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Le français, c’est nous

Justin R. Dubé et étudiant à la maîtrise en histoire à l’UQAR

Photo d'archives, JEAN-FRANCOIS DESGAGNÉS

Tout noble mot de France est fait d’un peu d’histoire,

Et chaque mot qui part est une âme qui meurt !

-Lionel Groulx, La leçon des érables

Le déclin du français a effectué un retour en force dans l’actualité québécoise. Depuis trop longtemps, nous nous contentons effectivement d’ériger de fragiles digues en augmentant le nombre d’inspecteurs à l’Office national de la langue française ou en réalisant de jolies campagnes publicitaires.

Frédéric Lacroix et tant d’autres ont prouvé l’urgence de réformer la loi 101 et l’immigration, entre autres : des solutions existent et sont bien connues. Pourquoi ne sont-elles pas appliquées ? Aurions-nous oublié pourquoi nous avons besoin de parler français ? 

Pourquoi parler français au Québec ?

Certains affirment qu’une langue n’est rien de plus qu’un outil de communication. Mais celui qui contrôle les communications 

détient le pouvoir. La prédominance de l’anglais porte la prédominance du monde anglo-saxon. Faut-il vraiment relire le Rapport Durham pour s’en convaincre ? L’écrivain Albert Memmi disait : « La possession de deux langues n’est pas seulement celle de deux outils, c’est la participation à deux royaumes psychiques et culturels. Or, ici [...] la langue maternelle du colonisé, celle qui est nourrie de ses sensations, ses passions et ses rêves [...], celle-là précisément est la moins valorisée. » Libre à vous d’y voir un parallèle avec la situation canadienne. 

André Belleau affirmait : « Nous n’avons besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler. » Si nous ne parlons plus français, alors nous ne parlerons plus du tout, car nous n’aurons rien à dire que les neuf provinces anglaises et les cinquante États américains n’auront pas déjà dit. Nous serions déracinés.  

La philosophe Simone Weil écrivait : « Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l’existence d’une collectivité qui conserve vivants certains 

trésors du passé et certains pressentiments d’avenir. » Le français nous enracine.  

Benedict Anderson avançait d’ailleurs que les langues « semblent [...] plus profondément enracinées qu’aucun autre aspect des sociétés contemporaines » ; « affectivement, rien ne nous rattache plus aux morts que le langage ». Toute société fait corps grâce à des valeurs sacralisées, des mythes, pour paraphraser Gérard Bouchard. Chez nous, le français a atteint cette valeur sacralisée parce qu’il nous lie à une histoire unique.  

Se réenraciner

Le manque de volonté politique en matière linguistique nous semble parfaitement lié à notre déracinement collectif. On achète chinois, on consomme américain, on parle anglais. Notre patrimoine se trouve globalement dans un état inquiétant. Comme Mathieu Bélisle le souligne dans L’empire invisible, la culture américaine nous envahit encore par la musique, les réseaux sociaux et la politique. Il est aujourd’hui impératif de revaloriser notre héritage historique et culturel, de se (re)familiariser avec l’ensemble de nos régions et de nos paysages. La beauté qu’offre l’Amérique française mérite plus que de vagues déclarations sur le « fait francophone ».  

Bref, le français, c’est nous. 

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