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Consigne ignorée sur les chantiers

Julien McEvoy | Journal de Montréal

Plusieurs travailleurs étaient, hier, sur le chantier de deux nouvelles tours résidentielles, entièrement locatives, situé au coin du boulevard René-Lévesque Est et de la rue De Bleury, à Montréal.

Photo Agence QMI, Joêl Lemay

Plusieurs travailleurs étaient, hier, sur le chantier de deux nouvelles tours résidentielles, entièrement locatives, situé au coin du boulevard René-Lévesque Est et de la rue De Bleury, à Montréal.

Des chantiers qui fourmillent de monde. Deux petites bouteilles de Purell à l’entrée et aucun masque sur les visages. C’est ce que nous décrivent plusieurs travailleurs de la construction à qui nous avons parlé.

Ils demandent tous à rester anonymes, car les répercussions seraient directes et sans appel. « C’est certain que je perds ma job si mon nom sort dans les médias », nous dit l’un d’eux. 

Nicolas Girouard, 
entrepreneur 
en construction

Photo Francis Halin

Nicolas Girouard, entrepreneur en construction

Cet ouvrier travaille présentement à rénover un hôtel du centre-ville de Montréal. « Il y a du monde de partout sur le chantier, Rive-Sud, Rive-Nord, Montréal. Quand je travaille dans une unité, je barre la porte, je ne veux pas que des gens sans masque rentrent. »

Même si le gouvernement Legault a demandé aux entrepreneurs en construction de ralentir la cadence « à l’essentiel », ce travailleur constate l’inverse. 

« Il y a encore plus de monde que la semaine dernière sur le chantier, de nouvelles équipes viennent de rentrer », dit-il. 

« Menuiserie, plomberie, tireurs de joints, gars de gypse, peintres, tout le monde est là en même temps. » 

Hôtels, étages complets de tours de bureaux ou nouvelles constructions, le centre-ville de Montréal est l’hôte de nombreux chantiers très actifs, nous assurent tous les ouvriers consultés. 

Pas de baisse de production 

« C’est à chaque chantier de déterminer quelles opérations sont essentielles », rappelle-t-on au cabinet du ministre du Travail, Jean Boulet.

C’est bien là le problème, selon la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ). 

« Ça se poursuit comme si tout était essentiel. Il n’y a pas eu de diminution de production nulle part », lance Daniel Boyer, le président du syndicat. 

Québec demande pourtant depuis une semaine la « réduction des activités au minimum nécessaire pour assurer la réalisation des engagements » sur les chantiers. 

À l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), on ignore si les activités ont été réduites. « À ce moment-ci, je ne pourrais pas le dire », indique François Bernier, vice-président de l’organisme. 

La poursuite des engagements demeure le mot d’ordre à l’Association de la construction du Québec (ACQ). 

« On n’a pas changé de position depuis une semaine. On dit à nos membres de faire preuve de jugement quant à la nature essentielle du travail », explique le porte-parole Guillaume Houle. 

Impossible de savoir quand ces engagements ont été pris, évidemment. Et ni la FTQ, ni l’APCHQ, ni l’ACQ, ni la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) n’ont une idée précise du nombre de chantiers au Québec. 

« Il n’y a pas de recensement pour les chantiers », dit-on au cabinet de Jean Boulet.

Les affaires vont bien 

Si la construction commerciale roule à plein régime, c’est pareil dans le résidentiel. 

« Ça déborde. C’est la folie furieuse. Les gens ont le temps de rénover, alors ils nous appellent. Cette semaine, j’ai 18 nouvelles demandes de clients. C’est débile », dit Nicolas Girouard, entrepreneur en construction. 

Il parle d’une vague de « gens qui veulent rénover », ce que constate aussi André Aubry, un autre entrepreneur en construction qui fait dans la rénovation. 

« On va rencontrer au moins 20 clients en janvier, alors qu’en temps normal ce serait 2 ou 3 », raconte-t-il.

« On ne veut pas le dire trop fort, on est choyés, la demande est très forte. »

–Avec la collaboration de Francis Halin