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Triage avancé: qui sera soigné dans le pire des scénarios?

TVA Nouvelles

Comment les équipes médicales pourraient-elles choisir les patients à traiter si un débordement complet dans les hôpitaux se concrétisait et qu’un manque de ressource empêchait de soigner tous ceux qui en ont besoin?

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Le scénario appelé «Protocole de priorisation aux soins intensifs», qu’on ne pensait jamais devoir utiliser au Québec, est prêt à être mis en application, mais ultimement, pas avant quelques semaines, et ce seulement si la situation dans les hôpitaux se dégrade encore.

C’est lorsque le taux de saturation dans les hôpitaux de la province atteindra 200% que le protocole se mettra en place. À 150%, on se préparera à ce triage avancé. 

« La majorité des hôpitaux au Québec en ce moment se situent au niveau maximum de délestage », a soutenu la sous-ministre adjointe à la Santé, Dre Lucie Opatrny, qui participait au point de presse des autorités lundi.

Le personnel est actuellement formé pour faire face au pire scénario et des simulations écrites sont en cours. 

C’est un comité indépendant qui sera mis en place dans chaque hôpital qui devra prendre les difficiles décisions. Il exclut les médecins traitants qui n’auront pas à se prononcer. 

Les équipes médicales choisiront-elles en fonction de l’âge?

« L’échelle d’évaluation clinique est complexe», explique la Dre Vardit Ravitsky en entrevue avec TVA Nouvelles.

«Il y a plusieurs éléments d’évaluation qui sont vraiment médicaux. Ça aboutit à cette idée de ‘’mortalité prévue’’. On veut maximiser les bénéfices, et prioriser les patients qui ont la plus grande chance de survie», précise la bioéthicienne.

«Une fois l’évaluation clinique terminée, si jamais on a deux patients qui ont exactement le même état clinique, le critère d’âge [cycle de vie] entre en jeu. L’idée est de prioriser les patients qui sont plus jeunes pour donner une chance d’une vie complète», précise la Dre Ravitsky. 

D’autres critères            

Ce n’est toutefois pas le seul critère qui pourrait permettre aux comités de décider qui, à chances égales de survie, sera soigné. 

Selon le protocole, le personnel soignant aussi pourrait être priorisé.

«Cette règle permet de favoriser le traitement de membres du personnel de santé et services sociaux qui sont exposés aux risques de contagion lorsqu'ils fournissent des soins et services à la population. En période de pandémie, il est important de protéger et de soutenir la santé du personnel afin d’assurer que les soins et services essentiels continuent à être fournis», peut-on lire dans le document mis en ligne par la santé publique.

Le hasard, ou la randomisation pourrait être utilisée. 

«Lorsque toutes les autres règles de décision ne permettent pas de prioriser, l’équipe de priorisation procède par randomisation. Cette approche de la justice permet une égalité des chances entre individus. La justification de la randomisation réduit la charge de la prise de décision en ne la confiant pas à une seule personne (comme le président de l'équipe de priorisation), ce qui peut entraîner un préjudice moral et un épuisement professionnel après des cas répétés.»

Par ailleurs, il est jugé que ce processus est équitable lorsque l'incertitude est élevée et atténue le risque de partialité implicite dans la prise de décision.

Toutefois, selon la Dre Vardit Ravitsky, les patients ne seront pas laissé-pour-compte. 

«Pour les patients qui risquent d'être dans des situations tragiques et qui n’auront pas accès aux soins intensifs et aux respirateurs, on va offrir d’autres traitements. C’est moins idéal, mais on ne va pas les abandonner», assure la Dre Ravitsky.

Déjà 140 000 chirurgies sont en attente d’être réalisées. Dans le Grand Montréal, le nombre d’hospitalisations a pratiquement doublé depuis la mi-décembre : de 472, le nombre de patients traités pour la COVID-19 a atteint à 1071, dimanche. 

Encore mardi, une nouvelle forte hausse des hospitalisations a été constatée dans le bilan quotidien de la COVID.

En plus des 1934 cas et 47 décès enregistrés, 61 nouvelles hospitalisations sont rapportées portant le total à 1497. 

Une hausse de 10 nouveaux patients aux soins intensifs est également à noter. 

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