un clip de l’émission américaine The Newsroom refaisant surface de temps à autre sur les réseaux sociaux, le personnage interprété par Jeff Daniels cite la Constitution américaine et James Madison comme les éléments faisant de l’Amérique le « plus grand pays du monde », avant d’enchaîner à contrecœur que cette dernière de l’est plus.

Ces deux éléments — la Constitution et James Madison — se conjuguent encore aujourd’hui pour nous offrir une clef de lecture plus optimiste du destin américain, contre le pessimisme que nous inspirent les évènements immédiats. 

Car à se concentrer uniquement sur ceux-ci, la situation est désespérante. Alors que le président refuse encore à ce jour de concéder l’élection du 3 novembre, des manifestants pro-Trump ont envahi le 6 janvier le Capitol américain, siège du Congrès et du Sénat, pour contester la certification de l’élection. 

Face à ces faits, d’aucuns affirment que les États-Unis ressemblent de plus en plus à une république bananière. Pourtant, ce jugement, s’il est compréhensible, masque l’aspect institutionnel, encore fort aujourd’hui, qui n’a cessé depuis le 18e siècle de garantir la pérennité de ce pays. 

La Constitution, une merveille politique

La Constitution américaine, fruit de longs débats et réflexions que l’on peut retracer dans les fameux Federalist Papers, est véritablement une merveille politique, instituant notamment le principe phare de la séparation des pouvoirs. Et à celle-ci, Trump n’a pas vraiment touchée, ce qui aurait pourtant été la chose à faire pour demeurer au pouvoir. C’est d’ailleurs généralement à la constitution que s’attaquent les leaders autoritaires intelligents. 

Certes, Trump tente-t-il de remettre en question la légitimité et l’intégrité de l’élection, mais jusqu’à ce jour, la Constitution a tenu bon et le calendrier électoral constitutionnel a été respecté. L’élection sera certifiée, et Trump dûment mis à la porte de la Maison-Blanche le 20 janvier. 

À cet égard, la Constitution aura réussi sa première mission qui n’est pas d’empêcher un populiste de gagner la présidence (le populisme est endémique à la démocratie), mais de l’empêcher d’y demeurer contre le résultat électoral. Les institutions américaines auront donc, à moins d’une catastrophe que l’on peine à concevoir, survécu à la présidence Trump, ce qui nous force à penser à l’après-Trump. 

James Madison

Une comparaison avec James Madison, quatrième président américain, peut alors nous aider à relativiser les dégâts qu’il aura causés aux institutions américaines. Suivant les catégories que suggère le théoricien du leadership Joseph Nye, James Madison fut un leader transformationnel qui créa des institutions qui lui survécurent et qui lui survivent jusqu’à ce jour, tel que la Constitution. En ce sens, son influence sur l’histoire américaine est magistrale, car elle put continuer de se réaliser après son départ. 

Au contraire, Trump ne fut qu’un « leader » transactionnel. Fondamentalement, il n’a pas créé ni fait grand-chose. S’il est vrai qu’il s’est retiré de nombreux accords internationaux, qu’il n’a pas pourvu à de nombreux postes au sein de l’administration américaine, qu’il aurait contribué à créer un climat politique toxique, etc., il ne laisse derrière lui aucun legs véritablement pérenne, sinon les deux juges qu’il aura nominés à la Cour Suprême américaine. 

Cependant, bien que ceci marquera une tournure à droite de la Cour pour longtemps, cette réalisation aurait été le fait de n’importe quel président républicain, elle n’est pas attribuable à Trump en tant que Trump. D’ailleurs, autre preuve de la force de la séparation des pouvoirs, cette victoire n’aura certainement pas « sauvé » son élection... ! 

Évidemment, il ne faut pas ici succomber à un optimisme facile : les défis qu’aura à affronter Biden sont de tailles. Il lui faudra s’attaquer de front aux conditions qui donnèrent naissance à un Trump, qui ne fut jamais que le symptôme morbide du mal-être de millions d’Américains. S’il les ignore encore, il est fort à parier qu’un Trump refasse surface en 2024. 

Mais d’ici là, on peut se réjouir de la force des institutions américaines. En dernière analyse, les capacités de Donald Trump ne furent peut-être tout simplement pas à la hauteur de l’intelligence de la Constitution américaine. Ce qui ne peut que nous rappeler toute l’importance de nos propres institutions, et surtout en temps de crise. 

 

Georges Mercier
B.A Philosophie et Science Politique, Université de Montréal
M.A Science Politique, Institut d’études politiques de Paris (2022)

Votre opinion
nous intéresse.

Vous avez une opinion à partager ? Un texte entre 300 et 600 mots que vous aimeriez nous soumettre ?