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Un sexagénaire handicapé accusé pour avoir roulé avec son quadriporteur

Jadrino Huot | Agence QMI

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PHOTO COURTOISIE

Un sexagénaire handicapé qui fait l'objet d'une interdiction de conduire un véhicule pour des antécédents d’alcool au volant devra comparaître en cour pour s’être déplacé à l’aide d'un quadriporteur.

Frappé par la poliomyélite dès sa tendre enfance alors qu’il séjourne à l’orphelinat de Hull, Denis Beaumont a été victime des moqueries de ses camarades en raison de son handicap.

«On riait de moi, car je boitais et j’avais des prothèses d’une autre époque. J’avais l’air d’un vrai robot», raconte, avec émoi, l’homme aujourd’hui âgé de 63 ans, résidant à Val-des-Monts, en Outaouais.

Alcool 

Denis Beaumont tombe plus tard dans l’alcool. Il accumule ainsi les infractions pour conduite avec les capacités affaiblies. Son permis de conduire un véhicule motorisé est suspendu à vie et il est aussi condamné à six mois de prison en 2003.

«Après ça, je me suis dit “fini les folies”. J’ai tout vendu : mon véhicule, ma motoneige, mes moteurs de bateaux», confirme-t-il.

Sa maladie le rattrape toutefois au fil des ans, rendant ses déplacements à pied de plus en plus pénibles. «Je pouvais marcher, mais c’était difficile et ça me prenait des jours pour m’en remettre. Sinon, je devais toujours me fier sur Pierre-Jean-Jacques pour aller faire mes commissions.»

Quadriporteur 

Le sexagénaire décide donc d’investir en juin dernier dans un quadriporteur «tout-terrain» utilisable été comme hiver, le Monster X de Heartway. Ce véhicule aux dimensions impressionnantes est homologué par Santé Canada comme aide à la mobilité.

Le 1er juillet en matinée, le sexagénaire est assis paisiblement à la table à pique-nique extérieure d’un dépanneur en train de siroter un café, son quadriporteur tout neuf à ses côtés. Soudain, les policiers arrivent sur place, l’arrêtent et saisissent le véhicule.

«Je n’étais pas sur les lieux, mais je me questionne quant à la nécessité de fouiller monsieur et de lui saisir son véhicule», a indiqué Raymond-Noël Vaillancourt, lui-même ex-policier pendant près de 25 ans et propriétaire de Super Moto Électrique, commerce où M. Beaumont s’est procuré son quadriporteur.

Cela a coûté 368 $ à Denis Beaumont pour récupérer son véhicule. Par peur de nouvelles représailles, il l’entrepose depuis dans son petit appartement, ayant même dû enlever la porte-patio pour l’entrer à l’intérieur du minuscule logement.

«J’essaie de me réhabiliter et là on me barre les roues. Je ne sais plus quoi penser», a confié M. Beaumont qui reste presque toujours confiné à son petit appartement depuis l’événement. «Parce que j’ai eu des démêlés avec la justice par le passé, devrai-je en payer le prix jusqu’à ma mort?» se questionne-t-il.

À moins d’un revirement de situation, la cause sera entendue le 21 janvier au Palais de Justice de Gatineau.

Une cause similaire rejetée en 2018 

La situation vécue par Denis Beaumont est en tous points identique à une autre survenue jour pour jour deux ans plus tôt à Sherbrooke, mais qui avait été abandonnée avant même d’être entendue en cour.

À l’époque, la Couronne avait conclu qu'en tenant compte des faits et des particularités du dossier de Denis Durand, elle ne déposerait pas de preuves devant la cour.

«Le débat est toujours d’actualité, car il semble y avoir une incohérence au niveau des lois provinciale et fédérale, ce qui pourrait porter atteinte aux droits et libertés d’une personne ayant besoin d’une aide à la mobilité pour se déplacer et, ainsi, être discriminatoire», a mentionné à l’Agence QMI l’avocat qui avait défendu le cas Durand à l’époque, Me Jean-Guillaume Blanchette.