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Le «père» de la semaine de relâche contre la pause de mars

Daphnée Dion-Viens | Le Journal de Québec

La question d’annuler ou non la semaine de relâche de mars fait l’objet de débats dans le milieu scolaire. La pandémie a déjà bousculé les habitudes des élèves, comme ici, dans une école secondaire au nord de Québec.

Photo d’archives, Stevens LeBlanc

La question d’annuler ou non la semaine de relâche de mars fait l’objet de débats dans le milieu scolaire. La pandémie a déjà bousculé les habitudes des élèves, comme ici, dans une école secondaire au nord de Québec.

Alors que des experts et des acteurs du milieu de l’éducation s’opposent à l’annulation du congé scolaire de mars, le «père» de la semaine de relâche, Fernand Paradis, croit au contraire que le contexte exceptionnel justifierait sa disparition cette année.

«Intuitivement, je suis porté à croire que l’essentiel, c’est l’enseignement. Pour cette raison, je crois qu’il faut mettre de côté la semaine de relâche cette année», a-t-il affirmé au Journal lors d’un entretien téléphonique, hier.

Fernand Paradis était à la tête d’une commission scolaire de Québec quand il est parvenu, en 1979, en concertation avec le syndicat des enseignants, à instaurer la première semaine de relâche. L’initiative a fait boule de neige.

Aujourd’hui âgé de 88 ans, il rappelle que la semaine de relâche a été créée pour permettre aux élèves de décrocher en réalisant une foule d’activités, dont plusieurs ne seront pas possibles cette année.

M. Paradis s’inquiète par ailleurs du retard scolaire des élèves en raison de la pandémie.

Son avis est toutefois loin d’être partagé dans le réseau de l’éducation. Syndicats d’enseignants, représentants de parents et directions d’école s’opposent à l’annulation mur à mur de la semaine de relâche.

Pas la solution 

Au Regroupement des comités de parents autonomes du Québec, on considère que ce n’est pas la priorité en ce moment. «Il y a des choses plus pressantes à faire pour aider nos élèves», affirme son co-porte-parole Marc-Étienne Deslauriers.

À la Fédération des comités de parents du Québec, le président, Kévin Roy, estime que les décisions concernant le calendrier scolaire doivent être prises localement. Les élèves de la région de Montréal ont manqué beaucoup plus de jours d’école que ceux de la Gaspésie, fait-il valoir.

Dans les rangs des syndicats d’enseignants, on explique que les enseignants ne sont pas rémunérés pendant la semaine de relâche. À l’époque, la rentrée en août avait été devancée pour permettre le congé hivernal en mars puisque les profs sont payés pour un total de 200 jours dans l’année scolaire.  

Il faudrait donc que les élèves quittent les bancs d’école plus tôt, en juin, si la semaine de relâche était annulée cette année, une hypothèse à laquelle s’oppose Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement. Cette dernière souligne que l’unanimité qui prévaut dans le réseau scolaire à ce sujet est «assez rare». 

Pas la solution 

Plusieurs experts s’entendent aussi pour dire que ce n’est pas la solution à privilégier.

«Il y a beaucoup d’épuisement cette année. Maintenir la semaine de relâche va permettre aux enseignants de souffler un peu. Au niveau des retards d’apprentissage, la durée de l’enseignement n’est pas nécessairement garante de qualité», affirme Stéphane Allaire, professeur au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Des écoles privées s’organisent 

Dans le réseau privé, certaines écoles prévoient toutefois mettre en place des formules différentes pour la semaine de relâche, indique le président de la fédération qui les représente, David Bowles. Au Collège Charles-Lemoyne, où M. Bowles est directeur général, des cours de rattrapage seront offerts aux élèves en difficulté pendant le congé de mars, indique-t-il.

Sur le plan sanitaire, certains croient par ailleurs que l’annulation de la semaine de relâche pourrait permettre d’éviter que plusieurs familles prennent des vacances sous le soleil, avec tous les risques de contagion que ces déplacements à l’étranger impliquent.

Or, une modification au calendrier scolaire n’est pas la solution, selon l’épidémiologiste Nimâ Machouf. «Il faut que le fédéral ferme les frontières, ça n’a pas de sens dans le contexte actuel», lance-t-elle.


Au cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, on indique que l’intention est de maintenir la semaine de relâche prévue au calendrier «pour le moment».

Le saviez-vous?   

  • En 1979, Fernand Paradis, alors directeur de la Commission des écoles catholiques de Québec, instaure la première semaine de relâche, inspiré par les «vacances printanières» des écoliers en France.      
  • Au milieu des années 1980, la semaine de relâche s’étend dans toutes les écoles de la province.     
  • Pour respecter le calendrier scolaire, qui doit compter 180 jours de classe, les écoles ont dû devancer la rentrée d’une semaine, à la fin août.          

Des avis divergents  

«On en demande beaucoup, à la fois aux élèves et au personnel en éducation, tout le monde aura besoin de cette pause-là. Ça va prendre plus qu’une année pour reprendre les acquis. Prenons le temps de faire les choses correctement.»

— Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ)

«J’espère qu’ils vont annuler la semaine de relâche. Les enfants ont plusieurs semaines à reprendre au niveau scolaire. Mes filles préfèrent aller à l’école plutôt que de rester à la maison.»

— Sébastien Genois, père de trois filles de 10, 12 et 15 ans, Laval

«Une semaine de congé, après deux mois d’efforts, ça va encourager les jeunes. Cette période de congé est un repère intéressant pour eux.»

— Dr Gilles Julien, pédiatre

«Il faut penser à faire les choses autrement avant de modifier le calendrier scolaire. Il y a eu beaucoup de changements de dernière minute dans les écoles depuis le début de l’année, il est inutile d’en rajouter une couche.»

— Nancy Granger, professeure à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke