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Un présumé criminel de guerre habiterait Montréal depuis deux ans

Raphaël Pirro | Agence QMI

Joël Lemay / Agence QMI

Un présumé criminel de guerre syrien, membre d’une milice affiliée au régime Al-Assad et associée à des crimes odieux, vivrait une vie aisée à Montréal depuis son arrivée il y a deux ans, selon des critiques du régime.

George Youssef Al-Sheikh, lui-même chrétien, aurait usé d’un programme de parrainage religieux en se présentant comme une victime de la guerre civile. Il détiendrait le statut de réfugié au Canada.

Ces affirmations ont été formulées dans le journal en ligne «Zaman Al-Wasl», une plateforme de l’opposition syrienne qui fait enquête notamment sur les criminels de guerre ayant fui le pays dans la période suivant la guerre civile. Les informations obtenues par «Zaman» ont déjà servi à des enquêtes journalistiques crédibles en Europe.

George Youssef Al-Sheikh est inscrit sur une liste de membres d’une milice armée affiliée aux Forces de défense nationale qui a été parmi les premières à participer à la répression sanglante des manifestations qui secouaient le pays en 2011. «Zaman» a eu accès à cette base de données, que l’Agence QMI a pu consulter.

Selon divers témoignages récoltés par «Zaman» et déballés dans un document d’enquête transféré à l’Agence QMI, George Al-Sheikh serait aussi un ex-membre clé d’un groupe criminel armé dénommé Al-Hout, lié à de nombreux crimes odieux dans les villes de Douma, mais surtout de Saidnaya, ville chrétienne dans le sud-ouest du pays située non loin de Damas, la capitale syrienne.

Dans un article publié en anglais et en arabe récemment, le journal syrien allègue que la bande de Al-Hout est derrière des enlèvements, viols, et meurtres, en plus d’avoir fait dans le trafic d’armes et de drogues. Ensemble, ses membres auraient pillé plus de 20 villas à Saidnaya seulement, alors que les habitants de la ville fuyaient en catastrophe. Ils y auraient chassé des personnes déplacées en provenance de Douma.

Al-Sheikh vivrait une vie «extravagante» avec un patrimoine qu’il aurait amassé lors de ses crimes, selon une source de «Zaman».

Sur son profil Facebook, Georges Yousef Al-Sheikh a bel et bien inscrit Montréal comme ville de résidence en 2019, et Seidnaya comme ville de provenance.

«Je nie toutes les fausses accusations énumérées dans votre texte et je considère que ce n'est rien de plus que de l'imagination de la part de quelqu'un qui voudrait faire et créer de fausses histoires. Le gouvernement canadien a passé au crible chaque centimètre de ma vie et je ne serais pas ici si ces fausses accusations étaient vraies», a répondu George Youssef Al-Sheikh dans un message Facebook rédigé en anglais mercredi soir.

Le membre de l’équipe d’enquête de «Zaman Al-Wasl» avec qui l’Agence QMI a correspondu a insisté pour garder l’anonymat, expliquant que la publication de son nom pourrait mettre sa vie en danger.

Immigration Canada, l’Agence des services frontaliers du Canada ainsi que la GRC ont refusé de commenter ce cas en particulier, citant les lois sur la protection de la vie privée qui empêchent la divulgation de renseignements personnels d’un individu spécifique.

Conséquemment, il a été impossible de confirmer hors de tout doute le statut ou même la présence de George Youssef Al-Sheikh au pays pour l’instant.

Selon l’avocat Hugues Langlais, spécialisé en droit de l’immigration, il serait difficile, voire impossible de poursuivre George Youssef Al-Sheikh au criminel sur la base des crimes de guerre qui lui sont allégués.

«On ne les attaque pas [les présumés criminels de guerre] sous l’angle des crimes de guerre, mais on les attaque sous l’angle qu’ils ont menti dans leurs déclarations de demande d’immigration : soit de ne pas avoir déclaré un fait, un nom, une adresse, une situation, ou un emploi qui, s’il avait été connu [au moment de la demande d’asile], le gouvernement n’aurait jamais accepté», a expliqué Me Langlais.

«C’est comme ça qu’on attaque les criminels de guerre, parce que leur faire un procès en droit criminel, souvent, la preuve, elle est quasi-impossible à faire», a ajouté l’avocat.

Monter un dossier de preuves nécessiterait une collaboration entre le Canada, le gouvernement syrien et leurs forces policières respectives, ce qui est peu probable dans le contexte actuel.

Le journal «Zaman Al-Wasl» est une source d’information jugée crédible, consultée surtout par les milieux de l’opposition syrienne, selon Sami Aoun, politologue de l'Université de Sherbrooke et expert sur les questions du Moyen-Orient. La crédibilité du média d’opposition a aussi été validée dans un rapport daté de 2019, rédigé par l’OSAR, l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés, qui détaillait les collaborations fructueuses de «Zaman Al-Wasl» avec des médias européens dans la dernière décennie.

En 2016, par exemple, «Zaman Al-Wasl» avait publié, en collaboration avec la britannique «Sky News», une liste renfermant les noms de milliers de soldats de l’État islamique répartis dans plus de 40 pays. Le journal «The Independant» citait alors des experts qui jugeaient ces informations comme étant d’une importance capitale.

«Zaman Al-Wasl» a accès à des sources précieuses du gouvernement syrien et continue de faire enquête sur les criminels de guerre ayant participé à la descente aux enfers du pays depuis l’insurrection de 2011, et dont plusieurs se trouvent aujourd’hui en Europe.