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Les complotistes vus de l’intérieur

Afin de mieux comprendre les mouvances complotistes au Québec, le journaliste Jean Balthazard a intégré un mouvement pour voir qui le compose et ce qu’il recherche véritablement. Sa démarche est racontée dans le documentaire Devenir complotiste, réalisé par Laurence Mathieu-Léger, qui sera diffusé ce vendredi à 21h, à LCN.

Alors que le mouvement antimasque et les théories du complot gagnaient en popularité au Québec au début de la pandémie, l’idée de comprendre comment une personne peut s’intégrer à ces mouvements-là était prégnante.

Rien de mieux que d’infiltrer cette mouvance pour en connaître les contours. Jean Balthazard s’est donc construit une nouvelle identité numérique et a commencé à s’abonner à différents groupes antimasques sur les réseaux sociaux.

Photo Agence QMI, Laurence Mathieu-Léger

«Quand on commence à aimer et partager des liens qui sont associés à des groupes de nature complotiste sur les réseaux sociaux, on devient vite submergé et complètement bombardé de toutes sortes de théories du complot, a expliqué le journaliste en entrevue avec l’Agence QMI. Mais il n’y a pas de profil type de la personne qui adhère à ça, ça peut-être tout le monde, des jeunes comme des vieux, des gens seuls ou en famille.»

Le documentaire montre par l’exemple qu’on ne tombe pas dans les théories du complot du jour au lendemain. «Il y a une sorte de progression, on n’adhère pas du jour au lendemain à QAnon», a raconté le journaliste.

«Mais à partir du moment où on commence à croire à une théorie, on est plus propice à croire à d’autres par la suite, a-t-il souligné. Je l’ai vécu dans le documentaire lorsque je suis parti en auto à une manifestation à Ottawa avec d’autres personnes. Je peux arriver juste avec l’idée de ne pas vouloir porter le masque, mais pendant deux heures, je vais me faire bombarder de théories diverses. Si je n’ai pas un sens critique ou si je ne vais pas valider ce qui a été dit, je peux y croire et commencer à le partager à d’autres. C’est un peu un cercle vicieux dans lequel on tombe quand on commence à s’y intéresser.»

Photo Agence QMI, Laurence Mathieu-Léger

Photo Agence QMI, Laurence Mathieu-Léger

La caractéristique de ces mouvements est aussi la violence envers ceux qui ne pensent pas comme eux. Si, en dévoilant sa véritable identité de journaliste, Jean Balthazard s’attendait à recevoir des insultes, voire des menaces, Laurence Mathieu-Léger a vécu cette intimidation durant le tournage.

«Les gens étaient très agressifs verbalement. Je me suis fait beaucoup insulter. Les gens ne voulaient pas me parler, ils n’étaient pas contents que je sois là. Personne n’a eu de geste physique envers moi, mais ils mettaient leur main sur ma caméra ou ils venaient me parler proche sans masque, alors que moi, j’en portais un.»

Les deux ne pensent pas que la fermeture des comptes complotistes sur les réseaux sociaux soit suffisante pour atténuer ce mouvement.

«Au moment où Facebook et YouTube se sont attaqués à la mouvance QAnon, il était peut-être déjà trop tard, a avancé le journaliste. Les grandes personnalités de ces mouvements vont migrer sur d’autres plateformes, mais j’ai l’impression que, dans plusieurs cas, le mal est fait.»

Photo Agence QMI, Laurence Mathieu-Léger